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Accueil du site > Actualités > Environnement > Le principe de précaution : castrateur de liberté, ou vecteur (...)

Le principe de précaution : castrateur de liberté, ou vecteur d’innovation ?

Le principe de précaution est présenté par la classe politico-médiatique comme un élément bloquant de la société. Cet article montre qu’il n’en est rien. Ce principe peut- être créateur d’une nouvelle économie, selon la manière dont on le met en œuvre.

Le principe de précaution est aujourd’hui un concept qui figure dans la Charte de l’environnement, elle-même incluse dans la Constitution, c’est-à-dire l’élément juridique le plus en amont. Pourtant, lors des débats parlementaires sur cette charte, de nombreuses voix se sont élevées pour dire que ce principe allait bloquer toute l’économie, ralentir le progrès, etc.

Ce débat contradictoire donne l’occasion de remettre sur la table des éléments de réflexion permettant de modifier les représentations qu’ont les hommes politiques et les chefs de grandes entreprises aux commandes actuellement.

Tout réside dans le contenu que l’on met dans les mots progrès, économie, croissance. La représentation du progrès en cours est celle qui consiste à reproduire les modes de fonctionnement existants de la société, en réparant à la marge les dégâts faits aux écosystèmes. Les acteurs économiques existants cherchent finalement à grandir dans les mêmes schémas. L’anticipation des évènements climatiques futurs, par exemple, est faible, malgré des moyens de mesure de plus en plus performants.

Si on considère que ces schémas nous mènent à des mauvaises surprises au niveau de la planète qui nous fait vivre, il est nécessaire d’inclure dans les notions de progrès et de croissance des éléments innovants permettant d’éliminer les impacts négatifs de certaines activités, et d’en créer d’autres, dont la croissance rétablira l’équilibre des écosystèmes dont nous sommes une composante.

Ceci veut dire que des activités économiques disparaîtront ou s’adapteront, d’autres apparaîtrons. Ceci décrit finalement le fonctionnement normal de l’économie.

Les grands monopoles tels que Total, EDF,etc., ne peuvent s’accaparer les innovations technologiques en empêchant la concurrence d’émerger, en retardant la mise en oeuvre de technologies plus propres et moins coûteuses, tant que les processus précédents n’ont pas épuisé tous leurs fruits. C’est alors le consommateur qui paie la facture de cette mauvaise gestion.

Ils ne peuvent non plus chanter sur tous les toits qu’il faut s’adapter, être réactifs, et en même temps refuser le dynamisme de l’économie innovante, mettant le principe de précaution dans leur cahier des charges de produits le plus en amont possible, y compris même dans le choix des produits mis sur le marché. C’est là que nous abordons la version positive du principe de précaution. Le chef d’entreprise qui se replie sur ses activités habituelles ressent le principe de précaution comme une contrainte insupportable. Celui qui en fait une contrainte lui permettant de trouver des nouvelles valeurs ajoutées est dans l’innovation, et conçoit des produits lui permettant de trouver de nouvelles perspectives de développement. La firme BP, par exemple, s’engage résolument, beaucoup plus que Total, dans une révolution industrielle, celle du « sans-pétrole ».

Cette dualité de vision apparaît clairement dans l’interview de François Ewald, philosophe et président du Conseil scientifique de la fondation pour l’innovation politique, dans le hors-série d’Enjeux Les Echos de décembre 2005.

François Ewald est un ardent adversaire du principe de précaution, qui représente pour lui la plus grande défaite de l’esprit des lumières. Voici ce qu’il déclare :

« Les problématiques de protection de l’environnement servent à la promotion constitutionnelle d’un principe de précaution destiné à donner, à ceux qui s’en prétendent les défenseurs, le privilège de mettre la puissance judiciaire au service de leur cause. »

Il ajoute :

« L’évidence sécuritaire a pris un tel poids que c’est la liberté -celle d’aller et venir, d’entreprendre, de travailler, de chercher et d’innover- qui apparaît désormais comme une menace. »

On est là dans la vision castratrice du principe de précaution.

