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Accueil du site > Actualités > International > Michel Aoun, Président paradoxal d’un Liban compliqué

Michel Aoun, Président paradoxal d’un Liban compliqué

« Je vais proposer aux Nations Unies de créer à Beyrouth un centre international de dialogue entre les civilisations et les religions. Il me semble que notre force est d’être un pays cogéré par différentes religions. Dans le contexte actuel, c’est très sécurisant. » ("Paris Match", le 24 septembre 2017).



Un événement récent a rappelé toutes les confusions politiques au sein du Liban d’il y a une quarantaine et trentaine d’années. À 83 ans, un vieux général qui s’est pris pour le De Gaulle du Liban a vu ses années de "résistance" consacrées par son élection complètement improbable à la tête de l’État libanais.

Avant de poursuivre, je propose d’abord cette petite présentation historique écrite le 1er novembre 2016 par Christian Vanneste, ancien professeur de philosophie et ancien député UMP tendance "droite musclée" battu par Gérald Darmanin en juin 2012 : « Le Liban est un pays qui doit son nom à la montagne, ce Mont Liban, où sont venus se réfugier de nombreuses minorités qui ont su garder leur identité sans cesse menacée. La France a fait en sorte que cette particularité soit sauvegardée en créant une République libanaise distincte de la Syrie au sein du protectorat dont elle avait reçu la charge au lendemain de la Première Guerre mondiale et de l’effondrement de l’Empire ottoman qui dominait la région auparavant. C’était une manière de poursuivre l’amitié et la protection séculaire qui unissait la France à la majorité maronite du pays à l’époque. (…) En raison de la diminution de leur poids démographique [celui des maronites] par rapport aux musulmans et du rapport de force établi, cette suprématie a été diminuée lors des accords de Taëf en 1989. ».

Il y a un an, le défenseur de ces maronites (chrétiens d’Orient) a réussi un retour inespéré avec une habileté politique assez incroyable. En effet, le 31 octobre 2016, le général Michel Aoun (84 ans) a été élu Président de la République libanaise pour un mandat de six ans. L’élection ne fut pas un parcours reposant puisque le premier tour de l’élection a eu lieu le 23 avril 2014 pour désigner le successeur du Président sortant Michel Sleiman (69 ans) dont le mandat s’est achevé le 25 mai 2014 (mandat de six ans).

Pendant ces deux années et demi, le Liban était paralysé sur le plan institutionnel. Ce ne fut pas la première fois depuis 1975 : le général Michel Sleiman, commandant des forces armées libanaises du 21 décembre 1998 à son élection, fut lui-même élu le 25 mai 2008 au vingt-troisième tour après six mois de vacance présidentielle et après avoir vu prolonger de trois ans le mandat d’Émile Lahoud (81 ans), son prédécesseur élu le 24 novembre 1998. Il fallait en effet que le quorum des deux tiers des députés chargés de désigner le Président de la République fût atteint au moment du vote, soit 86 députés sur 127.

Sous la présidence de Nabih Berri (79 ans), Président de la Chambre des députés depuis le 20 octobre 1992, le premier tour du 23 avril 2014 fut marqué par la confusion. Samir Geagea a obtenu 48 voix, Henri Hélou 16 voix et Amine Gemayel 1 voix, mais le quorum n’était pas atteint. Pendant les autres tours, le quorum n’a jamais été atteint (à cause des soutiens de Michel Aoun). Le 31 octobre 2016, Michel Aoun a réussi finalement à créer un consensus inimaginable autour de son nom, en obtenant 83 voix sur 127, sans adversaire, les 44 autres députés ont voté blanc ou nul.

Rappelons qui étaient les deux protagonistes bien connus de ce premier tour, pour revoir un peu d’histoire politique du Liban des quarante dernières années...

Samir Geagea (65 ans), proche de Bachir Gemayel, fut le chef de la milice des Forces libanaises entre 1982 et 1985 et donc l’un des principaux chefs de guerre opposés à l’influence syrienne pendant la guerre civile au Liban entre 1975 et 1990. La guerre a principalement opposé des milices chrétiennes aux milices palestiniennes de Yasser Arafat soutenues par la Syrie, en particulier celle des druzes du socialiste Walid Joumblatt (68 ans), dont le père fut assassiné le 16 mars 1977 par les Syriens qui obligèrent Walid Joumblatt, sous la menace, de nouer une alliance avec eux. Samir Geagea s’est beaucoup enrichi en prélevant des taxes sur les territoires qu’il contrôlait et s’est allié en 1988 très provisoirement avec le général Michel Aoun avant d’en devenir un rival important.

