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Accueil du site > Actualités > International > Deng Xiaoping, l’architecte économique de la Chine communiste

Deng Xiaoping, l’architecte économique de la Chine communiste

« Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir. S’il attrape la souris, c’est un bon chat. » (1962).

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L’ancien dirigeant communiste chinois Deng Xiaoping est mort à 92 ans, il y a vingt ans, le 19 février 1997 à Pékin. Il est né le 22 août 1904. Il fut le responsable déterminant de l’essor économique de la Chine communiste d’aujourd’hui.

Il ne s’agit pas ici de tracer précisément sa vie très riche et complexe du jeune militant activiste communiste au vieux patriarche finalement sanguinaire de Tiananmen, mais de revenir sur les fonctions officielles qu’il a occupées dans l’appareil d’État et l’appareil du parti. Car, contrairement à la plupart des responsables des pays du monde, il a été le maître incontesté, pendant plus d’une dizaine d’années, de la Chine, un pays de plus d’un milliard d’habitants, sans avoir eu à occuper quelques fonctions importantes sur le papier.

Comme dans toutes les dictatures communistes, c’est le parti communiste chinois qui dirige l’État chinois ("République populaire de Chine") et donc, le véritable maître de la Chine, en principe, est le secrétaire général du parti communiste chinois. Le poste de chef de parti s’appelait "président" du parti jusqu’au 11 septembre 1982. Ou plus exactement, le 11 septembre 1982, le titre de chef de parti est passé de "président du comité central du parti communiste chinois" à "secrétaire général du comité central du parti communiste chinois".

Après des études à Paris (où il habita dans une chambre avec Chou En-Lai et où il fut ouvrier chez Renault-Billancourt) puis à Moscou (où il fit la connaissance du fils de Tchang Kaï-Chek), Deng Xiaoping fut parmi les proches de Mao Tsé-Toung bien avant l’arrivée des communistes au pouvoir.

En 1927, les nationalistes et les communistes ont rompu leur alliance tactique pour l’indépendance et Deng Xiaoping a dû fuir. Ce fut à Wuhan qu’il rencontra Mao Tsé-Toung pour la première fois, ce dernier était en opposition avec les dirigeants communistes alors pro-soviétiques. Vivant ensuite à Shanghai, Deng Xiaoping a rapidement pris des responsabilités au sein de l’appareil communiste en raison de la mort de nombreux militants communistes pourchassés par les nationalistes de Tchang Kaï-Chek.

Après la mise en place par Mao Tsé-Toung du Jiangxi soviétique en 1931, la première expérience communiste étatique en Chine, Deng Xiaoping a pris des responsabilités importantes, chargé notamment de la propagande. Les communistes ont dû cependant fuir (durant la Longue Marche) les armées nationalistes qui ont encerclé le Jiangxi. Pendant ce temps, les partisans de Mao Tsé-Toung, en 1934, ont pris le leadership du parti communiste chinois, chassant la direction pro-soviétique (les pro-soviétiques se basaient surtout sur le militantisme urbain alors que Mao Tsé-Toung voyait l’intérêt d’installer le communisme dans les zones rurales).

Après une trêve entre communistes et nationalistes à cause de l’invasion japonaise en 1937, les communistes ont finalement réussi à conquérir la majeure partie du territoire chinois (une partie du sud de la Chine est restée sous le contrôle des nationalistes) le 1er octobre 1949. Mao Tsé-Toung est donc devenu le maître de la Chine communiste appelée "populaire" avec le titre de président du parti (depuis 1943) et de Président de la République populaire de Chine (à partir du 27 septembre 1954 ; entre 1949 et 1954, il était "Président du Gouvernement populaire central chinois" aux côtés de Chou En-Lai, Premier Ministre du 1er octobre 1949 au 8 janvier 1976).

Deng Xiaoping fut le responsable de la conquête des zones restées sous contrôle nationaliste, et en un an, Chongqing (dont il est devenu le maire de 1950 à 1952), Chengdu et le Tibet furent "pris" par les communistes et Tchang Kaï-Chek se réfugia à Taiwan. En 1952, il retourna à Pékin pour y prendre des responsabilités nationales.

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Du 15 septembre 1954 au 10 septembre 1980, Deng Xiaoping fut parmi les Vice-Premiers Ministres, supervisant jusqu’en 1956 la politique financière. En trois ans, il prit un pouvoir considérable : de septembre 1956 à mars 1967, il fut le secrétaire général du parti (mais pas numéro un car Mao Tsé-Toung est resté président du parti jusqu’à sa mort), et entra progressivement dans le saint des saints, au bureau politique, puis au comité permanent du bureau politique.