Il dit encore, à propos de la démocratie participative et des débats publics :

« Ces batailles-là expriment la volonté des minorités d’imposer leur loi en prenant le pouvoir sur ce qui fait le pouvoir du pouvoir : l’imaginaire, l’émotion, les médias, les juges...Pour déstabiliser les pouvoirs en place, pour instiller le doute et la suspicion, rien ne vaut l’arme du débat et le jeu désordonné de la démocratie participative. »

Là, on est vraiment sur des terrains glissants. C’est un peu facile de stigmatiser la démocratie participative qui n’est qu’émergente en France.

En fait, tout est dans l’interprétation que nous faisons du principe de précaution, dans la communication et l’usage industriel que l’on en fait pour améliorer la vie quotidienne collective et la faire durer. Il s’agit aussi de ne pas faire du développement technologique, de la liberté individuelle, une autre dictature limitant notre espérance collective de vie. En ce sens, prendre le principe de précaution comme vecteur d’innovation, c’ est-à-dire trouver des modes de vie et des process à prélèvements minimums sur la planète, c’est une nécessité. Même si ce principe peut apparaître castrateur dans un premier temps, une analyse approfondie montre que c’est un formidable vecteur de progrès si on sait se l’approprier de façon responsable. Il a aussi le mérite de porter au niveau constitutionnel une anticipation des risques, et ainsi d’impulser les recherches pour les connaître et trouver des solutions durables.

Un principe de précaution bien compris n’est pas incompatible avec une prise de risque économique et avec l’esprit d’entreprise. Il permet de les orienter.


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19 réactions à cet article    


  • gem gem 6 septembre 2006 12:49

    >« Le principe de précaution est présenté par la classe politico-médiatique comme un élément bloquant de la société. »

    Faut être sérieux : c’est cette fameuse classe qui a justement passé en force ce fameux principe, alors dire qu’elle le présente comme bloquant ... non ! Des voix qui dénonçaient ce principe existaient, elles ont été ignorées ; le peuple n’a jamais été consulté. Et le « principe de précaution » a été constitutionnalisé.

    Le principe de précaution, concrétement, à servi à tuer des poulets dont on savait qu’ils étaient sains, parce qu’ils auraient pu ne pas l’être (si les choses c’étaient passer plus mal), ou qu’ils auraient pu, peut-être, cesser de l’être. C’est à peu près son seul usage réel, et la seule innovation par rapport aux pratiques anciennes, même si maintenant on leur colle l’étiquette « principe de précaution » (alors qu’elles relèvent du « principe de prudence », qui vise des risques connus, pas des risques éventuels comme le « principe de précaution »)

    Vous faites comment, vous, pour mettre dans un cahier des charges « poulets qui ne risquent pas d’être accusés de pouvoir éventuellement tomber malade » ou, pour passer à l’industriel « procédès qui ne risque d’être accusé de pouvoir éventuellement provoquer une pollution » ?

    Après, on s’adapte à tout. Si vous voulez appeler ça « progrès », libre à vous ...


    • La Taverne des Poètes 6 septembre 2006 13:06

      L’article en question dans sa formulation ne ressemble en rien à un facteur de blocage de l’économie : voici le contenu : (Je me suis permis de mettre du gras) « Art. 5. - Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

      Vous dites « En fait, tout est dans l’interprétation que nous faisons du principe de précaution, dans la communication et l’usage industriel que l’on en fait pour améliorer la vie quotidienne collective et la faire durer. »

      L’interprétation c’est le juge (et le Conseil constitutionnel puisque l’article est intégré dans la constitution) qui la donneront.

      Mais l’extension du principe de précaution dans la pratique courante et notamment dans la vie économique n’a pas fini d’alimenter des débats.


      • gem gem 6 septembre 2006 16:27

        Bon idée de faire une citation complète.

        C’est génial !

        Ainsi, les autorités, en l’absence de données sur les risques, appliquent des ... « procedures d’évaluation des risques » (sic) ! En somme, si les scientifiques sont incapables de dire ce qu’il en est, l’administration va le faire... Fallait y penser.

        Et des mesures « proportionnée » à un risque dont on ne connait pas l’extention, dont en sait seulemenbt qu’il est (peut-être !) « grave et irréversible » ! Bien, bien, bien ...