Arrêté en avril 1994, Samir Geagea fut condamné à mort pour crimes de guerre dans un procès inéquitable selon Amnesty International (son avocat fut Wallerand de Saint-Just, futur trésorier du Front national à partir de 2009). On l’a accusé (peut-être à tort) notamment de l’assassinat, le 1er juin 1987, du Président du Conseil des Ministres Rachid Karamé (1921-1987), à la tête du gouvernement libanais depuis le 30 avril 1984, de l’assassinat de Dany Chamoun le 21 octobre 1990 (voir plus bas), et aussi de l’assassinat de Tony Frangié (1839-1978) le 13 juin 1978, fils de Soleimane Frangié (1910-1992), Président de la République libanaise du 23 septembre 1970 au 23 septembre 1976, lui-même ami d’Hafez El-Assad (1930-2000), Président de la République syrienne du 22 février 1971 au 10 juin 2000, les deux détonateurs de la guerre civile.

Samir Geagea fut libéré le 27 juillet 2005 après une amnistie. L’élection présidentielle de 2014 s’enlisa en raison d’une absence d’unité des députés chrétiens (depuis son indépendance le 22 novembre 1943, le Liban a la tradition d’élire un Président chrétien, maronite, et un chef du gouvernement musulman, sunnite). La crise institutionnelle se dénoua le 18 janvier 2016 avec la décision de Samir Geagea de finalement soutenir la candidature de Michel Aoun.

Amine Gemayel (75 ans) fut élu Président de la République libanaise le 22 septembre 1982 pour un mandat de six ans, juste après l’assassinat de son frère Bachir Gemayel (1947-1982), le 14 septembre 1982 après son élection le 23 août 1982. Les Forces libanaises étaient les alliés des forces israéliennes dirigées par Ariel Sharon. Le massacre de réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila perpétré du 16 au 18 septembre 1982 par les Forces libanaises dirigées par Élie Hobeika (1956-2002), l’un des rivaux de Samir Geagea et assassiné à Beyrouth le 24 janvier 2002, massacre dans l’indifférence et la passivité supposées de l’armée israélienne, a été considéré comme une "riposte" à l’assassinat de Bachir Gemayel. Amine Gemayel fut surtout le Président d’un non-État.

À la fin du mandat d’Amine Gemayel, en septembre 1988, ce dernier, qui ne pouvait pas se représenter, proposa pour successeur Mikhael Daher (89 ans) soutenu par les États-Unis mais qui était inacceptable pour les partis chrétiens en raison de ses positions pro-syriennes. Soleimane Frangié, ancien Président et considéré lui aussi très pro-syrien (et corrompu), voulait également se faire réélire mais n’a pas obtenu de quorum à la Chambre des députés. Les partis chrétiens ont proposé les candidatures de Michel Aoun et de Dany Chamoun (1934-1990), qui fut assassiné le 21 octobre 1990, fils de Camille Chamoun (1900-1987), Président de la République du 23 septembre 1952 au 23 septembre 1958. Deux candidatures inacceptables pour la Syrie et les députés musulmans.

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Le poste de Président du Conseil des ministres (que j’appellerai improprement Premier Ministre par la suite) était traditionnellement réservé à un musulman (sunnite) et avait la responsabilité d’assurer l’intérim présidentiel en cas de vacance. Pour permettre à un chrétien (maronite) de rester à la tête de l’État, Amine Gemayel nomma le commandant des forces armées libanaises (depuis juin 1984) Michel Aoun à la tête du gouvernement, quelques minutes avant la fin de son mandat, le 22 septembre 1988.

Entre le 22 septembre 1988 et le 13 octobre 1990, Michel Aoun cumula ses fonctions de chef du gouvernement, chef des armées, et de Ministre de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de l’Information, mais son pouvoir était contesté (et contestable). Il "résista" dans le bunker du palais présidentiel. Quant à Amine Gemayel, il s’exila de 1988 à 2000, en Suisse, en France et aux États-Unis, avant de rentrer au Liban.

