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Accueil du site > Actualités > Politique > De Gaulle : soixante ans de Constitution gaullienne

De Gaulle : soixante ans de Constitution gaullienne

« En tout cas, notre Constitution est bonne. Elle a fait ses preuves depuis cinq ans aussi bien dans des moments, je le répète, graves pour l’avenir de la République que dans des périodes de tranquillité. Bien sûr, plus tard, d’autres hommes et d’autres circonstances pourront lui faire prendre un tour, un style, comme on dit, plus ou moins différent. Et puis, l’évolution de la société française, dans notre temps de développement, de progrès, de planification, nous conduira à reconsidérer l’une de ses dispositions. (…) Mais il y aura là une précision qui ne bouleversera pas l’économie de la Constitution. Gardons donc celle-ci comme elle est. Tout en nous expliquant que ne s’en accommodent volontiers, ni ceux qui regrettent, tout haut ou tout bas, la confusion d’autrefois, ni cette entreprise qui vise au régime totalitaire et qui voudrait créer, chez nous, un trouble d’où sa dictature pourrait sortir. Mais le peuple, lui, a choisi, et pour ma part, je crois que c’est définitivement. » (Conférence de presse du 31 janvier 1964 à l’Élysée).



Ces propos, tenus il y a près de cinquante-cinq ans, par celui qui reste le seul point de référence de l’histoire récente de la France, sont d’une étonnante modernité. La clairvoyance, la vision d’une France qui allait bien au-delà de sa propre existence…

Il y a soixante ans, le 8 janvier 1959, au Palais de l’Élysée, le général Charles De Gaulle fut investi Président de la République française. Son prédécesseur, René Coty, grâce à qui le Libérateur de la France a été rappelé par la classe politique le 1er juin 1958, a prononcé ces célèbres mots : « Le premier des Français est désormais le premier en France. ».

À la question : "quel est le premier Président de la Cinquième République ?", la très large majorité des gens, sinon l’unanimité, répond naturellement De Gaulle. Et pourtant, non, c’est faux ! Le premier, ce fut René Coty justement. Qui a présidé la Cinquième République du 4 octobre 1958 au 8 janvier 1959. On pourrait croire que c’est un détail, mais en fait, non, ce n’est pas du tout un détail et c’est précisément ce fait essentiel qui a rendu présidentielle la nouvelle République de l’époque.

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De Gaulle a toujours nourri une certaine ingratitude si ce n’est discourtoisie vis-à-vis des derniers Présidents des Républiques qui mouraient. Albert Lebrun, réélu Président de la (Troisième) République le 5 avril 1939 pour un mandat de sept ans, mais expulsé de l’Élysée le 11 juillet 1940 après les plein pouvoirs accordés à Pétain, a timidement rappelé à De Gaulle, à la Libération, que son mandat devait s’achever le 5 avril 1946. De Gaulle a fait le dos rond, pas question de réanimer les vieux croûtons dinosaures de l’ancienne République qui, précisément, avaient conduit le peuple à la Débâcle de mai-juin 1940. Quant à René Coty, élu (très laborieusement) le 23 décembre 1953, Président de la (Quatrième) République, aussi pour un mandat de sept ans, il aurait dû achever son mandat le 23 décembre 1960.

Il était pourtant clair que dès lors que la France se dotait d’une nouvelle Constitution, très largement approuvée par le peuple français le 28 septembre 1958 (on semble l’oublier dans nos débats actuels sur les institutions), tous les mandats nationaux devaient être renouvelés.

Ce qui était moins prévisible, c’était que le Général De Gaulle, alors Président du Conseil depuis le 1er juin 1958 (c’est-à-dire chef du gouvernement), voulut postuler à ce poste pourtant sans beaucoup d’importance politique sinon honorifique depuis Jules Grévy. De Gaulle fut élu par 78,5% des 79 470 grands électeurs qui se sont exprimés, face à un candidat communiste (Georges Marrane) et un candidat de la gauche non communiste (Albert Châtelet). Autant dire qu’il fut consacré pour ne pas dire sacré par toute la classe politique, y compris parmi les élus locaux.