        En ralité, faut pas trop compter sur le juge : il ne travaille qu’a posteriori, et n’aura jamais les moyen de contredire l’administration qui affirmera toujours avoir agit de façon proportionnée à ce qu’elle imaginait de pire au moment des faits. Aussi bien dans un sens (« je vous jure, M. le juge, si j’avais imaginé que cette centrale pouvait exploser je l’aurait fermer ») que dans l’autre ((« je vous jure, M. le juge, si jai fait arreter la presse à perlimpinpim c’est que je pensais sincèrement que la poudre était un explosif nucléaire »).


      • (---.---.79.184) 6 septembre 2006 14:15

        « Le principe de précaution est présenté par la classe politico-médiatique comme un élément bloquant de la société. »

        Heu, le peuple n’a jamais demandé ce truc à la con, c’est Chirac, donc bien la « classe politico machin ».

        Il faut contrbalencer ce principe par celui du principe de risque, sinon, c’est transformer la france en maison de retraite au murs capitonés. Quand au cout, de toute façon, c’est le français qui paye par de la baisse de pouvoir d’achat, donc, en s’en fou.


        • Fabrice fabrice duplaquet 6 septembre 2006 14:32

          Et non, contrairement à ce que vous dites, ce principe sauve des vies dans tous les domaines. Il sert à définir les seuils de danger et les pertes humaines que nous sommes prêt à accepter... A chaque seuil correspond un risque et un tauc de mortalité. L’exemple de la conduite routière est très bien documentée : 3% de décés par KM/heure. Idem pour les médicaments, les épidémies, les produits chimiques que vous manipulez tous les jours ou encore en ce qui concerne le taux de nitrate dans l’eau de distribution...


          • gem gem 6 septembre 2006 16:08

            Pärfait exemple de contresens. Vous citez des risques connus, certains, bien quantifiés (3% de décès par km/h, vous le dites !). Et qui font l’objet de mesures précises, proportionnée, limitée (limitations de vitesse + radar, en l’occurence).

            Tout cela n’a rien à voir avec le principe de précaution !

            Plutôt le principe de prudence (je sais que je risque plus l’accident en roulant plus vite -> je ralentis).

            Je le répète, le principe de précaution n’a encore pas servit à grand chose, sinon à buter des poulets sains sous prétexte qu’ils auraient pu être malades !


          • Fabrice Fabrice Duplaquet 7 septembre 2006 12:58

            et moi je vous répéte que le principe de précaution est un plus pour la santé du plus grand nombre. Sans ce principe vous devriez accepter un taux de mortalité supérieur par exemple par intoxications alimentaires, par contaminations lors de transfusions par effets secondaires de médicaments... La balance penche nettement en faveur du principe de précaution... Pendant des millénaires, les femmes mourraient en masse en période post-natale par fièvres puerpérales. Le principe de précaution veut que l’on désinfecte le patériel non plus avec de l’urine, non plus avec de l’eau chaude, non plus avec de l’Ether, même plus avec de l’alcool à bruler mais à l’etuve. Le principe de prudence se contenterait de l’alcool à bruler mais les quelques dizaines de femmes qui ne meurent pas car le principe de précaution veut que pour ce petit nombre, cette petite probabilité, nous désinfection et nous utilisions du matériel stérile jetable... La différence entre prudence et précaution c’est quelques vies... moi cela me suffit pour défendre ce principe d’excellence en 2006.


          • (---.---.162.15) 6 septembre 2006 18:36

            Gem a écrit :

              Je le répète, le principe de précaution n’a encore pas servit à grand chose, sinon à buter des poulets sains sous prétexte qu’ils auraient pu être malades !

            Donc si ça ne sert pas à grand chose, il n’y a pas lieu d’en faire tout un foin, ça n’est pas si bloquant que ça...

            Ceci étant dit, il y a des antécédents qui amènent à réfléchir. L’amiante, le sang contaminé, la vache folle. Dans ces cas, il a fallu de longues années avant d’avoir des chiffres qui amènent à être prudents. Avant, il aurait été mieux de prendre plus de précautions.

            N’oubliez que certains problèmes ne se révèlent que très tardivement. Je me souviens d’un OGM pour lequel il a fallu dix ans à des chercheurs pour se rendre compte qu’il y avait un grave danger pour les souris qui en consommaient.