La situation libanaise entre septembre 1988 et octobre 1990 fut donc politiquement très confuse. Les chefs de guerre musulmans refusaient de reconnaître Michel Aoun comme chef du gouvernement et continuaient à soutenir le Premier Ministre sortant, Salim El-Hoss (87 ans), à ce poste depuis le 2 juin 1987 (ayant succédé à Rachid Karamé, assassiné). Comme Rachid Karamé, Salim El-Hoss avait déjà été Premier Ministre auparavant. Michel Aoun pouvait compter sur le soutien d’une partie de l’armée libanaise (dont toute l’artillerie lourde), des Forces libanaises de Samir Geagea, du parti chrétien de Dany CHamoun et du parti druze de Farid Hamadé (1925-1999), grand rival de Walid Joumblatt au sein de la communauté druze.

Devant faire face à des divisions dans le clan chrétien qu’il a lui-même déclenchées, Michel Aoun a fait un appel à l’aide à la France le 19 août 1989 pour pouvoir résister à des offensives syriennes contre ses territoires. Il s’est aussi rapproché de l’Irak pour avoir des armes. Le 15 octobre 1989, Michel Aoun refusa de suivre les députés décidés à approuver un accord de paix dans un territoire étranger, à Taëf, en Arabie Saoudite, considérant que les députés n’avaient plus de représentativité. Il faut en effet rappeler que les députés libanais de 1989 avaient été élus en 1972 et n’avaient jamais été renouvelés (il a fallu attendre 1992 pour de nouvelles élections). Une moitié de ces députés fut absente à Taëf, parce que certains furent morts ou surtout opposés à la tenue de cette réunion. Michel Aoun a même pris la décision de dissoudre la Chambre des députés mais ce décret était anticonstitutionnel.

L’accord de Taëf signé le 22 octobre 1989 posa les premières pierres de la fin à la guerre civile libanaise commencée en 1975 (cet accord fut l’œuvre des diplomaties saoudienne, marocaine, algérienne et américaine). L’accord a maintenu l’équilibre de 1943 entre sunnites (musulmans minoritaires) et maronites (chrétiens) sans donner de place aux chiites (dirigés par Nabih Berri) ni aux druzes (dirigés par Walid Joumblatt). En réalité, cet accord a formalisé la domination syrienne du Liban depuis 1976, et qui se perpétua jusqu’à l’assassinat de l’ancien Premier Ministre Rafiq Hariri (1944-2005), grand ami du Président français Jacques Chirac, le 14 février 2005. Assassinat qui mit 1,3 million de Libanais dans les rues le 14 mars 2005 et déclencha la "Révolution du Cèdre" aboutissant au départ des troupes syriennes du Liban le 27 avril 2005. Le 24 octobre 1989, Michel Aoun a organisé une très grande manifestation pour dénoncer cette politique de soumission à la Syrie.

Un nouveau Président de la République libanaise a pu ainsi être élu, le modéré René Moawad (1925-1989), qui, bien qu’élu avec le concours de la Syrie, fut assassiné le 22 septembre 1989 (par les Syriens selon sa veuve qui expliqua que son mari ne voulait pas être une simple marionnette d’Hafez El-Assad). Entre temps, René Moawad confirma en septembre 1989 Salim El-Hoss au poste de chef du gouvernement, reconduit par son successeur Elias Hraoui (1925-2006), élu Président de la République libanaise le 24 novembre 1989 et dont le mandat de six ans fut prolongé en novembre 1995 jusqu’au 23 novembre 1998 (faute de pouvoir élire son successeur).

Dès le 28 novembre 1989, Elias Hraoui nomma Émile Lahoud commandant des forces armées libanaises, ce dernier le resta jusqu’à son élection à la Présidence de la République libanaise le 24 novembre 1998 (Émile Lhaoud resta Président jusqu’au 23 novembre 2007 avec le soutien et l’aide de Bachar El-Assad). Entre novembre 1989 et octobre 1990, non seulement il y avait deux chefs du gouvernement (Salim El-Hoss et Michel Aoun) mais aussi deux chefs des armées (Émile Lahoud et Michel Aoun).

