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Choose France : la face cachée des investissements étrangers

Cette semaine le salon choose France a été présenté en grande pompe par Emmanuel Macron et le gouvernement comme vitrine de sa réussite économique. Bruno Le Maire annonçant 8 milliards d’investissements étrangers en France. Les investissements étrangers sont cependant loin d’être toujours une bonne nouvelle pour les salariés d’une boîte ou les habitants autour qui vivent de son activité.

 

lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=q_taUqF6e_E

 

Les investissements étrangers sont une perte de contrôle de l’activité

Bien évidemment, l'investisseur étranger contrôle l'activité de l'entreprise. Il a le pouvoir de décider des nouvelles orientations à donner à l'entreprise. C'est donc une perte de contrôle stratégique. Il a également le pouvoir de relocaliser toute l'entreprise dans son pays d'origine.

Souvenez-vous de l’affaire de l’usine sidérurgique de Florange. Cette usine faisait partie du groupe européen Arcelor et était en concurrence avec le groupe Indien Mittal. En 2006, Mittal offre aux actionnaires d’Arcelor 30 Md€ contre leurs actions, offre bien supérieure à la valeur de ces actions sur le marché (c’est ce qu’on appelle un OPA). Les actionnaires acceptent, il s’en suit une bataille juridique pour que l’État français empêche Mittal de faire un monopole de l’acier. Le gouvernement de l’époque accepte quand même et Mittal réussit son coup. On a conclut que Mittal a investi 30 Md€. Cet investissement est une prise de contrôle qui a permis à Mittal de fermer quasi immédiatement le haut fourneau de Florange, même s’il était rentable car il faisait de la concurrence à ses autres hauts fourneaux. L’activité sidérurgique de Florange qui faisait travailler 4 000 personnes avant l’arrivée de Mittal est réduite à 2 000 personnes aujourd’hui. On voit encore quelques reportage vanter les « 70 emplois » récemment créés sur le site, ils sont à comparer aux 2 000 emplois perdus.

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Les investissements étrangers sont une perte de contrôle des savoir-faire

L’investisseur, en tant que nouveau propriétaire a acquis les savoir-faire et les brevets de l'entreprise. Il peut les relocaliser partout ailleurs et notamment dans son pays d'origine. C'est donc une perte de compétitivité pour la France.

C’est la discussion en ce moment autour de l’achat des chantiers navals de Saint-Nazaire par l’Italien Fincantieri :

À la suite de la faillite du groupe coréen STX, seul le groupe Fincantieri s’était manifesté. L’achat n’avait pas abouti après le refus de la commission européenne qui ne voulait pas d’un monopole. C’est finalement l’État français qui a racheté les actions et qui détient aujourd’hui plus de 80% des actions des chantiers navals. Le gouvernement souhaite maintenant vendre 50% des actions au groupe Italien Fincantieri. Laurent Castaing, directeur des chaniters navals a été auditionné par le Sénat à ce sujet, son interview est en ligne ici (regardez surtout les réponses aux questions en cliquant sur son nom en bas de liste des prises de parole) :

 

http://videos.senat.fr/video.1430650_5de766b95399d.audition-de-m-laurent-castaing-directeur-general-des-chantiers-de-l-atlantique?timecode=3481000

 

Ficantieri a des liens étroits avec la Chine, il est clair que le savoir-faire français et européen va passer côté chinois si ce rachat à lieu. Dès lors ce sera la fin des chantiers français. On a pu voir la vitesse de ce phénomène à Florange, il suffit de quelques années pour fermer des pans entiers de l’industrie.

 

Les investissements étrangers détruisent des emplois de l'entreprise achetée

Un groupe qui achète une entreprise supprime mécaniquement des emplois pour deux raisons.

La première règle d'un patron d'un grand groupe qui maximise ses profits de court terme c'est de faire des économies. La première décision c'est de supprimer de l'entreprise achetée les activités déjà réalisée par le groupe. Par exemple, un groupe italien achète un entreprise française qui construit des bateaux. Ce groupe est déjà présent sur le domaine et a déjà une équipe de Recherche et Développement. Bien évidemment, il ne gardera pas l'équipe de R&D française pour faire doublon et va supprimer ces emplois français devenus une charge pour lui.

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Deuxième raison, quand un groupe achète une entreprise, il commence par faire un audit. Il paye une boîte (par exemple Ernst & Young) qui va lui calculer combien coûte (en capital investit) et combien rapporte chaque activité de l’entreprise. Ce ratio bénéfice / capital investi s’appelle le rendement. Toute activité dont le rendement est plus bas que les objectifs du groupe est supprimée. Par exemple, un cas concret qui s’est vraiment passé : une entreprise corse qui loue des bateaux se fait racheter par un banquier. Le banquier calcule le prix de chaque bateau et les bénéfices qu’il gagne en le louant. Il sait qu’en bourse il arrive à faire 14% de bénéfice chaque année. Il a vendu tous les bateaux qui rapportaient moins de 14% par an et licencié la moitié du personnel. L’argent qu’il a récupéré, il préfère le mettre ailleurs où ça lui rapporte plus.

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Ce n’est pas parce que votre activité rapporte de l’argent qu’elle sera conservée par les actionnaires. Il faut qu’elle rapporte plus que le rendement du marché pour qu’on la conserve. C’est même la devise d’Ernst & Young : building a better working world. Construire un monde qui travaille mieux ça veut dire qui rapporte plus de pognon.