Deng Xiaoping réprima sans ménagement les premières contestations en 1957, arrêtant plus d’un million de personnes, obligées d’avouer leurs fautes et déportées dans des équivalents de goulag. Liu Shaoqi et lui furent les deux principaux dirigeants dans l’organisation de l’État communiste.

Après l’échec du Grand Bond en avant, Deng Xiaoping et Liu Shaoqi ont pris de l’ascendant sur Mao Tsé-Toung contraint de céder le poste de Président de la République à Liu Shaoqi le 28 avril 1959 (après un mandat de cinq ans). Mao Tsé-Toung resta à la tête du parti et de l’armée, mais n’avait plus beaucoup d’influence sur la politique économique. Deng Xiaoping et Liu Shaoqi ont fait des réformes économiques pour réparer les énormités du Grand Bond en avant (qui a provoqué la famine pendant plusieurs années).

Cependant, encouragé en particulier par sa femme Jiang Qing (et plus généralement ceux qu’on a appelés plus tard "la bande des quatre"), Mao Tsé-Toung a réussi à reprendre le pouvoir en initiant la Révolution culturelle par la base (les "gardes rouges") contre les élites. Grâce au culte de sa personnalité, Mao Tsé-Toung a touché de nombreux militants chargés de "purger" le parti des éléments "capitalistes". Parmi eux, Deng Xiaoping et Liu Shaoqi.

Liu Shaoqi fut arrêté et humilié par les gardes rouges puis est mort en détention le 12 novembre 1969. Il fut destitué de son titre de Président de la République le 31 octobre 1968 et ce titre a été supprimé jusqu’au 18 juin 1983. Mao Tsé-Toung ne voulait pas laisser apparaître qu’il avait liquidé Liu Shaoqi pour une question de titre à porter.

Deng Xiaoping a été destitué de son titre de secrétaire général du parti (titre supprimé jusqu’à ce qu’il se soit subtilisé avec le titre de président du parti le 11 septembre 1982), puis arrêté et humilié à Pékin en 1968 et exilé l’année suivante au Jiangxi. Son fils, lui aussi humilié, a tenté de se suicider. Cependant, Deng Xiaoping a été protégé par Chou En-Lai et a eu la vive sauve, au contraire d’autres dirigeants "encombrants".

Paradoxalement, Deng Xiaoping est toujours resté au gouvernement, même en période de disgrâce : il fut 4e puis (à partir du 21 décembre 1964) 3e Vice-Premier Ministre de 1954 à 1971.

L’homme fort du gouvernement, au-delà de Chou En-Lai, Premier Ministre, fut son 1er Vice-Premier Ministre Lin Biao (du 21 décembre 1964 au 13 septembre 1971), Ministre de la Défense du 17 septembre 1959 au 13 septembre 1971, qui était un proche de Mao Tsé-Toung et partisan de la Révolution culturelle. Ce fut Lin Biao qui a rédigé le "Petit Livre rouge".

Lin Biao fut désigné le 28 avril 1969 dauphin de Mao Tsé-Toung après l’élimination de ses adversaires internes. Malgré tout, subsistaient trois clans autour de Mao Tsé-Toung : Lin Biao, qui avait la majorité parmi les membres du comité permanent du bureau politique, soutenu par l’Armée populaire, Chou En-Lai, qui était soutenu par les pragmatiques, rescapés de la Révolution culturelle, et Jiang Qing, l’ultra-révolutionnaire.

Mao Tsé-Toung commença à se désolidariser de Lin Biao au début des années 1970. En août 1970, un proche du numéro deux voulait rétablir la fonction de Président de la République, clairement pour y placer Lin Biao (poste vacant depuis l’élimination de Liu Shaoqi). De plus, pro-soviétique, Lin Biao n’était pas favorable à un rapprochement avec les États-Unis, devenu pourtant nécessaire depuis la rupture avec l’Union Soviétique (Richard Nixon fut invité à Pékin le 10 juillet 1971). Accusé de complot contre Mao Tsé-Toung et pourchassé par les autorités, Lin Biao fut assassiné avec sa famille le 13 septembre 1971 quand ils ont fui la Chine vers l’Union Soviétique (leur avion s’est écrasé en Mongolie). Une purge dans l’Armée populaire a suivi pour anéantir son clan.