En août 1990, l’accord de Taëf a été ratifié par les députés libanais, alors que la configuration géopolitique fut bouleversée par l’invasion du Koweït le 2 août 1990 par l’Irak de Saddam Hussein. Les États-Unis lâchèrent le chef du gouvernement Michel Aoun en octobre 1990 : la Syrie a soutenu les États-Unis dans la première guerre du Golfe en échange de sa domination réelle du Liban. La fin guerre civile au Liban a donc été formalisée par l’éviction de Michel Aoun le 13 octobre 1990 avec l’aide militaire de l’armée syrienne qui a envahi les zones occupées par Michel Aoun (Beyrouth-Est). Elias Hraoui signa le 22 mai 1991 un traité de fraternité et de coopération avec la Syrie, officialisant la mainmise de la Syrie sur le Liban.

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Michel Aoun demanda la protection de la France et s’est réfugié à l’ambassade de France à Beyrouth. Il s’exila en France (à Paris) en août 1991 et a commencé un travail de "résistance" libanaise contre l’occupation syrienne. En principe, la protection française avait pour condition l’arrêt de toute activité politique mais dès 1992, Michel Aoun initia la création d’un nouveau parti politique au Liban pour pouvoir continuer à exister politiquement.

En été 2004, pour s’opposer au maintien du Président pro-syrien Émile Lahoud dont le mandat de six ans s’achevait, les États-Unis étaient prêts à intervenir militairement au Liban. Pour éviter de réinstaller la guerre au Liban, la France fit convoquer d’urgence le Conseil de sécurité de l’ONU le 2 septembre 2004 et fit adopter la résolution 1559 qui rappelait la souveraineté du Liban et son indépendance politique, ce qui signifiait qu’il ne devait pas y avoir d’ingérence étrangère (c’est-à-dire syrienne) dans la désignation du prochain Président de la République.

Cette résolution, votée notamment par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, et pas par la Russie ni la Chine, a empêché l’intervention américaine et devait donner plus de poids politique à Rafiq Hariri, ami de la France, face à Émile Lahoud. Mais lorsqu’il a été question de prolonger de trois ans le mandat de ce dernier, le 23 novembre 2004, par réflexe patriotique, Rafiq Hariri (Premier Ministre du 31 octobre 1992 au 2 décembre 1998 et du 23 octobre 2000 au 21 octobre 2004) vota cette prolongation qui a obtenu une large majorité, 86 voix contre 29.

L’assassinat de Rafiq Hariri a précipité le départ des troupes syriennes, ce qui a permis à Michel Aoun de revenir à Beyrouth le 7 mai 2005. Il reprit contact avec Samir Geagea à sa sortie de prison et se fit élire député le 14 juin 2005. Il représenta 21 députés et bénéficia de l’appui d’une grande majorité des chrétiens. Michel Aoun, dans l’opposition au gouvernement de Fouad Siniora (74 ans), en exercice du 19 juillet 2005 au 9 novembre 2009, se rapprocha du Hezbollah, principale organisation chiite (rencontre historique avec Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, le 6 février 2006).

L’élection présidentielle de 2007-2008 fut très mouvementée et fut à l’origine d’une grave crise politique et d’une grande violence. Le premier tour s’est tenu le 25 septembre 2007, et Michel Aoun était candidat (minoritaire), mais il n’y avait pas le quorum. Le clivage se faisait entre, d’une part, le pouvoir en place, composé des mouvements qui avaient soutenu les manifestations du 14 mars 2005 contre la Syrie, forces qui avaient le soutien notamment de l’Europe, des États-Unis et des États du Golfe, et l’alliance entre Michel Aoun et le Hezbollah, soutenue par la Syrie et l’Iran.

Entre le 7 et le 14 mai 2008, de violents affrontements ont fait 65 morts et le pays fut au bord d’une nouvelle guerre civile qui fut évitée de justesse grâce à l’accord de Doha signé le 21 mai 2008 au Qatar. Cet accord proposait comme candidat de compromis le général Michel Sleiman, commandant des forces armées libanaises, la formation d’un gouvernement d’union nationale et le renoncement à utiliser la violence à des fins politiques. La guerre civile fut évitée et le dialogue renoué (entre la majorité et l’opposition). Michel Sleiman fut élu Président de la République le 25 mai 2008 au vingt-troisième tour.