Plus récemment c'est aussi ce qu'a fait Michelin à La Roche-sur-Yon. L'usine là-bas rapporte de l'argent à Michelin mais son rendement est moins fort que d'autres usines en Europe. Michelin préfère donc fermer pour récupérer son capital et le mettre ailleurs (en bourse par exemple).

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Les investissements étrangers détruisent des emplois des prestataires français

Bien souvent, l'entreprise française fait travailler des TPE-PME de proximité. Ses prestataires extérieurs, bien souvent des partenariats historiques sont localisés à proximité. Ce sont des entreprises qui ont développé une activité pour répondre à la demande d'un « donneur d'ordre » local. Dès l'achat de l'entreprise française, les prestataires privilégiés seront ceux du groupe. La perte sèche d'activité des entreprises françaises induit mécaniquement des destructions d'emplois.

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Le nouveau groupe privilégie ses propres entreprises pour de multiples raisons :

- Le coût : il se vend à lui-même à tarifs préférentiels

- La concurrence : il fait aux prestataires une concurrence déloyale pour faire baisser leurs prix

- La prise de contrôle : mettre en difficulté les prestataires c'est pouvoir les racheter à bas prix

- L'optimisation fiscale : contrôler une chaîne mondiale permet de mettre artificiellement en déficit un maillon de la chaîne sur un pays développé avec des taxes (France) et de placer le siège social, seul bénéficiaire dans un paradis fiscal (Luxembourg). Tous les jours, les filiales françaises des groupes internationales achètent des matériaux, prestations aux filiales se trouvant dans paradis fiscaux. Elles affichent ainsi chaque jour des bénéfices nuls, voire des déficits. Ce stratagème leur permet de ne pas payer d’impôts et même de pleurer à chaudes larmes pour obtenir des aides de l’État.

 

L'argent « investi » ne reste même pas en France

Les investissements étrangers sont de l'achat contre un contrôle de l'activité. L'argent n'est pas donné aux salariés ou à l'État mais uniquement aux anciens actionnaires. Il n'y a aucune raison de penser que cette somme sera réinvestie en France plutôt que dépensée ailleurs, voir mise dans des placements financiers (ou des paradis fiscaux). Le savoir-faire français a été transformé en savoir-faire étranger avec pour compensation de la monnaie qui ne sera pas française non-plus. C'est la double peine.

 

Les investissements étrangers polluent et sont du gaspillage de ressources

Intégrer une entreprise française à une chaîne d'activité mondiale, augmente les exportations (vers le nouveau groupe), augmente les importations (depuis le nouveau groupe) en supprimant des emplois. Les nouveaux transits organisés sont une utilisation inutile d'énergies fossiles générant nuisances et pollutions supplémentaires. La formation de ces chaînes mondiales n'est rendue possible que par la non-taxation des transports routiers, maritimes et aériens. Si les transporteurs payaient réellement les coûts de pollution, de construction et de maintien des infrastructures induits par le transport (plutôt que de produire sur place) ce système ne serait pas aussi intéressant.


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6 réactions à cet article    


  • Julot_Fr 27 janvier 12:46

    Vendre l’aeroport de Toulouse, Alstom, Technip ou les vignobles n’est effectivement pas forcement une bonne idee. Avec les bijoux de familles passant sous controle etranger, on peut supposer que ces investissements vont maintenant se tasser. On peut neammoins noter que la poussee a la banqueroute sur les agriculteurs (vegan, subvention pac ciblees, mercosur, ceta) devrait continuer a rendre certaines multinationales heureuse du depeucage francais pour les semestres a venir. Ceci avec la complicitee passive du peuple francais trop confortable pour se rebeller avec les GJ, manque de responsabilisation qui sera fatal


    • rogal 27 janvier 13:58

      Bonne critique. N’est-il pas grand temps de revenir à une politique nationaliste ?


      • ETTORE ETTORE 27 janvier 14:50

        « Choose » France ?

        NON !

        « Loose » French...

        Mais c’est vrai qu’il a un tel accent rotechildien, notre macron national,.....qu’on peut se demander......Pourquoi un tel portrait personnel imposé à toute LA FRANCE !


        • Buzzcocks 27 janvier 16:41

          Quand Toyota fait produire la Yaris à Valencienne, c’est aussi de l’investissement. Quand Bombardier fait construire des TER en France, ce sont aussi des investissements. Sinon, la RATP gère des lignes de bus aux USA, et des métros au moyen orient. Donc on peut aussi dire que nos sociétés prospèrent aussi en allant sur des marchés extérieurs.


          • azyx1986 27 janvier 17:45

            @Buzzcocks
            Regardez l’évolution du nombre d’emplois de l’industrie automobile en France. Ce n’est pas le reliquat qui reste qui montre que la France a été gagnante des prises de contrôles étrangers. Comme je le dis, Mittal fait encore bosser 2 000 personnes à Florange, Youpi ! Bon ils étaient 4 000 avant qu’il arrive...
            Je ne vois pas non plus pourquoi on devrait se féliciter que des entreprises françaises prennent le contrôle de secteurs à l’étranger... Le bénéfice pour le citoyen français : 0. Les USA sont tellement protectionnistes qu’il n’y a pas un rond qui sort du territoire. Ils sont moins cons que nous sur ce plan.
            Quand vous dites Moyen-Orient pour le métro, vous voulez dire Qatar et Arabie Saoudite non ? Belle image de coopération internationale que celle-là.


          • Aimable 27 janvier 19:58

            @azyx1986
            Il ne sort pas un rond des USA , vu qu’ils rachètent nos entreprise avec de la monnaie de singe et rapatrient tout les biens de ces entreprises ,en les vendant a la découpe .

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azyx1986


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