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À la mort de Lin Biao, ce fut Deng Xiaoping qui est devenu le 1er Vice-Premier Ministre. La réhabilitation de Deng Xiaoping a eu lieu par étapes. Il a adressé à Mao Tsé-Toung en août 1972 des aveux et des regrets pour ses actions supposés contre-révolutionnaires et est réintégré à la direction du parti le 20 mars 1973. Principalement responsable des affaires étrangères, il a secondé Chou En-Lai dont il était proche, d’autant plus que ce dernier était de plus en plus affaibli par le cancer. En janvier 1975, Deng Xiaoping a repris beaucoup de poids politique dans l’appareil : vice-président du parti et chef d’état-major de l’Armée populaire.

Deng Xiaoping a même proposé à Mao Tsé-Toung de devenir son dauphin mais Hua Guofeng, pas très connu, fut choisi car sans doute plus contrôlable. Hua Guofeng prit de l’importance en 1971, membre de la commission d’enquête sur la mort de Lin Biao (la mort fut restée secrète pendant un an), puis chargé par Chou En-Lai de l’agriculture, Ministre de la Sécurité publique et nommé, le 4 janvier 1975, 6e Vice-Premier Ministre.

Lorsque Chou En-Lai, très populaire, est mort le 8 janvier 1976, ce fut Deng Xiaoping qui prononça son éloge funèbre. Il a cependant craint d’être victime d’une nouvelle purge organisée par Jiang Qinq. Deng Xiaoping, sans Chou En-Lai, avait perdu un protecteur politique essentiel alors que Mao Tsé-Toung, lui aussi malade, était manipulé par sa femme. Hua Guofeng fut nommé Premier Ministre le 4 février 1976 et fut aussi promu dans l’organisation du parti. Deng Xiaoping, accusé d’avoir organisé des manifestations violentes en marge de l’enterrement de Chou En-Lai, a dû s’exiler dans le Guangdong.

Lorsque Mao Tsé-Toung est mort le 9 septembre 1976, Hua Guofeng a surtout affronté Jiang Qing pour prendre le pouvoir. Dès le 7 octobre 1976, la "bande des quatre" (dont Jiang Qing) fut arrêtée et eux, ainsi que des proches de Lin Biao, furent jugés au cours d’un procès retentissant à Pékin (télévisé) en novembre 1980. Les prévenus furent déclarés coupables d’avoir promu la Révolution culturelle et furent tous condamnés à la prison à vie (Jiang Qing se suicida en 1991).

L’objectif de Hua Guofeng était de consolider son autorité comme successeur de Mao Tsé-Toung en prenant tous les pouvoirs : il fut Premier Ministre, mais également président du parti à partir du 7 octobre 1976 et président de la Commission militaire centrale à partir du 6 octobre 1976. Le pouvoir avait en effet trois aspects : l’État, le parti, et l’armée. Pour être plus précis, il y a toujours eu deux Commissions militaires centrales, plus ou moins formellement confondues, une du parti et une de l’État, dont la présidence revient en général à la même personne avec quelques mois de décalage.

Conservateur scrupuleux du maoïsme, Hua Guofeng n’a pas saisi qu’en faisant le procès contre la Révolution culturelle, il confortait de nombreux cadres du parti, victimes des purges, proches de Deng Xiaoping, en particulier Zhao Ziyang. À partir du 7 février 1977, à la suite d’une erreur de communication, Hua Guofeng a suscité des mécontentements internes au point qu’il fut obligé de faire revenir Deng Xiaoping au pouvoir pour préserver le sien et temporiser les mécontents. Le 22 juillet 1977, Deng Xiaoping, toujours 1er Vice-Premier Ministre, fut ainsi une nouvelle fois réhabilité avec le poste de vice-président du parti et de vice-président de la Commission militaire centrale.

Au bout de quelques mois, le pouvoir avait changé de mains, et pourtant, sans changement de titre. Sur le papier, Hua Guofeng restait le maître de la Chine mais Deng Xiaoping décidait. Il avait refusé de reprendre les fonctions officielles de Hua Guofeng pour éviter de montrer à la "communauté internationale" qu’il y avait sans cesse des luttes de clans au sein des dirigeants chinois. Il se contenta de sa fonction de chef de l’Armée populaire, la fonction essentielle pour diriger la Chine communiste.

