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Accueil du site > Actualités > International > Le Rwanda, Paul Kagamé et Judi Rever (1/2)

Le Rwanda, Paul Kagamé et Judi Rever (1/2)

Au moment du 24iéme anniversaire du déclenchement du Génocide des Tutsis du Rwanda un livre sort, « un de plu », mais, cette fois, sous la signature d’une canadienne Judi Rever : « The Praise of the blood – The Crimes of the Rwanda Patriotic Front - Random House Canada- ISBN 978-0-345-81209-4)[1].

Judi Rever est une journaliste freelance. Elle a travaillé pour RFI, AFP, Globe and Mail et a rapporté ses expériences dans divers médias depuis qu’en 1996 elle découvrit l’Afrique des Grands Lacs à travers l’enfer des réfugiés de guerre pourchassés dans la forêt zaïroise par les troupes rwandaises et ougandaises. Elle se rend compte alors que la notion, généralement admise dans l’effroyable histoire de cette région depuis près de 10 ans, à l’époque, (à savoir qu’il y avait, dans ce drame, les bons et les mauvais) était une notion à « mettre à jour » non seulement en nuances mais aussi et surtout sur base des principes d’honnêteté et de logique intellectuelles qui doivent guider toute investigation. Elle a travaillé pendant près de 20 ans au livre qui vient d’être mis en vente en version anglaise. (Une version française devant sortir cette année encore).

Elle y décrit son parcours allant de pays en pays et de découvertes en découvertes. Elle dit rencontrer, questionner et entendre de plus en plus de témoins, de survivants et d’acteurs de tous bords (ou presque). Elle prétend prendre connaissance de documents « confidentiels », entre autres « fuités » du TPIR. Progressivement elle se déclare convaincue qu’il y a une histoire convenue de ces 30 dernières années de guerres entre l’Ouganda, le Rwanda et la RDC. Cette histoire, elle la reprend en posant les questions en 5W+H (What ? ; Who ? ; Where ? ; When ? ; Why ? + How ?) et en y donnant des réponses cohérentes, complètes et les plus précises possibles. Toutes ces réponses convergent vers Paul Kagamé, son clan, son lignage, son premier cercle, son armée, ses alliés et ses soutiens.[2]

Elle s’interroge donc, de plus en plus critique, vis-à-vis de la presse mainstream et des écrits des « experts » qui semblent assez bien « tranchés » dans leur approche : du mauvais côté : le gouvernement rwandais des génocidaires ; du bon côté : le FPR de Paul Kagamé appelé au secours, par le peuple rwandais et délivrant au prix du propre sang de ses hommes, tous les Rwandais de leur tyran sanguinaire en arrêtant, in fine, le Génocide en cours depuis de nombreuses années.

Elle met en évidence une imposture dont les dimensions dépassent tout entendement. Elle ne nie pas le Génocide des Tutsis du Rwanda. Mais, pour elle, avant (crimes contre la Paix), pendant (crimes de Guerre) et après (massacres des Hutus) le Génocide, Paul Kagamé est responsable et coupable d’un grand nombre de tueries dont certaines sont manifestement des crimes contre l’humanité. C’est ainsi qu’à travers l’ensemble des faits qu’elle met en exergue pour présenter les crimes du FPR elle fait, concrètement, converger ce que d’autres ont déjà dit, de longue date, et dont ses recherches et ses expériences personnelles lui ont donné confirmation. Elle asserte que s’il s’avère que c’est le FPR qui a assassiné Habyarimana, l’histoire du génocide doit être revue. En cela elle n’est pas plus révisionniste que Carla Del Ponte. Pour la culpabilité de Paul Kagamé dans l’attentat du Falcon présidentiel du 6 avril 1994, elle aurait pu s’en référer aux réponses de ce-même Kagamé aux questions de Stephen Sackur lors de l’émission de la BBC « Hard Talk Host »[3] (« Et si c’était lui qui m’avait assassiné, est-ce que ce juge l’aurait inculpé ? ». Aveu implicite). Pour ce qui est de l’extermination des réfugiés dans la forêt zaïroise elle fait siens les propos d’un éminent avocat du Bureau du Procureur du TPIR, Douglas Marks Moore, qui utilise le vocable de « deux génocides différends[4] » :un petit et un grand, un reconnu et un méconnu. En cela elle se rapproche du constat de la Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme, la Sud-Africaine Navanethem Pillay, dans le Mapping Report de 2009 – 2010.