            Personnellement, je pense que la loi qui a été votée n’est pas suivie d’applications. Quand des scientifiques disent que l’utilisation intensive des téléphones portables pourrait avoir des conséquences pour les enfants de moins de neuf ans (cf ici), il me semble que l’état pour agir, au moins par une campagne d’information (l’Angleterre l’a fait), peut-être par une interdiction des portables dans les écoles primaires.

            Am.


            • gem gem 7 septembre 2006 10:24

              Largement inexact. Comme dit plus bas par un autre, l’amiante est connu comme mortelle depuis plus d’un siècle. La tranfusion sanguine est connue comme dangereuse et généralement mortelle depuis des siècles, voire millénaires (tout le progrès étant d’avir identifier les exceptions à cette règle). Je ne connais pas le cas d’OGM dont vous parlez, va falloir documenter... sachant que ça fait plus de trente ans qu’on bouffe de l’OGM. 

              En revanche c’est vraie que la « vache folle » ou plus récemment la gestion de « H5N1 » sont des exemples parfaits d’application du principe de précaution, et c’est pas un compliment ! Si en avait simplement été prudent on n’aurait pas massacré des centaines de milliers d’animaux pour rien, en s’otant les moyens d’observer ce qu’ils devenaient, et en se privant de la sélection naturelle des animaux indemnes ; et on n’aurait pas susciter une panique débile, puisque faut quand même rappeller que la crise du poulet est exclusivement du à ce fameux principe, alors que pas un seul animal n’était touché en France ni même en Europe !

              et il est non moins exact que les données sur les risques sont souvent ignorées, qu’elles soit connues comme avérés (cas de l’amiante) ou comme réfutées (cas des nitrates).


            • claude (---.---.248.197) 6 septembre 2006 19:33

              pour être précis,

              le principe de précaution a été introduit par le biais de la charte pour l’environnement adopté en première lecture le 1er juin 2004 par l’assemblée Nationale et par le Sénat le 24 juin de la même année, et soumis au Parlement réuni en Congrès à Versailles qui l’a adopté le 28 février 2005 et promulgué par Jacques Chirac le 1er mars 2005.

              cette Charte précise (mais j’ai abrégé)

              le droit de vivre dans un environnement sain (art 1 )

              le devoir de le préserver (art 2)

              la nécessité d’anticiper sur les atteintes nuisibles (art 3)

              la nécessité de réparer si dommages (art 4)

              le principe de précaution (art 5)

              conciliation entre la protection et la mise en valeur d’une part et entre le développement économique et le progrès sociall d’autre part ( art 6)

              la liberté d’accès aux informations relatives aux données environnementales et la possibilité de participer aux décisions publiques (art 7)

              éducation et formation à l’environnement (art 8)

              recherche et innovation doivent concourir à la préservation ( art 9)

              la Charte doit inspirer l’action européenne et internationale de la Frace (art 10)

              Donc il ne faut pas se focaliser sur le seul article cinq mais également l’article six qui apporte un contre poids notamment dans le concept de « conciliation ».

              par ailleurs une première copie avait été présentée sans le principe de précaution, le président l’avait récusée ; on ne peut pas l’accuser d’avoir voulu laisser trop de liberté aux magouilleurs de tous bords et de tous poils au mépris du futur.


              • aurelien 6 septembre 2006 20:59

                « Sans doute est-ce un dessein fort ardu que de vouloir cerner en toute chose la vérité, mais à cet égard, il me semble que parmi tous les domaines de la connaissance où le discernement doit être le moins suspect, l’ignorance et le faux-savoir sont particulièrement préjudiciables en ce qui concerne la nature et l’organisation du pouvoir politique. Car les conséquences d’une connaissance erronée et d’une fausse vérité sont beaucoup plus nuisibles et pernicieuses dès lors qu’elles concernent les affaires publiques plutôt que nos étroits problèmes personnels, parce qu’alors, outre le préjudice que l’on se fait subir à soi-même, on inflige les conséquences de nos propres erreurs à la société tout entière, et l’ignorance ne nous met pas seulement en péril, mais elle met alors aussi en danger les affaires publiques et l’avenir de la communauté. »

                David Millet, Pensées et éclaircissements concernant la politique et l’économie politique, édité par la fondation littéraire Fleur du Lys


                • aurelien 6 septembre 2006 21:04

                  Bonjour Monsieur,

                  Que pensez-vous de la participation du groupe Safran au développement de techniques biométriques et à leur diffusion progressive dans la société ?