Les changements dans les fonctions officielles se sont réalisés de manière "douce" et progressive. Hua Guofeng fut délesté petit à petit de ses responsabilités officielles : Zhao Ziyang fut nommé Premier Ministre le 10 septembre 1980, Deng Xiaoping président de la Commission militaire centrale le 28 juin 1981 et Hu Yaobang président du parti le 28 juin 1981. Zhao Ziyang et Hu Yaobang furent deux "poulains" de Deng Xiaoping qui voulait éviter tout cumul des fonctions pour réduire les risques d’erreurs comme lors de la Révolution culturelle et pour empêcher tout culte de la personnalité.



Au contraire des précédentes purges, Hua Guofeng ne fut pas éliminé physiquement. Hua Guofeng a même pu rester membre du comité central du parti jusqu’en novembre 2002 et il est mort à 87 le 20 août 2008 à Pékin, très discrètement dans les actualités en raison du déroulement des Jeux olympiques de Pékin au même moment.

Le titre de Président de la République a été rétabli par la nouvelle Constitution du 4 décembre 1982 et est occupé par un proche de Deng Xiaoping, Li Xiannian entre le 18 juin 1983 et le 8 avril 1988. Malgré la proximité de Deng Xiaoping, Li Xiannian s’opposa à ses réformes économiques et contribua, à la fin des années 1980, à la chute du numéro un du parti Hu Yaobang le 15 janvier 1987 et à la chute du Premier Ministre Zhao Ziyang le 24 novembre 1987. Avant Li Xiannian, ce fut Ye Jianying, qui assura la charge de chef de l’État chinois en tant que Président de l’Assemblée nationale populaire.

À noter que le premier des cent trente-huit articles de la Constitution (toujours en vigueur en 2017) proclame que la Chine est « un État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvrier et des paysans » !

La seule fonction officielle qu’a gardée Deng Xiaoping fut la présidence de la Commission militaire centrale du 28 juin 1981 au 9 novembre 1989, ce qui lui a permis de contrôler les forces armées.

Le 18 décembre 1978, le pouvoir de Deng Xiaoping fut pleinement confirmé lors du 3e plenum du 11e comité central du parti. Ses réformes économiques ont été en effet approuvées et ont ouvert économiquement et commercialement la Chine populaire au monde extérieur. Moins de quarante années plus tard, la Chine communiste est devenue paradoxalement, l’un des acteurs majeurs du système capitaliste ! Elle est devenue la deuxième puissance économique mondiale (devant le Japon) et pourrait dépasser les États-Unis dans quelques années.

En s’appuyant sur les élites du pays, Deng Xiaoping a fondé ses réformes sur quelques points importants : une stabilité politique (au contraire de la Russie de Boris Eltsine, l’ouverture économique s’est faite sans ouverture politique), une réforme agricole, une libéralisation des moyens de production (chacun pouvant avoir de bonnes idées), une ouverture au commerce mondial.

Les deux objectifs de Deng Xiaoping étaient d’une part, de nourrir tous les Chinois puis de tout faire en faveur de la croissance économique (elle a presque décuplé en trente ans), d’autre part, de maintenir le monopole du parti communiste chinois afin de garantir la stabilité politique.

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Dans cette stabilité étaient incluses quelques règles comme la mise à la retraite à 70 ans des principaux dirigeants (Président, Premier Ministre, secrétaire général du parti, ministres, etc.) et la limitation à deux mandats de cinq ans. Cette retraite de 70 ans n’a jamais eu lieu ; par exemple, le Président de la République, nommé le 8 avril 1988, fut Yang Shangkun, qui avait 80 ans à l’époque (il le resta jusqu’au 27 mars 1993).

Cette ouverture commerciale s’est réalisée avec une ouverture internationale. Ainsi, après la reconnaissance par les États-Unis de la Chine populaire le 1er janvier 1979, Deng Xiaoping a rencontré Jimmy Carter, puis plus tard, Ronald Reagan. L’objectif de ces rencontres était principalement commercial, mais aussi politique pour sortir de son isolement diplomatique.

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Pendant les années 1980, Deng Xiaoping a réussi à faire redémarrer économiquement la Chine par une grande dose d’ouverture. Mais cette ouverture est restée seulement dans le domaine économique et pas politique. En dix ans, les inégalités sociales ont crû et la mort de Hu Yaobang (le 15 avril 1989) a été le déclencheur des manifestations qui ont abouti au massacre de Tiananmen.

