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Vision d’Afrique : de Mitterrand à Macron

Le nouveau mea culpa du président MACRON à la veuve de Maurice AUDIN (Propos du 13 septembre 2018) a de nouveau réveillé le débat sur le « devoir » de mémoire de la France à l’égard de ses anciennes colonies.

Et alors même que les extrêmes se revitalisent du fait de l’actuelle politique, on trouve ceux qui critiquent une « repentance sans fin » et ceux qui applaudissent ce qu’ils considèrent comme un « devoir de mémoire ».

Et il y a plus spécifiquement ceux qui souhaiteraient que le courage de regarder l’histoire en face, sous toutes ses facettes, même les plus sombres, s’étende désormais à l’un des derniers dossiers sur lesquels la responsabilité de l’Etat français dans de très nombreux crimes n’a jamais été reconnue : la « Françafrique ».

Arrêtons-nous un moment sur le cas gabonais. Qu’en est-il de la république du Gabon ? Et plus précisément des conséquences de la politique française à l’égard de son ancien territoire ?

En 1839 les Français étendent leur influence sur le Gabon à partir d’un traité signé entre Louis Édouard BOUËT-WILLAUMEZ et le souverain Denis RAPONTCHOMBO.

En 1889 déjà, le Bulletin de la Société de Géographie considérait que « Pour les Européens, il ne saurait être question d’un long séjour dans la Gabonie. Les fatigues, les marches y sont dangereuses. Cette contrée ne peut donc pas devenir une colonie de peuplement ; tout au plus restera-t-elle une colonie de commerce (…) »

Et en effet. Même si durant la Seconde Guerre mondiale le Gabon s’est rangé du côté de la France libre et qu’en 1946 il est devenu un TOM dans le cadre de l’Union française avec présence de députés à L’Assemblée Nationale, personne, à commencer par le générale de Gaulle, ne souhaitait intégrer le Gabon dans l’espace politique français : « Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut » (in C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458).

Ita missa est, le Gabon n’avait d’autre choix, après avoir répondu aux attentes d’une France en conflit avec l’Allemagne, que de se séparer d’avec la France. La seule solution imposée par la France était l’indépendance et non le département. Le gouverneur Louis SANMARCO se dira « peu fier  » d’avoir à relayer une telle décision, empreinte de mépris et d’irrespect à l’aune de l’investissement du peuple gabonais (Cf. Louis SANMARCO, Le colonisateur colonisé, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, pp. 210-211).

C’est Nicolas SARKOZY qui, le 24 février 2010 dans une déclaration à Libreville, a sans doute permis de remettre les pendules à l’heure quant au comportement de la France vis-à-vis du Gabon en déclarant que « Au seuil de l’indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation » !

Car de Gaulle, comme le rappelle implicitement et sans le nommer Nicolas SARKOZY, avait effectivement refusé la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution) tout en poussant Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). La France ne voulait pas du « boulet » gabonais… Le tabou a été levé.

Les relations France-Afrique sont réellement complexes et… complexées.

Il n’apparaitrait sans doute pas incongru aux yeux de certains historiens et autres économistes d’induire, du fait de cette position radicale de l’Etat Français, la situation actuelle du Gabon.

Parmi les conséquences évoquées, est-il inconcevable que de considérer la déliquescence de la jeunesse gabonaise comme une conséquence directe du comportement de nos politiques, et particulièrement du président de Gaulle dont il est assez curieusement de bonne augure, pour tout politicien qui se respecte, de se prétendre « porteur des idées gaullistes » ? L’argument électoraliste pourrait-il résister à l’analyse effective des faits historiques ?
Ainsi par exemple, considérons le problème du seul KOBOLO qui représente un problème sanitaire majeur pour le Gabon.

Il s’agit d’un médicament anti-douleur, pris comme une drogue par la jeunesse des quartiers et qui est souvent associé à de l’alcool. Ce médicament fait fureur dans les écoles.

Sa consommation débute dès 12-13 ans et conduit les enfants à devenir agressifs et violents La jeunesse s’automutile, se dégrade. Les autorités n’interviennent pas du seul fait d’un défaut de moyens. La politique de santé publique étant quasi inexistante, c’est, au final, un peuple qui se meurt.

Doit-on (peut-on ?) considérer que l’attitude politique de la France et plus précisément de son président est à l’origine de la destruction d’un pays ?

80% d’échec au baccalauréat en 2017…

La jeunesse gabonaise semble refléter le sentiment évoqué par Louis SANMARCO, un sentiment d’échec, un sentiment de non avenir.

Il est grand temps, au-delà de l’Algérie, que la France, même si elle n’est seule responsable, assume sa politique passée sur le sol africain. Les frontières actuelles démontrent, s’il en est besoin, l’origine des maux dont souffrent les peuples d’Afrique.

Il ne s’agit pas benoitement de sacraliser le devoir de mémoire mais bien de privilégier l’intelligence sur le souvenir, d’affirmer des vérités probantes. Le devoir de mémoire est un devoir de vérité.

