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Grèce : la défaite de l’expérience Syriza

« Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. » (Saint-Just, le 26 février 1794).



Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 en Grèce ont été un désastre électoral pour le gouvernement actuel dirigé par Alexis Tsipras (un gouvernement initialement sans aucune femme ministre !). Syriza effectivement n’a recueilli que 23,8% des voix. C'est un peu plus que le parti présidentiel en France, mais ce dernier n'a aucune opposition beaucoup plus forte que lui, capable de proposer une alternance crédible, au contraire de la situation du parti au pouvoir en Grèce.

Certes, ce n’est qu’une perte de 3 points par rapport aux précédentes élections européennes du 25 mai 2014 (Syriza n’a été créée que le 22 mai 2012), qui étaient les élections qui ont bouleversé le paysage politique grec en réduisant nettement les socialistes grecs (PASOK), qui avaient chuté de 29 points, au profit de la gauche dite "radicale" d’Alexis Tsipras (ce dernier avait même été candidat au poste de Président de la Commission Européenne en 2014).

En revanche, c’est une dégringolade de 12 points par rapport aux dernières élections législatives du 20 septembre 2015 (13 points par rapport aux élections législatives du 25 janvier 2015). Elles étaient considérées comme un test pour le gouvernement (les élections européennes étaient couplées au premier tour d’élections locales). Le Premier Ministre Alexis Tsipras a alors demandé la dissolution du Parlement, que Prokopis Pavlopoulos, Président de la République hellénique (depuis le 13 mars 2015, de la Nouvelle démocratie), a officialisée le 10 juin 2019. De nouvelles élections législatives auront donc lieu le 7 juillet 2019, avancées de trois mois et demi (elles auraient dû avoir lieu le 20 octobre 2019).

Syriza reste toujours la formation politique dominante à gauche, puisque le PASOK (dans de diverses alliances au fil des scrutins) stagne toujours en dessous de 10% des voix : 7,7% aux élections européennes du 26 mai 2019, à comparer aux 8,0% aux élections européennes du 25 mai 2014, aux 4,7% aux élections législatives du 25 janvier 2015 et aux 6,3% des élections législatives du 20 septembre 2015.

En revanche, le 26 mai 2019, ce fut la grande victoire du principal parti d’opposition, la Nouvelle démocratie, parti de centre droit qui a une longue tradition gouvernementale, avec 33,1% des voix, redevenant le premier parti de Grèce. Il n’avait eu que 22,7% des voix aux européennes de 2014 (il était alors au pouvoir), et il avait échoué aux élections législatives du 25 janvier 2015 (27,8% des voix et 76 sièges sur 300) et à celles du 20 septembre 2015 (28,1% des voix et 75 sièges sur 300), face à Syriza.

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Alexis Tsipras est devenu ainsi Premier Ministre du 26 janvier 2015 au 27 août 2015 (avec 149 sièges sur 300) et depuis le 21 septembre 2015 (avec 145 sièges sur 300). Pour atteindre la majorité absolue au Parlement, Alexis Tsipras, très étrangement, s’est coalisé avec le petit parti des Grecs indépendants qui est une scission souverainiste et anti-austérité de la Nouvelle démocratie, dirigée par Panos Kammenos nommé Ministre de la Défense (du 27 janvier 2015 au 27 août 2015 et du 23 septembre 2015 au 15 janvier 2019), parti qui avait obtenu 13 sièges (4,8% des voix) le 25 janvier 2015 et 10 sièges (3,7% des voix) le 20 septembre 2015, suffisamment pour faire l’appoint. Panos Kammenos a quitté la coalition le 13 janvier 2019 pour protester contre l’accord sur la nouvelle appellation du pays voisin, la République de Macédoine du Nord.

L’extrême droite, Aube dorée, qui était régulièrement en troisième position, a été reléguée en cinquième position, derrière les communistes (eux à 5,4% des voix), avec seulement 4,9% des voix au lieu des 9,4% des voix aux européennes de 2014, 6,3% aux législatives de janvier 2015 et 7,0% aux législatives de septembre 2015.