Allant plus loin que son alliance avec le Hezbollah, Michel Aoun est allé rencontrer les dirigeants iraniens le 13 octobre 2008 puis Bachar El-Assad à Damas le 3 décembre 2008 pour dire : « J’ai toujours dit que la Syrie devait quitter le Liban et qu’une fois cela effectué, les deux pays devaient avoir de bonnes relations. ». Il a considéré (avec une légère prétention !) sa visite à Damas comme celle de De Gaulle en Allemagne.

Aux (dernières) élections législatives du 7 juin 2009, l’alliance menée par Michel Aoun a obtenu 27 députés. En juin 2013 les députés votèrent la prolongation de leur mandat de quatre ans jusqu’en septembre 2014, et en septembre 2014, une nouvelle prolongation jusqu’au 20 juin 2017. Michel Aoun s’opposa à ces deux prolongations car il voulait de nouvelles élections avec représentation proportionnelle (comme le proposait l’accord de Doha).

La dernière élection présidentielle s’est déroulée entre le 25 mai 2014 et le 31 octobre 2016 dans un cadre d’un profond clivage constitutionnel sur l’idée de la fonction présidentielle. Pour les uns (majoritaire), le Président doit être un arbitre de consensus à poids politique assez faible et pour les autres (partisans de Michel Aoun), le Président doit être une forte personnalité capable de peser sur son pays. Rappelons que le pays est devenu majoritairement musulman et que, par l’accord de Taëf, les pouvoirs du Premier Ministre (musulman) ont été rehaussés au détriment de ceux du Président (chrétien).

Les premiers (chrétiens et sunnites) étaient plus enclins à soutenir les rebelles en Syrie tandis que les seconds (chrétiens proches du général Aoun et chiites) étaient plus loyalistes en Syrie. Rappelons que la situation a diamétralement changé depuis 2011 et surtout 2013 : c’est la Syrie qui est plongée dans la guerre civile entre loyalistes favorables à Bachar Al-Assad et rebelles, et qu’une partie du territoire (tant libanais que syrien) fut occupée par Daech. Raqqa, la principale ville aux mains des terroristes islamistes de Daech, a été reprise par les troupes syriennes entièrement le 17 octobre 2017 (c’est donc très récent). De plus, environ 1,8 million de réfugiés syriens sont venus émigrer au Liban, représentant environ un quart de la population ! Si les chrétiens libanais sont de plus en plus faibles démographiquement, les chiites ont pris un poids démographique beaucoup plus grand.

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Pendant les trente mois de crise, l’alliance de Michel Aoun boycotta l’élection, empêchant toute décision par manque de quorum. Ce n’est qu’après les ralliements surprenants à sa candidature de Samir Geagea, de Saad Hariri (47 ans), fils de Rafiq Hariri et ancien Premier Ministre du 12 septembre 2009 au 12 janvier 2011, et même de Walid Jumblatt, chef des druzes (qu’il avait vaincu en 1983 à Souk El-Gharb), que la situation de crise s’est débloquée. Michel Aoun fut alors élu Président de la République libanaise le 31 octobre 2016. Il s’est ainsi réconcilié avec Saad Hariri, redevenu Premier Ministre le 18 décembre 2016 (chargé de former le gouvernement dès le 3 novembre 2016, il a obtenu la confiance des députés le 28 décembre 2016 par 87 voix sur 127).

Parmi ses principaux soutiens, il y a donc le Hezbollah (ancienne organisation terroriste), allié depuis 2006 et l’un des mouvements qui combat Daech sur le terrain. Michel Aoun a justifié ainsi cette alliance le 24 septembre 2017 : « Le Hezbollah représente un tiers des Libanais. Va-t-on exclure un tiers des Libanais de la vie nationale ? Le Hezbollah a résisté pendant une vingtaine d’années dans le Sud-Liban occupé par Israël qui n’applique pas la résolution de l’ONU lui demandant d’évacuer notre territoire. (…) Nous avons passé un accord non signé mais indéfectible. Ce jour-là [le 6 février 2006], le Hezbollah s’est engagé à n’utiliser ses armes que pour défendre le Liban contre des agresseurs, et jamais de façon offensive ou agressive. Il ne participe à aucune opération terroriste, ni au Liban ni ailleurs. Il est vrai que l’Iran a fourni des armes au Hezbollah… » ("Paris Match").

