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Accueil du site > Actualités > International > Le rôle vital de Frederik De Klerk dans l’histoire sud-africaine

Le rôle vital de Frederik De Klerk dans l’histoire sud-africaine

« La victoire d’une grande cause ne se mesure pas seulement en atteignant le but final. C’est déjà un triomphe de se montrer à la hauteur de ses attentes au cours de sa vie. » (Nelson Mandela, 21 août 1989).

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L’ancien Président sud-africain Frederik De Klerk est mort au Cap le 11 novembre 2021 à l’âge de 85 ans (il est né le 18 mars 1936) des suites d’un cancer. Son action historique a été d’être le libérateur politique de l’Afrique du Sud, celui qui a supprimé l’apartheid. Pour cela, il a reçu le Prix Nobel de la Paix 1993 avec Nelson Mandela qui voulait l’associer à cette récompense.

Avocat, Frederik De Klerk a très vite été élu député du parti national en 1972 (à l’âge de 36 ans) puis ministre en 1978 (à l’âge de 41 ans). Il était très lié à John Vorster, Premier Ministre de 1966 à 1978, et a été ministre sans interruption de janvier 1978 à août 1989, dans les gouvernements de John Vorster puis de Pieter Botha. Élu président du parti national le 2 février 1989 contre trois adversaires dont Pik Botha après avoir convaincu le Président Pieter Botha de ne pas solliciter un nouveau mandat au sein du parti au pouvoir, Frederik De Klerk continua à s’opposer à Pieter Botha jusqu’à sa démission du pouvoir le 15 août 1989.

Frederik De Klerk est ainsi devenu Président de l’État de la République d’Afrique du Sud le 15 août 1989, élu le 6 septembre 1989, jusqu’au 10 mai 1994. L’une des premières mesures a été de libérer Nelson Mandela le 11 février 1990, huit jours après avoir légalisé son parti, l’ANC (le Congrès national africain).

La principale œuvre de Frederik De Klerk fut donc d’abandonner l’apartheid et de permettre à tout le peuple sud-africain de participer à la vie politique. L’un des points clefs fut la Commission présidée par le juge Richard Goldstone installée le 24 octobre 1991, chargée d’enquêter sur les violences perpétrées pendant l’apartheid. Il a organisé un référendum le 17 mars 1992 pour poursuivre les négociations en vue de la réconciliation et fut soutenu par 69%.

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Tout le processus allait aboutir à l’élection de Nelson Mandela à la tête de l’État sud-africain à l’issue des élections générales suivantes, à savoir celles d’avril 1994. Mais le comité Nobel n’a pas attendu ce moment historique pour récompenser Nelson Mandela et Frederik De Klerk du Prix Nobel de la Paix, attribué en octobre 1993.

Il faut d’ailleurs se remémorer le contexte de ce début de décennie 1990 qui fut historique avec un triple vent de liberté : la chute de l’URSS en 1991, la fin de l’apartheid en 1992 et les Accords d’Oslo en 1993. Trois faits historiques d’émancipation qui ont tous les trois été gratifiés de plusieurs Nobel de la Paix. Hélas, comme c’était prévisible, beaucoup de problèmes ont subsisté et on cherche encore la paix dans le conflit israélo-palestinien.

En 1994 fut élu une sorte de triumvirat qui a mis l’ANC à la tête du pouvoir. Nelson Mandela acceptait pour le symbole d’être le Président de l’État, il était déjà âgé (75 ans) et ne souhaitait pas s’impliquer dans la gestion concrète du pays. Il était aidé de deux Vice-Présidents, l’un de l’ANC, Thabo Mbeki, qui fut son successeur en 1999, et l’autre du parti national, Frederik De Klerk. Ce dernier a rompu l’accord entre ces deux partis le 30 juin 1996 en démissionnant de ses fonctions, et il a aussi abandonné la présidence du parti national l’année suivante, en septembre 1997 pour se retirer de la vie politique. Il considérait que l’ANC ne tenait pas ses engagements.

La retraite politique de Frederik De Klerk ne fut pas à la hauteur de son action historique. Au lieu de prôner la bonne parole de réconciliation et de paix, fort de son autorité morale, et d’encourager l’union nationale, il a semblé plutôt déverser une certaine amertume politique, regrettant notamment la fusion du parti national dans l’ANC et le monopole du pouvoir de l’ANC qui n’a pas protégé les minorités.

En particulier, le 30 avril 2006 dans le journal "Sunday", il a amorcé une polémique inutile avec Mgr Desmond Tutu (qui a fêté ses 90 ans en octobre dernier). À d’autres rares occasions où il s’est exprimé à la télévision ou dans la presse, Frederik De Klerk a exprimé une certaine ambiguïté sur l’apartheid qu’il définissait comme moralement indéfendable sans pour autant le qualifier de régime criminel.