Le désaveu populaire du 26 mai 2019 contre le gouvernement grec est très fort puisque au-delà des européennes, la Nouvelle démocratie (ND) a remporté les mairies d’Athènes et de Thessalonique et la presque totalité des régions grecques (12 gouverneurs ND ont été élus sur un total de 13). C’est donc le constat d’échec de l’expérience de Syriza : malgré le référendum du 5 juillet 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras, soutenu à ses débuts par des personnalités françaises comme Jean-Luc Mélenchon (FI), Pierre Laurent (PCF) et Clémentine Autain (FI), s’est heurté au mur des réalités avec la crise de la dette souveraine abyssale qui a mis deux fois en danger la zone euro (en 2010 et en 2015).

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Depuis l’annonce des élections législatives anticipées, la Nouvelle démocratie est en tête des sondages, oscillant entre 36 et 40% d’intentions de vote, tandis que Syriza ne dépasse pas 30% d’intentions de vote (entre 25 et 30% d’intentions de vote). Il faut rappeler une particularité du mode de scrutin très compliqué (principalement à la proportionnelle intégrale, mais parfois au scrutin uninominal à un tour), c’est que 50 sièges sur les 300 au total sont réservés comme prime au parti ayant obtenu le plus de voix, la course à la première place est donc essentielle dans la stratégie de reconquête ou de conservation du pouvoir.

Le scrutin du 7 juillet 2019 a donc toutes les chances de se transformer en un duel entre Syriza et la Nouvelle démocratie, qui, avec les résultats des élections européennes et locales, a montré qu’elle avait 10 points d’avance, ce que les sondages confirment également.

Il faut remarquer aussi que la Nouvelle démocratie est présidée depuis le 10 janvier 2016 par Kyriakos Mitsotakis (51 ans), élu député depuis 2004 et Ministre de la Réforme administrative et de la gouvernance électronique du 25 juin 2013 au 26 janvier 2015 dans le gouvernement dirigé par Antonis Samaras. Kyriakos Mitsotakis fait partie de l’une des grandes familles qui sont, avec les Papandréou et les Karamanlis, de véritables dynasties républicaines (chefs de gouvernement de pères en fils).

Ainsi, Kyriakos Mitsotakis, qui est le favori pour devenir dans quelques jours le prochain Premier Ministre grec, est le fils de Konstantin Mitsotakis (1918-2017), Premier Ministre du 11 avril 1990 au 13 octobre 1993 et président de la Nouvelle démocratie de 1984 à 1993. Il est également le frère de Dora Bakoyannis, veuve d’un militant anti-dictature à l’époque des colonels qui a été assassiné le 26 septembre 1989 par un groupe terroriste d’extrême gauche ; elle fut la Ministre de la Culture de son père du 3 décembre 1992 au 13 octobre 1993, Ministre des Affaires étrangères du 15 février 2006 au 7 octobre 2009 et maire d’Athènes du 1er janvier 2003 au 14 février 2006 (élue en octobre 2002 avec plus de 60% des voix).

Dora Bakoyannis, pourtant favorite, a été battue par Antonis Samaras en décembre 2009 à la présidence de la Nouvelle démocratie (poste qui ouvrait la voie pour être désignée Premier Ministre en cas de victoire électorale). C’est le fils de cette dernière, Kostas Bakoyannis, donc le neveu de Kyriakos Mitsotakis, qui a reconquis la mairie d’Athènes le 2 juin 2019 avec une très large victoire puisqu’il a rassemblé 65,3% des voix (il avait auparavant été élu gouverneur de la région Grèce-centrale en exercice de septembre 2014 à août 2019).

Alexis Tsipras aura fait l’expérience du choc des discours et du poids des réalités. À cet égard, elle est pleine d’enseignements pour d’autres pays, notamment en France, où les discours démagogiques voire populistes font la surenchère au-delà de toute raison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Grèce : la défaite de l’expérience Syriza.
Les élections européennes du 26 mai 2019.
Victoria, mamie Europa.
Constantin II de Grèce.
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
C'est Xénophon qu'on assassine !
Le plan Tsipras.
Alexis Tsipras.
Antonis Samaras.
Mauvaise Grèce ?

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12 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 juin 09:42

    Siriza est une grande manipulation des technocrates de l’UE, une de leurs plus grandes victoires.

    Pourquoi Tsipras avait-il choisi Varoufakis comme ministre des Finances alors que ce dernier n’avait jamais été membre de Syriza, ne serait en désaccord sur rien de tout cela ?

    Parce que Siriza est un sous-marin et Varoufakis un mercenaire des banques !