Quelques années avant 1989, il y a déjà eu des manifestations parfois violentes. Li Peng est devenu Premier Ministre 24 novembre 1987 pour une "reprise en main". Zhao Ziyang a remplacé Hu Yaobang le 16 janvier 1997 comme secrétaire général du parti. Ce dernier, réformiste, souhaitait le dialogue tandis que Li Peng voulait recourir à l’armée pour évacuer la place centrale. Yang Sangkun fut du même avis que Li Peng. La venue de Mikhaïl Gorbatchev à Pékin le 15 mai 1989 a donné aux manifestants un écho mondial grâce à la présence de médias internationaux.

La loi martiale fut instaurée le 20 mai 1989. Pendant deux semaines, Deng Xiaoping a hésité entre la répression et la compréhension. Le contexte était très particulier : la Pologne allait se doter d’un premier gouvernement non communiste après les premières élections libres d’un pays du Bloc soviétique ; les Allemands de l’Est commençaient à fuir leur zone pour rejoindre par l’Autriche l’Allemagne de l’Ouest, au point que le mur de Berlin allait s’écrouler le 9 novembre 1989. Et surtout, Mikhaïl Gorbatchev avait renoncé à utiliser la force.

Finalement, Deng Xiaoping s’est rallié aux "conservateurs" et le 4 juin 1989, la répression armée a fait rage, faisant un carnage à Pékin. Zhao Ziyang, pourtant considéré comme le dauphin de Deng Xiaoping, fut démis de ses fonctions et mis en résidence surveillée (jusqu’à sa mort le 17 janvier 2005). Cela n’a pourtant pas permis à Li Peng de prendre la place, comme dauphin. Deng Xiaoping a préféré promouvoir le maire de Shanghai, Jiang Zemin, au poste de secrétaire général du parti le 24 juin 1989. Jiang Zemin avait réussi à limiter les troubles.

Au fur et à mesure que l’autorité de Jiang Zemin s’est affirmée, Deng Xiaoping s’est éloigné du pouvoir. Jiang Zemin a progressivement repris les trois attributs du pouvoir en Chine communiste (parti, armée, État) : le 9 novembre 1989, il succéda à Deng Xiaoping comme président de la Commission militaire centrale et le 27 mars 1993, il fut désigné Président de la République.

Pour éviter un retour en arrière économique voulu par les conservateurs menés par Li Peng, Deng Xiaoping, dans sa retraite, s’est déplacé dans le sud de la Chine et a prononcé en 1992 de nombreux discours notamment à Shenzhen, Shanghai, Canton pour confirmer la poursuite des réformes économiques malgré le nouvel isolement international à la suite du massacre de Tiananmen.

Deng Xiaoping est mort le 19 février 1997. Il a laissé la Chine communiste en pleine croissance capitaliste, grâce à une ouverture économique surprenante, mais sans liberté politique. Après la centralisation du pouvoir par Jiang Zemin, ses successeurs ont fait de même, occupant les trois fonctions pendant deux mandats de cinq ans.

Ainsi, le successeur de Jiang Zemin, également un proche de Deng Xiaoping, Hu Jintao fut secrétaire général du parti du 15 novembre 2002 au 15 novembre 2012, Président de la République du 15 mars 2003 au 14 mars 2013 et président de la Commission militaire centrale du 19 septembre 2004 au 15 novembre 2012. Depuis le 15 novembre 2012 et le 14 mars 2013, son successeur Xi Jinping a repris toutes ces fonctions, plaçant ainsi la Chine communiste sous un régime qui se voudrait présidentiel, malgré l’existence d’un Premier Ministre. Le cumul des fonctions, s’il renforce la confusion entre parti et État, permet aussi de redonner à l’État du pouvoir sur le parti, ce qu’avait fait Mikhaïl Gorbatchev en créant la fonction de Président de l’Union Soviétique qu’il fut le seul à occuper.

Si Hua Guofeng pourrait être considéré comme le Nikita Khrouchtchev de la Chine (en mettant en parallèle Staline et Mao Tsé-Toung), il serait faux de considérer Deng Xiaoping comme le Mikhaïl Gorbatchev de la Chine.

En effet, Mikhaïl Gorbatchev a vu très rapidement (sous Leonid Brejnev) l’effondrement de l’économie de l’Unions Soviétique et a proposé des réformes qui furent plus politiques qu’économiques (la glasnost et la perestroïka) pour maintenir le régime communiste, mais sur cette lancée, l’URSS elle-même fut emportée quelques années plus tard.