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En choisissant d’être lui-même, lui De Gaulle, candidat à l’élection présidentielle du 21 décembre 1958, il devenait évident que la géographie du pouvoir allait évoluer et traverser la Seine. Lors de sa très fameuse conférence de presse du 31 janvier 1964, où il s’est livré à des réflexions constitutionnelles, De Gaulle a insisté sur la prééminence du Président de la République : « L’esprit de notre Constitution procède de l’idée que le pouvoir n’est pas la chose des partisans mais qu’il doit procéder du peuple, ce qui implique que le chef de l’État élu par la Nation en soit la source et le détenteur. ».

D’ailleurs, ses Premiers Ministres (qui ne présidaient plus le Conseil des ministres) n’étaient que les premiers des ministres, selon l’expression gaullienne, et en désignant des proches et fidèles, comme Michel Debré et Maurice Couve de Murville, parfois même hors du champ politique, comme le fut Georges Pompidou ("un normalien qui sache écrire"), il consolidait l’idée que le pouvoir central désormais siégeait à l’Élysée et plus à Matignon.

Ce furent ensuite les électeurs qui approuvèrent cette évolution institutionnelle : en 1969, ils auraient pu choisir pour un retour à la Quatrième République avec Alain Poher, en 1974, pour une Présidence arbitre avec Jacques Chaban-Delmas. Depuis 1981, plus aucun candidat majeur à l’élection présidentielle n’est prêt à remettre en cause l’idée qu’une fois élu, il serait obligé d’être puissant. Aucun, sauf un, Jean-Luc Mélenchon, en 2017, prêt à s’autosaborder constitutionnellement tout en (paradoxe !) proposant un programme politique très détaillé qu’il comptait pourtant appliquer !

Jean-Luc Mélenchon a tort sur le plan institutionnel : on ne déplace pas 48 millions d’électeurs pour rien ! À partir du moment où le peuple a voulu l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, mesure fondatrice de la Cinquième République approuvée par référendum le 28 octobre 1962 et qu’on pourrait remettre difficilement en cause sauf à vouloir détruire la démocratie et le droit des Français à choisir eux-mêmes leur Président, il est logique que l’élu soit le gouvernant opérationnel.

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C’est ce lien extrêmement fort qu’il y a entre le Président de la République et le peuple français qui est la clef de voûte des institutions. Ce lien, c’est la confiance qui s’exprime non par des sondages, mais pas des scrutins. Non par des manifestations de casseurs en colère, mais par des élections libres et sincères. C’est ce lien que Jean-Luc Mélenchon voudrait détruire au profit de je ne sais quelle Révolution culturelle. Je conseille de lire au moins le préambule de "Il était une fois l’inspecteur Chen" du célèbre romancier sino-américain Qiu Xiaolong qui rappelle ce qu’était justement cette Révolution culturelle, certains comportements de récupération des gilets jaunes semblent tout droit dictés par gardes rouges de Mao !

Retrouvons De Gaulle toujours le 31 janvier 1964 : « Les rôles respectifs qu’elle attribue au Président qui est garant du destin de la France et de celui de la République, et qui est par conséquent chargé de lourds devoirs et disposant de pouvoirs étendus au gouvernement. Siégeant auprès du chef de l’État qui l’a nommé, siégeant donc autour du chef de l’État pour la détermination et la mise en œuvre de la politique, le gouvernement dirigeant aussi l’administration. Rôles respectifs attribués au Parlement qui doit exercer le pouvoir exécutif et contrôler l’action du ministère. ».