    Varoufakis a publié les documents qu’il avait soumis à la « troïka » lors des négociations. Ils étaient co-écrits par un « Board of International Advisors » (Commission de conseillers internationaux), qui comprend Lord Norman Lamont, que Varoufakis qualifie d’« ami proche. »

    Lamont a été ministre des Finances du gouvernement conservateur de John Major en Grande-Bretagne. Il avait occupé plusieurs hautes fonctions sous Margaret Thatcher. Il a écrit que son amitié avec Varoufakis reposait sur des opinions partagées :

    « Yanis et moi avons participé à un débat sur l’euro à Melbourne en Australie et nous nous trouvions dans des camps opposés, mais petit à petit on s’est aperçu que fondamentalement nous étions d’accord et qu’il n’y avait pas de grandes différences dans nos points de vue… »

    Thomas Mayer, ancien économiste en chef de Deutsche Bank, et Lawrence Summers, professeur à Harvard et ancien secrétaire du trésor américain, ont aussi conseillé Varoufakis.

    James K. Gailbraith de l’université du Texas est un associé de longue date de Varoufakis. Avant d’entrer au gouvernement, en juin 2013, Varoufakis a rédigé un article d’opinion avec Galbraith, intitulé « Seul Syriza peut sauver la Grèce ». Dans cet article, ils insistent pour dire qu’un gouvernement Syriza « n’était pas une mauvaise chose pour l’Europe et les Etats-Unis. »

    Si Syriza était élu, ont-ils écrit, « rien de crucial ne changerait pour les Etats-Unis… Syriza n’a pas l’intention de quitter l’OTAN ou de fermer des bases militaires américaines. »

    Les documents soumis par Varoufakis à Schäuble étaient intitulés « Un cadre politique pour la consolidation fiscale, la reprise et la croissance de la Grèce » et « Résoudre la crise grecque : réformes structurelles, croissance et gestion de la dette fondées sur l’investissement  ».

    Tsipras n’est qu’une marionnette téléguidée, lui aussi, un appât empoisonné pour l’électeur-proie.


    • Pseudo Victor 25 juin 10:27

      @Séraphin Lampion

      Comme c’est bien de réinterpréter les faits 4 ans après.

      Quelle lucidité, à postériori, quelle clairvoyance, à postériori ;

      Ca me rappelle ces doctes commentateurs du 11 septembre 2001, qui ont tous chroniqué les uns après les autres l’inéluctabilité des attentats... après.

      Avant, on ne les avait pas entendu une seule fois.

      Et vous, vous nous aviez dit quoi sur la Grèce et Tsipras, en 2014-2015 ?

      Laissez moi deviner... Rien je crois, sous votre avatar filandreux de Raymond Bidochon.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 25 juin 11:44

      @Pseudo Victor

      et vous, vous êtes Nostradamus ?
      il se trouve que je suis en effet incapable d’analyser les faits concrets qui auront lieu dans le futur mais que j’aime bien comprendre ce qui s’est passé
      ça s’appelle l’histoire
      comme pour la météo, on pourrait postuler que les mêmes causes produisent les mêmes effets et se livrer à des prévisions
      remarquez que beaucoup préfèrent en rester aux oracles et faire des prédictions
      moi, je suis un nostalgique, je m’en tiens au passé et laisse aux amoureux de la science-fiction les délices de l’anticipation


    • Pseudo Victor 25 juin 15:21

      @Séraphin Lampion

      Sauf que si c’était aussi évident que ça, vous auriez dû l’envisager avant.

      Sans être Nostradamus, il y a des événements qui sont fortement plausibles au vu de ce qu’on connaît déjà, et d’autres qui sont franchement invraisemblables.

      Venir donner des leçons après coup, c’est juste de l’escroquerie smiley


    • Pere Plexe Pere Plexe 25 juin 16:06

      @Pseudo Victor
      Quelle lucidité, à postériori, quelle clairvoyance, à postériori 

      On est bien d’accord qu’un tel constat eut été plus intéressant plus tôt.
      Reste que c’est mieux de le faire aujourd’hui que de ne pas le faire.


    • Pseudo Victor 25 juin 17:38

      @Pere Plexe
      Reste que c’est mieux de le faire aujourd’hui que de ne pas le faire.

      C’était de l’ironie mon brave smiley

      Venir nous dire, 4 ans après :
      « Bon sang mais c’est bien sûr ! Tout était faussé depuis le début, il y a eu trahison », ce n’est pas vraiment crédible.

