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L’eau des multinationales

L’eau des multinationales Ouvrage de Roger Lenglet (Philosophe, journaliste d’investigation et directeur de collection) et de Jean Luc Touly (salarié de la CGE depuis 1976). Chez Fayard pour 19 € TTC.

L’eau des multinationales
Ouvrage de Roger Lenglet (Philosophe, journaliste d’investigation et directeur de collection) et de Jean Luc Touly (salarié de la CGE depuis 1976). Chez Fayard pour 19 € TTC.

Cet ouvrage mérite d’être lu, si l’on ne connaît pas ce secteur d’activité ou, si, à deux années des municipales, vous envisagez de postuler à la fonction de maire, pour vous faire découvrir le marché de l’eau en France et surtout avoir quelques comparaisons avec l’étranger.

Les auteurs remettent un peu en perspective le marché de l’eau et les pratiques qui ont été longtemps mises en oeuvre. Ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est la situation oligopolistique de trois opérateurs qui se partagent le marché en France. Pas de concurrence, un acteur majeur, la Compagnie générale des eaux, qui dirige le marché. On peut sincèrement s’interroger sur deux points :

  1. le premier est à relier directement à l’actualité récente : personne ou presque n’a noté que si ENEL reprenait Suez, c’est Hervé Proglio, PDG de la Compagnie générale des eaux (Véolia environnement), qui réussirait un beau coup en récupérant les activités environnement de Suez et donc du marché de l’eau. Plutôt que de haranguer les investisseurs français pour sauver Suez des capitaux italiens, il eût fallu mettre le doigt sur la situation de monopole qui en découlait et donc sur la situation de distorsion de concurrence contre les usagers.
  2. Le deuxième point est lié au marché en France, (3 acteurs, 60% des collectivités ont délégué la gestion de l’eau, 80% des abonnés sont sous la coupe de ces trois groupes) et à la situation en Angleterre et surtout aux Etats-Unis, pays où le taux de délégation de ces services au privé est de 15% seulement, alors que ce sont des pays libéraux.


Dans cette situation oligopolistique, il n’y a pas de concurrence possible, je peux en profiter pour vous raconter une anecdote.

En 2000 ou 2001, une petite commune de l’Eure a lancé un appel d’offre pour la gestion des ses réseaux. La commune compte entre 150 et 200 abonnés, je vous donne les chiffres de têtes. Notre société avait décidé de présenter sa candidature, laquelle fut acceptée, pour proposer une offre. Dès que la compagnie fermière fut au courant de notre candidature, cette dernière chercha qui nous étions. Elle n’eut aucun mal à nous retrouver, nous étions apparents dans sa comptabilité en tant que fournisseur.

Je fus contacté à la fois par le patron de la filiale avec laquelle nous étions en « affaires » et par le centre avec lequel nous étions en concurrence. Le premier m’informa qu’il fallait que je m’arrange avec le second, dans le cas contraire... et le second m’invita à aller le voir, tout ça pour un contrat de 150 abonnés environ !

Je me suis donc exécuté, il y avait en balance deux intérêts contradictoires. D’un côté la logique libérale, qui veut la libre-concurrence, de l’autre la logique de l’entreprise, qui ne peut pas perdre sur deux tableaux et qui doit sécuriser un marché. Evidemment nous n’avions rien à gagner à ne pas aller les voir ; en effet, nous étions plus chers que notre concurrent international, question d’échelle, et surtout de gestion des risques.

Revenons à l’ouvrage, il manque un chiffre de comparaison qui pourrait être très intéressant, c’est le prix de l’eau pour le consommateur, qu’il soit à Paris, New York, Mexico, Prague ou Londres. Cet élément de comparaison international aurait le mérite de mettre en relief à la fois les différences de coûts et les différences d’infrastructures et de qualité. Si quelqu’un a une info...

Enfin le dernier point concerne notre choix pour la future gestion de l’eau, des déchets et des transports. De réelles questions se posent sur l’opportunité de confier en délégation de services publics ou en régie ces activités. Le fait que le marché ne soit pas concurrentiel m’amène à proposer deux solutions :

  1. La première, dans l’intérêt des consommateurs, est d’éviter qu’il y ait des situations de monopole ou d’oligopole. J’ai proposé, sur mon blog et dans le courrier des lecteurs de Marianne, et j’y reviendrai une autre fois, l’instauration d’une taxation sur les monopoles que j’ai appelée « Taxe Microsoft ». Cette taxe a pour objectif de créer une distorsion de concurrence et doit être reversée dans un fonds spécial de « développement ».
  2. La deuxième consiste à ne pas privatiser une entreprise en situation de monopole (exemple ADP) quand le marché n’est pas ouvert à la concurrence, et si elle est déjà privatisée, à la démanteler.

Pour conclure, le marché de l’eau scandalise d’autant plus que les intérêts financiers et politiques se mêlent et s’emmêlent. Cela scandalise parce que le consommateur final n’a quasiment pas son mot à dire, cela scandalise parce que des comptes clairs ne sont pas publiés chaque année (alors que dans le même temps les entreprises sont capables de dérouler une comptabilité analytique très fine).