Dans ce même entretien avec le journaliste Daniel Rondeau de "Paris Match", Michel Aoun a expliqué sa position sur la Syrie : « Le jour où la Syrie reconnaîtra le Liban, son indépendance, nous ferons ce qu’ont fait l’Allemagne et la France, toutes proportions gardées. Nous ferons la paix. Aujourd’hui, nos relations sont normalisées. La neutralité positive me paraît pour le Liban une position enviable. ».

Michel Aoun, qui avait reçu la candidate FN Marine Le Pen le 20 février 2017 à Beyrouth (ce que les journalistes expliquaient à l’époque, c’était que la visite chez Michel Aoun était la plus facile à obtenir pour un candidat français, Emmanuel Macron candidat était venu aussi le voir le 24 janvier 2017), a effectué une visite d’État en France, du 24 au 26 septembre 2017, la première visite d’État du quinquennat du Président français Emmanuel Macron qui l’a reçu à l’Élysée le 25 septembre 2017. Une occasion de rappeler tout son amour pour la France et pour De Gaulle : « Paris est pour nous tous la capitale de la liberté dans le monde. La langue française est la langue universelle de la culture. (…) Les Libanais et moi-même sommes très sensibles au geste du Président Macron. » ("Paris Match"). Le Premier Ministre libanais Saad Hariri avait été auparavant reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée le 1er septembre 2017.

En conclusion de leur rencontre, Emmanuel Macron a déclaré à Michel Aoun le 25 septembre 2017 à l’Élysée : « Au-delà de ces sujets fondamentaux de sécurité et d’engagement militaire, c’est un État fort au Liban dont la France a besoin et que la France encourage. Depuis votre élection, votre engagement constant à cet effet est extrêmement précieux à nos yeux. En effet, le renforcement de l’État libanais est absolument primordial pour assurer la sécurité dans la durée du pays et il l’est aussi pour lui permettre de faire face à la présence massive et prolongée d’environ un million et demi de réfugiés syriens. Le Liban porte aujourd’hui un fardeau trop lourd pour lui. L’absence d’une solution politique crédible en Syrie empêche le retour durable dans leur pays de ses réfugiés. ».

Les deux chefs d’État sont allés ensuite inaugurer l’exposition "Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire" à l’Institut du monde arabe à Paris : « Parce que je connais votre attachement au dialogue entre les religions et la diversité religieuse au Moyen-Orient et parce que ce combat pour les chrétiens d’Orient est aussi un des combats emblématiques de ceux que la France veut mener dans la région. » (Emmanuel Macron).

Au-delà du défi extérieur de la sécurité régionale (Daech, Syrie, Israël et Palestine), Michel Aoun doit encore consolider les institutions politiques de son pays.

Le principal rendez-vous devrait être le 6 mai 2018 lors des prochaines élections législatives, avec un nouveau mode de scrutin, à la représentation proportionnelle, comme l’a confirmé la nouvelle loi électorale votée le 16 juin 2017, qui a prolongé encore d’un an le mandat des députés élus le 7 juin 2009 et qui a redéfini les découpages en quinze circonscriptions. Les électeurs devront avoir plus de 21 ans et se munir de leur carte électorale magnétique. Par ailleurs, les militaires n’ont toujours pas le droit de voter et les femmes n’ont pas bénéficié d’une obligation de parité ou d’un quota, ce qui a suscité certains mécontentements (jusqu’au sein du gouvernement).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Aoun.
La Syrie de Bachar El-Assad.
Guerre civile en Syrie.
Daech.
Yasser Arafat.
Ariel Sharon.

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6 réactions à cet article    


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 31 octobre 10:22

    D’après les méchantes langues, seuls les chrétiens du Liban ont développé une conscience nationale libanaise.

    Les autres confessions musulmanes considèrent toujours ce pays comme une erreur de l’histoire.

    D’ailleurs, il me semble, seuls les chrétiens ne se positionnent plus par rapport à leur seule confession, puisqu’en 2003 il y avait des chrétiens dans la coalition pro syrienne (Aoun-Hezbollah) et des chrétiens dans la coalition anti syrienne (famille Hariri).