      Mais bon, ce n’est pas la première fois que des résistants de la 25e heure tirent la couverture à eux


    • Alcyon 27 juin 13:34

      @Pere Plexe ça s’appelle un biais de confirmation. Ca consiste à décider de l’interprétation, regarder les résultats et de faire quelques modification pour qu’ils collent à l’interprétation choisie. C’est malhonnête.


    • Florian LeBaroudeur Florian LeBaroudeur 25 juin 19:07

      C’est normal, c’est la gauche...


      • V_Parlier V_Parlier 25 juin 22:35

        Syriza est une réussite au sens des GOPE : Austérité puissance 10 et vente du pays à la découpe. En plus par un gouvernement qui s’est fait passer pour eurosceptique durant quelques jours... Qui parle d’une défaite ? Une victoire totale pour l’UE !


        • Parrhesia Parrhesia 27 juin 09:59

          Non, monsieur Rakotoarison !!! 

          Il n’y a pas de défaite d’une quelconque opération Syriza !!!

          Il n’y a qu’un coup de projecteur éclairant de lumière crue une manœuvre mondialiste indigne. Celle qui a consisté à faire croire que m. Tsípras allait s’efforcer de rectifier à main gauche les iniquités européo-mondialistes.

          Un seul regard sur l’expression de son visage lors de cet abrazo avec Juncker montre à l’évidence qu’il ne s’est jamais servi que de sa main droite, et ceci pour neutraliser toute réaction eurosceptique de ses compatriotes grecs pour le seul bénéfice du capitalisme exclusivement financier illustré par m. Juncker !!! 

          Ce qui démontre également dans la foulée, que l’ex quatrième pouvoir, le pouvoir médiatique, est bien devenu le premier pouvoir ex-aequo en Grèce comme en France et partout dans la contre-europe !!!

          Nous assistons d’ailleurs actuellement en France à une réédition-plagiat de l’opération grecque « Tsípras » avec la nouvelle danse de l’été, la samba Sarkozy : 

          L’homme providentiel qui part en restant car il est le seul à pouvoir remettre la contre-europe sur la bonne voie !!!


          • Roubachoff 28 juin 02:21

            Par souci d’hygiène, je m’abstiens en principe de commenter un torchon de l’impayable Sylvain. Mais là, une entorse au règlement s’impose...

            En bon europhile, ce brave garçon croit que la déroute de Tsipras ouvre un boulevard à son camp. La réalité est plus complexe. S’il est vrai que la catastrophe grecque a servi de révélateur à la nullité des gauches dites radicales (Podemos, Die Linke, Corbyn, FDG puis LFI) qui feraient toutes du Tsípras si elles parvenaient au pouvoir, l’extrême-droite a (hélas) pris le relais, et aujourd’hui, ce sont les événements en cours en Italie qui détermineront l’avenir de l’UE et du continent. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, c’est comme ça, et il faudra faire avec. D’autant que l’extrême-droite, partout, surfe sur des thèmes porteurs comme la xénophobie, le racisme et l’immigration. (Des sujets qui méritent une approche sérieuse, mais c’est une autre histoire…) Pour mieux mesurer les risques, ne surtout pas oublier que ces oripeaux sont aujourd’hui les étendards de l’Amérique putride de Trump.

            Alors, « cher » Sylvain, ton triomphalisme, il risque bientôt de te rester dans le gosier. 


            • Eric F Eric F 5 juillet 11:00

              La Grèce était au départ un « passager clandestin » dans l’euro grâce à des comptes publics falsifiés, et la complaisance des partenaires qui ont fermé les yeux (je me souviens pourtant avoir entendu Rafarin à l’époque s’étonner que la Grèce ait les moyens d’accueillir les JO).

              Le gouvernement d’avant Tsipras avait jeté le masque et confessé les trucages, la population grecque lui en avait voulu car chacun en avait profité (un standard de vie à l’allemande avec une productivité à la roumaine).

              Tsipras a cherché à sauvegarder les avantages, mais la dépendance par rapport au financement européen était considérable, le pays n’aurait pas pu obtenir seul ces financements, et il y aurait eu un crash monétaire. De mon point de vue, il a sauvé les meubles, mais a du céder une part de l’argenterie (plaquée). Le pays se serait sinon trouvé dans une situation à l’albanaise.

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