La dernière polémique a eu lieu en février 2020 quand il a considéré que la qualification de criminel de l’apartheid provenait de l’URSS, de l’ANC et du parti communiste. Le Président en exercice Cyril Ramaphosa a même traité de trahison les derniers propos de Frederik De Klerk.

Sa mort le 11 novembre 2021 a suscité malgré tout un véritable choc en Afrique du Sud, avec quatre jours de deuil national. Selon la volonté de la famille, il a été enterré dans l’intimité familiale et la proposition du gouvernement de faire des funérailles nationales a été rejetée. Cyril Ramaphosa a évoqué le "rôle vital" de son lointaine prédécesseur et d’autres ont insisté sur le fait qu’il avait évité un bain de sang en laissant le pouvoir à l’ANC. Le Premier Ministre britannique Boris Johnson a rendu hommage au courage et au réalisme de l’ancien Président sud-africain.

C’est peut-être une première parmi les anciens dirigeants. Il a tenté de clarifier sa position à titre posthume. Il avait en effet enregistré une vidéo à diffuser après sa mort où il a indiqué qu’il voulait supprimer l’apartheid dès le début des années 1980, et il a exprimé ses regrets pour toutes les souffrances causées par l’apartheid. Il a été le syndic de faillite de l’apartheid et généralement, c’est un rôle ingrat, comme celui de syndic de faillite du communisme soviétique, Mikhaïl Gorbatchev.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Frederik De Klerk.
Pik Botha.
Le centenaire de Nelson Mandela.
Cyril Ramaphosa.
Desmond Tutu.
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Robert Mugabe.
Morgan Tsvangirai.
L’anti-Mandela du Zimbabwe.



 


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6 réactions à cet article    


  • Lonzine 18 novembre 2021 11:38

    Il avait pas le choix


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 18 novembre 2021 12:46

      @Lonzine
      Effectivement. Comme habitude avec cet auteur, c’est un article superficiel et fallacieux. 
      De Klerk n’avait effectivement pas le choix. L’auteur omet le processus qui a amené le régime Sud Africain à la « capitulation ». En l’occurrence, la victoire du MPLA en Angola, grâce aux cubains. Fidèle Castro mérite infiniment plus d’être reconnu comme celui qui a mis fin à l’apartheid. Voir la bataille de Cuito Cuanavale :

      Pour Nelson Mandela, « Cuito Cuanavale a constitué un tournant de la lutte pour libérer le continent et notre pays du fléau de l’apartheid ! »


      https://www.qwant.com/?client=opensearch&t=images&q=mandela+castro

    • Clocel Clocel 18 novembre 2021 15:07

      Le tout pour se faire administrer et bouffer par le FMI...

      Grande victoire, indeed, encore une fois les mouches ont changé d’âne...


      • Décoder l'éco Décoder l’éco 18 novembre 2021 16:16

        Mettre un terme à l’apartheid quand on a pas la choix.

        Laisser le contrôle économique du pays à ceux qui l’avaient déjà, donc laisser crever de faim les mêmes personnes qu’avant, quelle avancée.

        Le progrès gauche caviard c’est ça. Quand elle trouve que c’est moche que les noirs soient esclaves des blancs, elle accepte que 2-3 noirs deviennent des maîtres et que 2-3 blancs deviennent des esclaves. Voilà l’égalité réparée.

        Elle fait le même coup avec les femmes. Une fois qu’on aura quelques PDG femmes et quelques hommes de ménages, on aura atteint la parfaite félicité d’une société égalitaire. Ne riez-pas, lisez l’orientation des études de l’Insee sur l’égalité avant.

        Enfin, je suppose le sieur Rokotoarison permet à l’équipe éditoriale d’agoravox de ne pas voir son site fermer en lui accordant la une de temps en temps.

        Si cela satisfait tout le monde, qui suis-je pour juger ?


        • ETTORE ETTORE 18 novembre 2021 17:06

          Rakotonanobis est le roi UBU.

          il est omniprésent, partout sur cette terre, pour un enterrement, une Barbitzwa, un retour de gnouffi politique, une petite photo de son Bel Zé Buthé Elyséhaïn...Collé avec presque tous ses personnages, comme la clé de voute, des chiottes au fond du jardin...

          Naaaan ! Rakotonanobis, est une « entité » vaporeuse vapoteuse, le petit tortillard des bois, qui fait « tût tût » à chaque lapin croisé....

          Mais bon, c’est gratuit.....

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