    Y’a -t-il une ventilation des chiites identiques, ou des sunnites ?


    • Ouallonsnous ? 31 octobre 11:00

      Sur un non sujet religieux alors que les décisions économiques sont celles qui font avancer les nations, qui trouvons nous le rôle du répétiteur de la non pensée et de la non liberté de conscience  ?

      Sylvain Rakoto le troll de la non pensée !


      • Visiteur7 31 octobre 16:22

        Le Liban et ce pantin de Aoun n’existent plus depuis que le Hezbollah (soit disant « ancienne organisation terroriste » dans l’article) et l’Iran l’ont totalement parasité...

        Les pauvres chrétiens et autres minorités non musulmanes n’attendent qu’une chose, la confrontation avec Israël pour les débarrasser de ces vermines pro-iranienne...
        Et dire que l’ONU via la FINUL avait pour mission d’empêcher le déploiement des armes du Hezbollah...Aujourd’hui un arsenal est en place et l’ONU détourne le regard et quand le Liban sera à moitié détruit par les réactions d’Israël il sera temps d’accuser les « sionistes »...
        Pauvre peuple libanais pauvre Liban pauvre Aoun qui ont cru que des mafieux terroristes payés par l’Iran pouvaient devenir une entité politique respectable...
        N’oubliez jamais que les chrétiens libanais détestent les musulmans « palestiniens » que ce sont eux qui les ont massacré à Sabra et Chatila après avoir eux mêmes subit les pires atrocités pendant des années de ces gentils imposteurs islamiques...



        • Mr.K (generation-volée) Mr.K (generation-volée) 1er novembre 18:24

          @Visiteur7


          Oh un sioniste qui bave, le temps des divisions inspirés par des analyses pro sionistes touche à sa fin, celle d’une Palestine sous joug sioniste aussi. bientôt juifs, chrétiens et musulmans seront libérés de ce nationalisme mortifère.

        • sukhr sukhr 1er novembre 18:40

          @Mr.K (generation-volée)
          le Nationalisme est une idéologie créé par l’Extrême Gauche Révolutionnaire pour permettre d’unir de nombreuses ethnies différentes avec des religions différentes en un seul peuple.
           

          Le gouvernement d’Israël est d’extrême droite, le gouvernement de Palestine est d’extrême droite, et c’est en effet le principale problème de la région. Si ces 2 gouvernements étaient communistes, ils s’entendraient à merveille. 



        • Visiteur7 2 novembre 14:17

          @Mr.K (generation-volée)

          Ok que oui je suis SIONISTE et c’est un Honneur mon bon monsieur...
          Pour votre propagande ce mot signifie « tueur d’enfants et voleurs de terre... »
          Pour moi c’est « retour à Sion » avec toutes les valeurs qui ont fait de l’état juif d’ISRAEL un état moderne qui construit et innove dans tous les domaines...
          Bien au contraire des barbares « locales » ou alentours qui n’ont que haine et frustration comme vous...
          Les « tueurs d’enfants » sont ceux qui tuent sciemment des enfants même pendant leur sommeil...Cherchez bien les actes de « résistance » des lâches terroristes « palestiniens »...
          Si des enfants sont tués du côté « palestinien » ils le sont dans des actes de guerre ou de réponse à des attentats et les « résistants » se cachent derrière eux pour se protéger et même pour faire du Buzz...
          Et les « voleurs de terre » ne sont pas ceux que vous croyez, aucun pays n’a été conquis ni annexé, la Palestine n’est et n’a jamais été qu’une région dont 77% concerne la Jordanie actuelle...
          En 1947 l’ONU a proposé des terres pour les « palestiniens » et cette offre a été refusée et au contraire les pays arabes ont engagé une guerre contre le petit état juif naissant...
          Tant pis pour eux...Ils ont raté la marche de l’histoire et ne sont pas prêt d’y retourner surtout en tuant des civils...
          Révisez votre histoire petit ignorant rongé par la propagande...Sans aller bien sur jusqu’au révisionnisme car comme chacun le sait 90% des antisionistes ne sont que des antisémites qui se cachent derrière Israël pour vomir ou...baver...

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