Au contraire, Deng Xiaoping, qui avait aussi constaté l’effondrement de l’économie chinoise, a opté pour des réformes économiques tout en maintenant le joug communiste. Cette option, qui aurait pu également emporter le régime communiste au printemps 1989, a été associée à la répression des libertés individuelles (celles de s’exprimer, de lire sur Internet, de manifester, de s’associer, etc.).

Cela a permis au régime communiste de durer une quarantaine d’années, peut-être bien plus. Mais ce régime de parti unique, dit communiste, n’est communiste plus que de vocabulaire puisqu’il a su utiliser les "armes" du "capitalisme mondial" à son avantage pour mener la mondialisation des échanges.

Aujourd’hui, la Chine commence à voir l’émergence d’une classe moyenne (jusqu’à maintenant, seuls les millionnaires émergeaient, ou émargeaient), revendiquant des hausses de salaires voire des droits sociaux (en Pologne, la démocratie est venue des grévistes de Gdansk), au point de devoir trouver de nouveaux sous-traitants dans des pays à plus faibles coûts salariaux, comme le Vietnam et le Laos.

Pendant encore combien de temps la dictature du parti unique tiendra-t-elle en Chine ? Le secret de Deng Xiaoping a été de s’être basé essentiellement sur les élites de son pays. Ce que récusent aujourd’hui beaucoup d’électeurs de vieilles démocraties comme les États-Unis, mais aussi, peut-être, la France…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Xi Jinping à Davos le 17 janvier 2017 (texte intégral).
Xi Jinping et la mondialisation.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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10 réactions à cet article    


  • CN46400 CN46400 18 février 10:01

    Mise à part une petite dose de subjectivité, habituelle en Occident quand on est façonné, même à la marge, par la guerre froide anticommuniste du 20° siècle, cet article est globalement honnête.

     Pourtant il suffirait de visiter les explications de Lénine sur la NEP (1921-1923) pour mieux comprendre la Chine de Deng. Comme Lénine en 21, Deng a diagnostiqué, dès les années 60, qu’un transfert colossal de technologie était nécessaire. Lénine disait : « nous avons assez de pouvoirs, mais nous avons pas assez se savoirs que nous n’obtiendront pas par surprise, mais par la négociation avec les capitalistes ». Définissant lui-même l’URSS comme un régime de « capitalisme d’état », où l’état, contrairement aux régimes capitalistes traditionnel, doit contrôler le capital.
     
    Mais la NEP, avant d’avoir donné ses pleines possibilités, fût la victime colatérale de la disparition prématurée du leader soviétique (24) et de l’accession de Staline au pouvoir (27) avec sa vision de la construction autarcique, volontariste et anticapitaliste du « socialisme dans un seul pays ».
     Arrivé aux affaire en 79, Deng a repris le chantier de Lénine, fixé un délai (50 ans) et démarré les « quatre modernisations ». A 15 ans du but, le résultat est spectaculaire, la force de travail chinoise est spectaculaire dans tous les domaines. Y compris au plan international où la Chine, ses productions comme sa diplomatie, pèsent toujours pour la paix.
     Au passage, force est de constater que le régime chinois est le premier régime dirigé par des communistes où les successions de pouvoirs se passent, apparemment normalement, sans accrochages graves.


    • xana 18 février 13:55

      Je suis sur le cul. Sylvain a publié un article qui m’a intéressé !!!
      Quand quelque chose me plaît, même provenant d’un auteur que je méprise, je le dis.
      Dont acte.
      Jean Xana


      • Rincevent Rincevent 18 février 17:17

        Depuis la politique de Deng, la Chine s’était retrouvée, d’un côté, avec une petite oligarchie, essentiellement côtière, qui s’enrichissait à vitesse grand V et, de l’autre, une Chine « profonde » pour qui les choses changeaient trop lentement, voire pas. Au milieu, un grand trou. Favoriser l’émergence d’une classe tampon est une recette classique pour stabiliser un pays, quelque soit le genre de régime. Ça, Deng l’avait bien compris.