Au-delà du marché de l’eau, c’est la notion de concurrence sur de nombreux marchés nationaux, européens et mondiaux dont il faut se préoccuper, et la tâche est grande, car la logique du capital (pas de rentabilité sans rente, pas de rente sans domination, pas de domination sans avantage compétitif) va à l’encontre de celle du libéralisme, de la libre-concurrence, qui est d’éviter la domination du marché par un ou plusieurs acteurs...


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4 réactions à cet article    


  • Aurélien (---.---.159.40) 9 mai 2006 22:43

    L’eau, bien commun de l’humanité


    • Aurélien (---.---.159.40) 9 mai 2006 22:46

      L’eau, bien commun de l’humanité

      http://eau.apinc.org/


      • marcel thiriet (---.---.140.185) 10 mai 2006 07:53

        Merci pour cet éclairage pertinent . Oui, le libéralisme pur et dur dont on nous vante les mérites débouche inévitablement sur la négation des principes du libéralisme même .

        Dans d’autre domaines aussi, le capitalisme ,sous ses formes les plus avancées où la finance devient prioritaire,tend à se nier lui-même (voir le livre de certains entrepreneurs et banquiers:P.Artus :« Le capitalisme est en train de s’autodétruire » ;Jean Peyrelevade :« Le capitalisme total »,entre autres..)

        Qui va remettre de l’ordre dans cette dérive, quand on voit les complicités politiques, les silences,pour ne pas dire plus,des instances européennes ?...


        • ACME (---.---.72.64) 13 mai 2006 21:20

          APPEL A SOLIDARITÉ : Pour la liberté d’informer : Soutien à Roger Lenglet et Jean-Luc Touly

          Ces dernières années, des hommes et des femmes, en « lanceurs d’Alerte », se sont exposés pour nous faire connaître la vérité sur l’emprise de la gestion de l’eau en France et dans le monde, emprise exercée par les grands groupes privés de l’eau sur les collectivités. Militants associatifs, syndicalistes engagés et journalistes, tous soucieux de leur éthique, prennent des risques pour revendiquer le droit d’informer comme le font

          Jean-Luc Touly et Roger Lenglet

          encore assignés en diffamation Leur premier livre « L’eau de Vivendi, les vérités inavouables », sorti en novembre 2003, leur a valu d’être attaqués en justice par Veolia. Jean-Luc Touly vient, de surcroît, de faire l’objet d’un licenciement pour faute grave, par Veolia qui l’employait depuis 30 ans, et seulement après l’accord donné par le ministre de l’emploi. Ces deux auteurs sont à nouveau poursuivis devant les tribunaux pour des interviews donnés à l’occasion de la parution de leur deuxième livre « L’eau des multinationales, les vérités inavouables » chez Fayard en janvier 2006

          par Veolia pour une demande de condamnation Ils viennent d’être assignés au pénal par une citation directe devant la 17ème Chambre correctionnelle de la Presse du Tribunal de Grande Instance de Paris pour « diffamation publique » par Veolia, suite à des propos tenus lors de deux émissions ( chez Michel Field sur Europe1 le 4 février 2006 et chez Maïté Biraben sur Canal+ le 8 février dernier).

          Veolia demande leur condamnation à :
          - 50 000 euros à titre de dommages et intérêts
          - l’exécution provisoire du jugement
          - la publication dans 3 organes de presse (8000 euros HT par insertion)
          - 10 000 euros article l 475-1 du code de procédure pénale

          soit environ pour un total d’un montant de 90 000 euros

          Pour museler le droit d’expression, d’autres actions en diffamation sont menées par :
          - Suez-lyonnaise des Eaux à l’encontre de Radio France et du Monde Diplomatique (pour une émission de France Inter de mars 2005) ;
          - UNSA de Veolia Eau à l’encontre de France 2 (Complément d’Enquête de décembre 2003). Il s’agit d’écraser toute contestation sous le poids des procès. La méthode employée rappelle celle engagée contre les faucheurs OGM. Jusqu’à présent cette méthode a échoué : Jean-Luc Touly et Roger Lenglet n’ont été condamnés qu’à un euro symbolique.

          Ils sont rejoints dans leur quête de la vérité par des députés qui ont demandé la création de commissions d’enquête parlementaire ; Les soussignés expriment leur soutien à Jean-Luc Touly et Roger Lenglet. Ils souhaitent que toute l’information soit faite sur le rôle des multinationales de l’eau aussi bien en France que dans le monde. Ils demandent le respect de la liberté d’informer.

          Soutenez Jean-Luc Touly et Roger Lenglet

          Notre Soutien Financier Un procès coûte cher.

          Jean-Luc Touly, licencié sans indemnité et Roger Lenglet doivent assurer leur défense. Les aider à réunir la somme de 5000 euros est une façon militante d’agir à leurs côtés et de poursuivre la lutte contre l’opacité dans la gestion de l’eau, notre bien commun.

          AIDEZ-LES

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