Le pillage des colonies a permis le développement économique de la France. Aujourd’hui le continent est lâché, tel un enfant qui a des difficultés à marcher, il trébuche et tombe. Encore et encore.

L’intervention de la Chine (des Etats-Unis, d’Israël…) constitue peut-être la solution d’un avenir enfin serein pour ce continent aujourd’hui à la dérive. Souvenons-nous qu’en 1957 François MITTERRAND déclarait que « sans l’Afrique la France n’aura pas d’histoire au XXIème siècle », que Jacques CHIRAC lui faisait écho en 2008 en proclamant que « sans l’Afrique, la France descendra au rang des puissances du tiers monde  ».

Le récent mea culpa d’Emanuel MACRON consiste en un sectarisme purement économique puisqu’il ignore volontairement l’histoire commune entre la France et l’Afrique lorsqu’il déclare, lors de son Discours à l’université de Ouagadougou le 28 novembre 2017, « Je suis d’une génération qui ne dit pas aux africains ce qu’ils doivent faire ».

Façon peu élégante de lâcher l’Afrique, continent que nous avons contribué à piller de ses ressources naturelles, à découper au cordeau en faisant fi des tribus existantes et en conservant ses peuples dans l’infantilisation extrême…

Le masque est tombé.


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9 réactions à cet article    


  • math math 21 janvier 10:15

    France-Afrique toujours d’actualité..Benalla le porteur de valises de la Macronie...


    • math math 21 janvier 16:03

      @math...Trafic et magouilles en tous genres avec ce continent et ses dictateurs d’opérettes de Boulevard..Les politiciens de tous bords ont touché au pot de confiture..trempant généreusement leurs doigts avec les livreurs de valises bourrées d’argent sale, tout droit issus des service diplomatique...
      TOUS POURRIS...


    • karim 22 janvier 08:47

      « L’UE devrait sanctionner la France et tous les pays qui comme la France appauvrissent l’Afrique et font partir ces personnes (les migrants), parce que la place des Africains est en Afrique pas au fond de la Méditerranée », avait déclaré dimanche Luigi Di Maio en déplacement dans les Abruzzes (centre).

      « Si aujourd’hui il y a des gens qui partent c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains », avait insisté Luigi Di Maio, chef politique du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) qui gouverne avec la Ligue (extrême droite)


      Nouvelle querelle diplomatique entre l’Italie et la France - Paris Match
      https://www.parismatch.com/.../Nouvelle-querelle-diplomatique-entre-l-Italie-et-la-Fra..

      • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 23 janvier 10:43

        Je vote rarement les articles : J’ai voté « Mauvais » pour le vôtre.

        Votre présentation... : «  »Docteur en Droit, diplômé en Sciences Politiques (DEA.) et en Ressources Humaines (Master II), je suis passionné de politique.«  »

        ... Ne doit pas normalement vous permettre de commettre une telle faute en histoire : «  »Le nouveau mea culpa du président MACRON à la veuve de Maurice AUDIN (Propos du 13 septembre 2018) a de nouveau réveillé le débat sur le « devoir » de mémoire de la France à l’égard de ses anciennes colonies.«  »


        Quelle anciennes colonies ???

        « L’affaire AUDIN » est une affaire des « services français » qui n’a jamais été classée, ni ne peut être classée par le Zigoto Macron ! Cette affaire était au cœur de la « Question algérienne » non réglée par Di Goule et qui exige aujourd’hui même le dialogue honnête et responsable afin de libérer le peuple de France et permettre au « peuple algérien de se constituer »...

        Le régime CFLN-FLN-EVIAN-OAS-GPRF-GPRA-... Est monobloc !

        Choisissez donc : Ecrire sur « l’Afrique » ou sur ... « L’Algérie ». Deux sujets aussi différents que le sont la dureté des montagnes de l’Atlas et l’extrême inconsistance du sable mouvant du Désert.


        • REGEN REGEN 23 janvier 11:47

          @Mohammed MADJOUR Oui monsieur le chômeur. Je constate que vous êtes peu respectueux des Français ! Voyez-donc ce qui se passe en Afrique du nord...


        • Le Sudiste Le Sudiste 23 janvier 12:07

          @ l’auteur
          Quel tour de force !

          Pas un mot ou lien sur la franc-maçonnerie en Afrique.
          Pas un mot ou lien sur la franc-maçonnerie au Gabon.
          Pas un mot ou lien sur le financement de la politique française par Omar Bongo, président du... Gabon.
          Pas un seul mot ou lien sur Charles Pasqua, Jacques Foccard..

          Vous faites bien de citer la ribambelle de diplôme que vous avez, ça permet de voir l’étendue du désastre.


          • REGEN REGEN 23 janvier 13:19

            @Le Sudiste Vous avez raison monsieur le complotiste... Que d’inepties de la part des censeurs...


          • Le Sudiste Le Sudiste 23 janvier 19:25

            Ah ouais, t’es le vrai toi ! Eh !


          • REGEN REGEN 24 janvier 08:36

            Et voilà... La haine arrive avec son tutoiement... Au final lorsque l’on veux exister on critique et on tutoies... Question de culture...et de niveau social...

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