        Mais, cette classe moyenne, à peine née, s’est plongée imprudemment dans les délices du capitalisme en s’endettant sur des bases boursières, essentiellement. Les Bourses chinoises ayant dévissé sévèrement, son ascension a été freinée brutalement, avec des conséquences directes sur la nouvelle orientation qu’avait décidé le Parti : rééquilibrer l’économie en privilégiant le marché intérieur par rapport à l’export à tout crin, les clients extérieurs (dont nous) étant fauchés… L’avenir (ou pas) de cette classe risque de peser lourd sur l’avenir de l’ensemble de la Chine :

        http://chine.blogs.rfi.fr/article/2014/03/05/chine-la-recherche-de-la-classe-moyenne.html


        • CN46400 CN46400 18 février 18:40

          @Rincevent

           Depuis 1980 (politique de Deng) l’industrialisation a concerné, plus ou moins directement, la quasi totalité de la population, y compris intérieure (migrants). Les compétences ont, globalement, fortement progressé. Il suffit, pour le constater, de tester les produits qui sont largement distribués dans nos magasins, le temps de la « camelotte » est dépassé depuis longtemps. Le pouvoir pousse, dans tous les domaines, la montée en game. Le niveau de vie n’est plus comparable avec celui de 1980.

           Le tassement du taux de croissance correspond en fait au poids grandissant du tertiaire dans un pays ou la qualité le dispute désormais à la quantité. La Chine entre, progressivement, dans le club des pays développés, et ses chiffres s’alignent sur cette situation.

           Plus passionnant serait une étude sur la « neo-bourgeoisie » chinoise qui manifestement reste, pour le moment, sagement dans les clous plantés par le régime. Manifestement, on est loin des frasques des oligarques de l’ex-URSS et beaucoup plus polarisé sur les affaires économiques sérieuses. Comme si, ce beau monde, devait, avant de plonger dans le luxe, rendre des comptes à l’état qui contrôle pointilleusement le capital et son utilisation.


        • Rincevent Rincevent 18 février 20:04

          @CN46400

          Je n’avais effectivement pas encore évoqué les mingongs, ces travailleurs corvéables à merci. Vous reconnaitrez quand même que leur situation est loin d’être enviable, alors qu’ils sont le moteur de ce décollage : http://geopolis.francetvinfo.fr/les-mingongs-ces-chinois-etrangers-en-chine-14715 Quant à ceux restés au pays, j’ai le souvenir d’un reportage montrant un jeune étudiant chinois retournant voir sa mère dans une province de l’intérieur. On pouvait se croire cent ans en arrière, comparativement à Shanghai, par exemple.

          Loin de moi, l’idée de croire que la Chine est toujours l’usine mondiale de la fabrication de camelote à bas prix. Bien au contraire et j’ai eu l’occasion de mettre les choses au point dans un commentaire sur ce fil : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-domination-occidentale-touche-a-189114#forum4795405

          Pour ce qui est de la néo-bourgeoisie, ne serait-ce pas comme dans la Russie de Poutine, enrichissez-vous mais ne vous mêlez pas de politique ?


        • CN46400 CN46400 18 février 20:53

          @Rincevent

          Les « mingong » ont joué, en Chine, un rôle comparable à celui des « maçons de la Creuse » et des « bougnats » dans les chantiers parisiens du baron Hausman (Napoléon3), donc dans la diffusion de l’industrie dans la France profonde. A ceci près qu’en Chine l’évolution a été bien plus rapide.

           Quand à la « néo-bourgeoisie » je ne suis pas sûr que la situation sociale de cette couche soit comparable avec celle dont jouit la bourgeoisie en Occident (propriété ?, héritage ?..etc.) Par exemple, les terres agricoles sont toujours propriété de l’état, comme à Cuba, les paysans en ont l’usufruit, tant qu’ils la travaillent.

           Mais une autre « variété » de chinois joue un rôle non négligeable dans le commerce extérieur tous azimuths de la Chine, c’est la diaspora qui n’a jamais complètement rompu avec la patrie.


        • Xenozoid Xenozoid 18 février 17:21

          il y a pas une blague quelque part pour explique le capitalistie en communistie, car il fallait accélerer la fin/décadence du capitalistie en lui donnant un coup de main ?


          • Luniterre 20 février 02:14

            @Xenozoid

            Contrairement à CN46400, et pour en avoir étudié sérieusement l’histoire, j’en suis arrivé à la constatation qu’il n’y a aucun rapport entre la NEP de Lénine et la politique de Deng ou des dirigeants chinois actuels. Pour moi, c’est une évidence et j’ai eu l’occasion d’en débattre longuement avec lui.

            L’essentiel de ce débat est republié ici :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/10/21/en-reponse-a-un-adepte-de-deng-xiaoping-et-successeurs/

            En affinant cette étude, j’en suis venu aussi à comprendre que au delà du formalisme du vocabulaire, il n’y avait, d’une manière générale, aucun rapport entre le maoïsme et le marxisme-léninisme.