                  Ces techniques sont-elles castratrices de liberté ou vecteurs d’innovation ?


                  • Dominique Bied (---.---.17.226) 7 septembre 2006 00:34

                    Je n’ai pas à porter de jugement de valeur sur un produit commercialisé par mon groupe par rapport à un principe général qui concerne l’humanité entière. Ce que je peux dire, c’est que chacun d’entre nous recherche une sécurité minimum dans bien des actions de la vie (payer, protéger des biens durement acquis sur la durée, prendre les transports en toute sécurité, etc..). Je me tiendrai donc à répondre par rapport à une pensée développée dans le cadre des valeurs portées par cap21 sur le développement durable. L’important est de comprendre le sens de ce principe pour pouvoir le mettre en pratique au service de l’intérêt général. Il fixe pour l’avenir le cadre environnemental de l’activité économique. Si je ne peux me permettre de juger les produits biométriques, je peux par contre transposer les concepts de qualité totale dont Toyota a été le promoteur au niveau le plus haut. Edicter le principe de précaution, c’est réclamer le plus haut niveau de qualité, et pour tout le monde, pour leur vie quotidienne. Cela veut dire exiger que l’ensemble des agents économiques incluent dans leur cahier des charges de création de produits et de production ce niveau de qualité pour l’air, l’eau et le sol par exemple. Exemple : le lien environnement et santé. Il y a 100 000 produits chimiques utilisés dans notre vie quotidienne dont 3000 ont des toxicités connues, soit 3% seulement. Parallèlement à cela, il y a explosion des leucémies chez les enfants, des problèmes d’obésité, d’asthme, de différentes formes de cancer. Chacun d’entre nous a d’autre part un patrimoine génétique plus ou moins sensible à telle ou telle substance. Nous sommes donc inégaux face à ces dangers potentiels. Nous sommes en pleine conférence internationale d’épidémiologie et d’exposition environnementale à Paris. 1500 chercheurs venant du monde entier sont réunis pour échanger leurs travaux. Certains travaux commencent à regarder comment les substances que l’on met sur le marché sans précaution ni connaissance toxicologique interagissent sur l’homme, depuis les spermatozoïdes et les ovules sur plusieurs générations successives jusqu’à l’âge adulte. Le premier à alerter sur la santé et l’environnement était Hypocrate dans l’antiquité grecque, de manière très intuitive. C’est dire si nous avons du retard.

                    Prenons quelques exemples concrets : l’amiante, produit soi-disant miracle par le passé,connue toxique depuis la fin du 19ème siècle, conduira à 500 000 morts en Europe dans les 20 prochaines années. OGM : on met sur le marché des produits dont on n’a pas fait les études toxicologiques au niveau macroscopique (donner à manger des OGM à des rats pendant 2 ans). Les premiers travaux de Gilles-Eric Seralini (microbiologiste reconnu mondialement) donnent des résultats mauvais, corrélés par des résultats des grands semenciers eux-mêmes, mais qu’ils ne veulent pas diffuser dans le grand public. Les grands semenciers ne veulent pas publier leur étude car cela rendrait les OGM non rentables. Normalement, dans une économie de marché, lorsqu’un produit n’est pas rentable dans les conditions de respect des normes, on ne le produit pas.

                    Les poulets et les vaches saines qui ont été éliminés l’ont été pour éviter des milliers de victimes potentiels. Certes, il y a des entreprises en jeu, mais à un moment, il faut choisir. A charge pour la collectivité d’indemniser correctement les entreprises victimes et de les aider à un redémarrage ou à une reconversion. Ce sont aussi les modes de production productivistes qui sont en cause au travers de tous ces problèmes.