Dans la conclusion des 15 chapitres et 225 pages elle cite les méthodes des SS Nazis, en URSS en 1940-1941 (Opération Barbarossa) à propos des agissements du FPR « derrière » le front durant le Génocide. Elle rejoint donc ceux qui qualifiaient les membres du FPR, dès 1990, de « Khmers Noirs »[5], ainsi que les écrits et déclarations des André Vltchek, Susan Thomson,Phil Taylor, Helmut Strizek, Albanel Simpemuka, John Pilger, Andy Piascik, Kayumba Nyamwasa, et tant d’autres ..... Elle s’en réfère à René Lemarchand quand elle précise que la vérité doit être dite sur tous les sujets et que l’escalade dans l’horreur n’est pas causée par l’attitude d’une seule des deux parties. La spirale de la violence est un processus dynamique qui a un début et durant lequel les feedbacks engendrent le chaos. Le Génocide ne se définit pas par la quantité de victimes mais par l’acte en lui-même.

Durant les 20 années de son travail d’investigation elle a dû faire face aux pires menaces un peu partout dans le monde où elle se rendait[6]. En cela elle a été la victime de ce que beaucoup d’autres acteurs (avocats[7], témoins, journalistes et autres) impliqués dans les investigations, enquêtes et procès ont dû subir, jusqu’à leur « abandon » par « réflexe vital », par « instinct de conservation »[8]. Mais pour elle, les faits sont têtus et elle est encore plus têtue ... si bien qu’elle a maintenu, contre tous, le cap qu’elle s’était donné. « Tells All the Facts, Names All de Names », pourrait être sa devise contre la désinformation et les propagandes......

J’essayerai de donner quelques autres points de vue sur cet ouvrage dans la suite de ce papier, si j’en ai encore la force, la santé et le temps et si ce premier papier obtient les pré-requis de la communauté des modérateurs du site .....

(A suivre.... ?)

 

[3] https://www.blackagendareport.com/crime-turned-central-africa-vast-killing-ground

The Crime That Turned Central Africa Into a Vast Killing Ground

[4] Et non d’un double génocide.

[5]Différences Pol Pot / Paul Kagamé. Pour Pol Pot = la Chine Communiste + 22 ans de pouvoir + environ 1,5 millions de morts + l’exode urbain vers les campagnes ..... mais pas d’invasion de ses voisins. Pour Paul Kagamé = le conglomérat Anglo-Belgo-Canado-Etasunien (dans l’ordre alphabétique) + 23 ans de pouvoir(à ce jour) + villagisation des paysans Hutus + 6 à 7 (+/-) millions de morts directes et indirectes au Rwanda et au Zaïre + les 2 invasions du Zaïre. Il n’empêche donc que la « comparaison-constat » de l’époque, bien qu’en dessous de la réalité, semble avoir été plus que prémonitoire.

[6] Canada, RDC, Belgique, Italie, Tanzanie.

[7]Maître Jean Flamme : « J’ai vu, à Arusha, des avocats, décidés à faire leur travail jusqu’au bout, entourés par des gardes du corps ».

[8]Andrew McCarten (†) , JwaniMwaikusa (†), Me Gakwaya, etc, etc.


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6 réactions à cet article    


  • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 19 avril 17:20

    Je suis heureux d’apprendre qu’une journaliste a fait le boulot et remet sur la table la question du génocide rwandais pour en repenser ou, plutôt réviser la narration.

    Pour Kagamé et ses sbires, elle est sûrement déjà cataloguée comme négationniste mais peu importe. Qui se soucie des étiquettes dorénavant ?
     
    Dès que nous réfléchissons nous sommes des complotistes influencés par les fake news.
     
    Sauf que les fake news officielles, on en a un peu marre, d’où l’intérêt de revenir aux faits.

    C’est clair que concernant le Rwanda, les faits sont dévastateurs. C’est probablement parce qu’il avait mesuré l’ampleur du « bâton merdeux » qu’était cette enquête que le juge Trévidic a pris la tangente avant que le dossier ne soit clos.
     
    Pour ma part, j’ai essayé de proposer une synthèse à partir de l’excellent documentaire de Blanrue & Tiel :
    Génocide rwandais et pouvoir victimaire - AgoraVox le média citoyen
    Génocide rwandais et schéma auto-victimaire - AgoraVox le média citoyen
     
     Il me semble que les éléments qui incriminent Kagamé ne laissent aucune place au doute.
    Il est proprement scandaleux que ce gars là soit au pouvoir alors qu’il est le premier responsable du (double) génocide et qu’il ait, de surcroît, le culot de poursuivre ses opposants en les accusant de négationnisme.
    On croit rêver ! (un cauchemar éveillé ;-((...