            De nombreux lapsus relevés par les observateurs attentifs en attestent, à commencer par l’absurdité anti-dialectique de sa « philosophie » de base, « De la contradiction », bien qu’elle ait fait les délices des pseudos « intellectuels marxistes » français...

            Les soviétiques ont « soutenu » Mao contre l’impérialisme US, dans un premier temps, mais sans illusions sur son compte...

            V. Molotov sur Mao Tsétoung : « C’est un homme intelligent, un leader paysan, une sorte de Pougatchev chinois. Bien sûr, il était loin d’être marxiste. Il est venu pour le soixante-dixième anniversaire de Staline, en 1949. Il est resté quelque chose comme six semaines à la datcha de Staline. Il a été un peu souffrant. Nous sommes allés lui rendre visite Mikoyan et moi. Nous avons eu un entretien. Il nous a fait goûter du thé vert chinois. Je me souviens qu’il a dit notamment : « Je n’ai jamais lu Le Capital de Marx. » Pourquoi a-t-il dit ça ? Pour montrer qu’il n’avait rien d’un doctrinaire ? » (V. Molotov, cité dans Conversations avec Molotov — 140 entretiens avec le bras droit de Staline —, Félix Tchouev, Albin Michel, 1995, pp. 119-120.

            La bourgeoisie « rouge » qui s’est développée en Chine sous Deng existait déjà, en germes (dont Deng, évidemment...) du temps de Mao et pour l’essentiel, les luttes de factions qui ont « animé » la « révolution culturelle » en sont issues, y compris la starlette Jiang Quing, leader de la prétendue « gauche »...

            Le retournement anti-soviétique opéré dès le milieu des années 50, puis ouvertement pro-US dès 1971, était également dans la logique opportuniste de la « philosophie » de Mao, qui, dans ses dernière années a ressorti Deng de son placard, où il l’avait « mis de côté », prudemment, pendant la « révolution culturelle ».

            Les dollars US ont commencé à affluer en Chine dès 1972 et la venue de Nixon. A ce sujet :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

            Article qui fait le lien économique entre la politique de Mao et celle de Deng.

            Sur la rupture sino-soviétique voir :


            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/02/maoisme-etou-marxisme-leninisme/

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/05/en-commentaire-general-a-propos-des-inedits-de-mao/

            Sur la « philosophie » de Mao, plusieurs articles, regroupés ici :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/11/01/1959_table_tml_chapitre_2_/

            Dans l’épisode 1, les liens vers les docs US déclassifiés sur la collaboration avec Mao, qui révèlent la duplicité extrême de ce personnage, fort justement méprisé par Fidel Castro, entre autres.

            Lecture « instructive » en un sens, et sur le plan historique, en tout cas.

            Luniterre


          • CN46400 CN46400 20 février 07:45

            @Luniterre

             « pour en avoir étudié sérieusement l’histoire, »

            Personne n’a le pouvoir de prétendre, sans citations ni preuves factuelles, d’avoir « plus sérieusement » étudiè l’histoire que d’autres, surtout quand on exonère totalement tout un pan de l’histoire (stalinisme...), pourtant concerné au premier chef.


          • Luniterre 20 février 12:04

            @CN46400

            Tous les éléments de réponse sont dans les liens inclus dans notre échange précédent, et vous le savez parfaitement !!

            Pour mémoire et pour les lecteurs curieux d’histoire :

            https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/10/21/en-reponse-a-un-adepte-de-deng-xiaoping-et-successeurs/

            Concernant le stalinisme, je n’exonère rien du tout, j’essaye simplement d’en faire une approche analytique dépourvue de préjugés.

            Idem pour le maoïsme.

            Au départ de mon étude historique, mon préjugé était sensiblement le même que le votre, vu le conditionnement idéologique ambiant.

            Il était, en outre, plutôt favorable au maoïsme, étant donné le conditionnement à ce sujet subi par ma génération... (J’ai eu 18 ans en 1968...)

            De plus, dans une mouvance très anti-soviétique, et anti-stalinienne, également, avec, par exemple, l’influence du PC italien sur une partie de ce mouvement.

            C’est donc à la lumière des documentations retrouvées ces dernières années que j’ai pu enfin me faire une idée plus précise de l’histoire, aussi bien russe que chinoise.

            Luniterre

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