                    Il existe aujourd’hui des techniques bien moins agressives pour l’homme et l’environnement. Le principe de précaution est destiné à créer les conditions pour que les produits impactant négativement disparaissent, et ceux impactant positivement se développent. C’est en ce sens qu’il permettra d’innover. Il nous forcera à chercher des solutions nouvelles comme on conçoit différemment un produit pour qu’il soit fabricable avec plus de productivité, moins de rebuts et de reprises etc...

                    L’article que j’ai écris montre simplement que selon son regard, on peut considérer que le verre est à moitié vide ou à moitié plein.


                  • gem gem 7 septembre 2006 10:45

                    Les vaches et les poulets sains l’ont été pour montrer de l’action, pour rassurer et prévenir la panique ; avec l’effet inverse, comme d’habitude. Mais c’est pas grave pour l’administration, c’est même tout bénéfice : elle a justifier son existence, elle aura une rallonge de crédits et ses agents auront une prime ...

                    C’est bien gentil de penser aux entreprises en jeu, avec au passage une remarque débile sur le productivisme (rappel de quelques mesures de précaution : enfermement des volailles, suppression de l’alimentation naturelle dans les champs, maintien de la certification « bio » pour des élevages que l’on somme de s’aligner sur le modèle que vous qualifier —connement, je dois dire, mais peu importe — de « productiviste » ...). Mais c’est bien plus grave que ça ! Pour la vache folle, quand on extermine tout le troupeau pour un cas avéré, on traite l’animal résistant comme l’animal sensible, on casse le ressort de la selection naturelle, on se prive de données sur l’évolution du mal. Pour le poulet, on crée une panique en France alors qu’elle n’est nullement concernée, et on affaiblit l’élevage bio ! Quel bénéfice pour qui, je vous le demande ???

                    Le verre à moitié vide ou plein ? on s’en fout, le principe de précaution c’est de jeter le verre avant d’y avoir goûter, qu’il soit vide ou plein, alors ...


                  • claude (---.---.248.197) 8 septembre 2006 10:35

                    vous y allez un peu fort

                    « on casse le ressort de la sélection » parce que l’on élimine un troupeau où une bête malade a été identifiée, si l’on vous suivait on laisse les autres bêtes vivantes porteuses de maladie mais qui n’ont pas développé les signes extérieurs, au bout du cheminement commercial vous consommez la viande incriminée et vous finissez par en crever...que feront vos proches ? ils iront en procès contre l’État pour manquement sanitaires...

                    pour le poulet il n’y a pas eu d’état de panique, de la vigilance bien appropriée, vous prétendez controler le vol des oiseaux et dans les pays tiers leurs contacts avec d’autres volatiles contaminés ?


                  • claude (---.---.248.197) 8 septembre 2006 10:46

                    « le principe de précaution c’est de jeter le verre avant d’y avoir goûter, qu’il soit vide ou plein, alors ... »

                    seul ce propos est correct bien que pour vous ce soit acide, en effet le principe de précaution veut que l’on jette le verre qu’il soit à moitié vide ou à moitié plein si le voisin a bu dans son propre verre un vin qui venait de la même bouteille que celle qui a rempli le votre..

                    pour répondre à la question in fine oui le principe de précaution est bon à plus d’un titre car personnellement je crois qu’au nom du profit imédiat et de la rentabilité à tout crin on a plus que dégradé notre environnement et que diable après nous il y a les générations suivantes ; mais je dois supposer que la maxime « après moi le déluge » est une maxime acceptable pour certains...

                    le principe de précaution amènera de nombreuses entreprises à modifier leur façon de travailler et à chercher et trouver des solutions qui nous permettrons de concilier des besoins qui sembles apparemment contradictoires : rentabilité et protection et c’est ainsi que l’article 6 de la charte pour l’environnement aura toute sa valeur, en un mot « conciliation »


                  • Kazar (---.---.169.38) 11 septembre 2006 14:45

                    En allant chercher les travaux parlementaires qui ont précédé l’adoption de la Charte de l’environnement, je me suis aperçu que nos politiques avaient vidé ce principe de sens avant même son adoptin. En effet, ils ont dressé des listes sous forme de tableaux indiquant clairement dans quels cas le principe de précaution s’applique : il n’y en a que deux, les OGM et les insecticides (désormais interdits) comme le trop fameux « Gaucho ». Donc pas d’inquiétude à avoir, ce principe ne peut pas être invoqué dans d’autres situations que pour les OGM. Facile à vérifier : sur le site de l’assemblée nationale, avis n°1593 du 11 mai 2004 de Monsieur Martial SADDIER, Député, et rapport n° 1595 du 12 mai 2004 fait au nom de la Commission des lois par Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Députée. Il s’agit donc d’une véritale escroquerie intellectuelle.