    • Bertrand Loubard 19 avril 17:52

      @Luc-Laurent Salvador
      Merci du commentaire. Je crois qu’il faut pouvoir parler ... même, éventuellement se tromper et se corriger par après si nécessaire .....
      Les informations que rapporte Judi Rever sont très certainement fort bien documentées. Elle a suivi l’évolution de la tragédie des Grands Lacs d’assez près, depuis 1996....soit plus de 20 ans.
      Ces investigations lui ont valu des menaces de morts extrêmement précises dans plusieurs pays africains et européens, tant et si bien que lors d’un séjour en Belgique elle fut mise sous protection rapprochée de la Sureté de l’Etat (voiture blindée et gardes du corps 24h/24h jusque dans son hôtel = niveau 3 de la menace : « possible et vraisemblable » venant de l’Ambassade du Rwanda en Belgique !!!!).
      Les intérêts en jeu sont fabuleux pour trop de « gens » encore en vue sur les plans politiques et pour ceux qui sont membres des gangs maffieux. Tant que ces gens seront « actifs », ils auront trop de liens.... « Too big to fail » et la spirale du silence pourra poursuivre son ascension......Judi Rever tente comme d’autres de rendre hommage à la mémoire de toutes les victimes de la barbarie....Pourvu qu’elle soit entendue.


    • Bertrand Loubard 21 avril 22:17

      @Luc-Laurent Salvador
      Merci des références. Je connaissais le documentaire de Blanrue et Tiel. Je le trouvais effectivement très bien fait. Il me semble cependant qu’ils ont « fait » d’autres documentaires qui reprennent des thèses plus discuttables sur le plan révisionniste et négationniste ....dont je me souviens plus exactement. Il est évident que si une opinion est taxée, à tort ou a raison, de révisionniste principalement en ce qui concerne la Génocide Juif, la spirale du silence se met, à priori et de suite, en mouvement...ce qui nuit à une approche objective et nuancée des autres poitns de vue, des autres problèmes. Pour ce qui est des peuples Juif et Tutsi, le rapprochement que certains font me semble plus un raccourci de l"histoire justifiant des extrapolations plus que douteuses sinon fumeuses. Bien à vous.


    • phan 19 avril 19:06
      Quelqu’un peut me dire son opinion du rôle d’Hubert Védrine, acteur clef du « rôle de la France dans le génocide des Tutsi » ?

      • Bertrand Loubard 19 avril 21:14

        @phan
        Merci du commentaire.
        Il est fort probable que le rôle de certains de nos politiciens a été plus ou moins trouble. Car il ne s’agit pas exclusivement, pour nos élus, de défendre une éthique, une attitude morale, mais également de « comprendre » la complexité de la situation en fonction de nos propres intérêts immédiats en terme de retombées financières, électorales ou, à l’opposé, de reconnaissance d’honnêteté...... et cela à tous les niveaux que nos femmes et hommes politiques occupent assez péremptoirement, suivant notre scrutin...... Mais la valeur totalement absolue, de la souffrance des femmes ; des enfants, des vieillards qui ne sont pour rien dans ce qui nous « oblige » à les condamner conformément à nos « critères », à nos « valeurs » .... celle- là est indépendante de nos propres convictions théoriques .... elle n’est mise en balance, trop souvent, qu’avec nos propres intérêts personnels et immédiats. Je suppose que ceux qui sont mieux placés que moi pourront vous donner une réponse convaincante. En effet Judi Rever n’aborde pas cet aspect de la tragédie des Grands Lacs Africains .Bien à Vous.


      • Bertrand Loubard 21 avril 14:13

        @phan
        Il est effectivement difficile de comprendre le rôle de chacune des parties prenantes au drame du Génocide des Tutsis au Rwanda. Mais il est aussi difficilement compréhensible que l’Opération Turquoise, même si elle a été à deux doigts d’être une intervention militaire française, soit une complicité de génocide alors que c’est Bernard Kouchner (tendre ami d’un des bras droits de Kagamé : Rose Kabuyé, trop tôt disparue) qui en a été le premier initiateur. Kagamé lui-même n’a-t-il pas déclaré qu’il avait fait prisonniers (de guerre) des soldats français... mais qu’il les avait libérés dans le cadre d’un « gentlemen agreement ». Etaient-ils, ces soldats français, des complices d’un « Gentlemen Genocide" ? Il faut aussi se souvenir que Mitterrand aurait dit : « les Français ne le savent sans doute pas, mais nous sommes en guerre avec les Etats Unis... » Cela fait réfléchir...mais n’explique pas tout...Merci de votre commentaire en espérant connaitre votre, point de vue exprimé plus explicitement. Bien à vous.

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