                    • Salina Salina 13 septembre 2006 10:14

                      Soyons sérieux deux minutes, vous vous décrédibilisez dès la première phrase. Ce sont les politiques qui ont fait passer le principe de précaution dans notre règlementation !

                      Et ce principe reste une absurdité, une censure délibérée de la science, une volonté archaïque de retourner en arrière dans un hypothétique Eden, un état de nature.

                      COmme dit Marc Olivier Lamaro, porte parole d’alternative libérale, ce principe de précaution c’est la frousse érigée en principe de gouvernement. Tout à fait à l’image d’un pays qui a peur de l’avenir, de l’innovation et du progrès


                      • Dominique Bied (---.---.89.36) 13 septembre 2006 22:12

                        Cette pensée n’a pas à être crédibilisée ou non. Elle montre que toute loi est ce que l’on en fait dans la société. C’est la manière dont on l’applique qui importe.

                        Le principe de précaution n’est pas une censure de la science, bien au contraire. Il est là pour indiquer d’en faire bonne usage par des tests préalables démontrant qu’il n’y a pas de risque pour la santé publique ou pour l’envionnement.

                        Pour ce qui concerne l’application de ce principe, mettre dans le cahier des charges de la conception même des produits des contraintes environnementales nouvelles permet d’orienter la recherche fondamentale dans le sens de l’efficacité environnementale (minimum d’impact), de l’efficacité sociale (même mode de vie à moindre coût), de l’efficacité économique (baisse des coûts énergétiques et de recyclages).

                        L’économie actuelle privatise les profits et collectivise les coûts (énergie, effet de serre, érosion des sols, destruction de biodiversité, inflation de l’immobilier, etc...).

                        Le principe de précaution incite au contraire la science à nous amener vers la modernité du 21ème siècle.

                        Quelques exemples :

                        transport : plutôt que de continuer à l’infini de construire des voitures et des routes, mieux vaut créer des logiciels d’organisation des trnasports pour rendre performant l’outil route. C’est de la recherche et de l’innovation aussi, et non des moindres.

                        agriculture : des milliers de pages scientifiques de Gilles Lemieux au Canada décrivent l’agriculture sans arrosage à l’aide de rameaux de bois vivants répandus sur le sol. Cette agriculture, la plus peformanante en terme de rapport qualité prix, est pratiqué depuis 2 ans par JACKY Dupety à la ferme du Pouzat dans les Causses. Ce n’est pas un retour ringard à la nature, c’est exploiter le meilleur de la recherche.

                        Le problème aujourd’hui, c’est que l’on valorise plus la recherche hors sol, plutôt que celle qui obtient le même résultat avec le moins de prélèvements possibles sur la planète.

                        Non, mille fois non, le principe de précaution n’est pas une censure de la science, mais une chance pour elle d’explorer d’autres façons de faire.

                        Ce n’est pas la frousse, ni la peur de l’avenir, ni le retour à l’état de nature, c’est bien au contraire la réconciliation de l’homme avec son environnement en ayant des comportements d’adultes responsables à l’image d’un chef d’entreprise réagit à la variation de son compte d’exploitation. La planète est au bord du dépôt de bilan et nécessite que l’on arrête l’exploitation aveugle de certaines techniques peu sûres et finalement peu rentables, pour aller vers des techniques innovantes donnant à l’économie une vraie vision long terme.

                        Il faut arrêter de diaboliser la pensée écologique, c’est une pensée aussi moderne qu’était celle de galilée en son temps. Nous aurions tort de reproduire nos schémas de développements cinquantenaires et obsoletes par rapport aux défis qui s’offrent à nous.

                        L’écologie est une pensée plus que libérale puisqu’elle permet à chacun de reprendre en main son destin et de gagner en autonomie. Faire de l’écologie, c’est devenir libre.

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