On se rend compte, dans cette inspiration gaullienne, l’aspect assez paternaliste de "sa" République : le Président est le père de tous les Français, il doit leur assurer sécurité et prospérité. Cette vision était facile avec des hommes d’un certain âge, particulièrement avec pourtant les deux représentants très typiques du "régime des partis" de notre époque que furent François Mitterrand et Jacques Chirac.

C’était un peu plus difficile avec un homme d’âge "normal" en ce sens que ce serait l’âge des responsabilités au sein d’une entreprise, comme ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy et François Hollande (Valéry Giscard d’Estaing, plus jeune qu’eux, compensait sa jeunesse par sa condescendance très aristocratique qui lui donnait la distance du monarque que n’ont pas voulu se donner, heureusement, ses deux successeurs lointains).

On peut comprendre alors la difficulté d’un jeune homme à peine quadragénaire à se hisser dans le rôle du patriarche. On le voit parfois dans certains slogans ou insultes contre Emmanuel Macron, sa jeunesse fait partie de ses "fautes" et ce type de critiques, qui confortent finalement la vision gaullienne de la Cinquième République, a été aussi développé lorsque Ségolène Royal était en position de devenir Présidente de la République (elle n’a pas été élue en 2007, mais au contraire de Marine Le Pen, elle en avait une nettement plus grande capacité à le devenir réellement).

Les critiques personnelles et non politiques qu’elle a essuyées, parfois provenant de son propre camp (je ne les rappelle pas), n’étaient pas seulement éprises d’une évidente misogynie, mais aussi de l’idée, très gaullienne, que le chef de l’État doit être le patriarche qui assure la sécurité au peuple. Dans ce rôle, on peut imaginer un vieillard (c’était le cas de De Gaulle, puis de François Mitterrand et de Jacques Chirac), éventuellement (à la rigueur), un homme à la force de l’âge (Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy, François Hollande), mais certainement pas une femme ni un quasi-gamin !

Il y a donc dans certaines critiques antimacroniennes un goût de procès d’usurpation. Or, Napoléon Ier était aussi un "patriarche" et il était pourtant bien plus jeune qu’Emmanuel Macron (il avait juste 30 ans lorsqu’il est devenu Premier Consul de la République le 10 novembre 1799 !). Je ne doute évidemment pas non plus qu’une femme peut tenir ce rôle si elle en a le tempérament. En revanche, à mon grand désespoir, je n’en vois aucune avec ce profil pouvant gagner une élection présidentielle à court ou moyen terme. Seule, à mon sens, Simone Veil avait cette capacité mais elle n’a jamais voulu concourir car elle a toujours imaginé, à tort à mon sens, que les électeurs n’auraient pas été prêts à l’élire.

Il y a soixante ans, la France avait enfin résolu sa crise institutionnelle qui avait démarré en 1789 avec la Révolution française. Et résolu par le haut, par la mise en place d’une démocratie moderne à la fois pluraliste et efficace. C’est celle-ci qui est le véritable enjeu d’aujourd’hui, en 2019, et qu’il convient de défendre au-delà des aléas de la vie politique quotidienne…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
De Gaulle : soixante ans de Constitution gaullienne.
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !
Ne cassons pas nos institutions !
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Vive la Cinquième République !
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
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De Gaulle et le Québec libre.
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L’ambition en politique.
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Halte à la récupération de De Gaulle !
La première élection présidentielle française.
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
Le quinquennat.
La Ve République.
De Gaulle face à l’Histoire.
L’appel du 18 juin.
De Gaulle Président.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Péguy.
Le Comité Rueff.

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11 réactions à cet article    


  • troletbuse troletbuse 8 janvier 11:40

    Etre Gaullien et Macronichien -en même temps ne peut être qu’une forfaiture, à l’image de l’auteur.


    • baldis30 8 janvier 12:22

      @troletbuse

      bonjour,
      bien sûr ...
      Dommage que l’auteur ait oublié que la logique fondamentale des institutions de la cinquième République c’est le référendum suivi ou non d’élections législatives..
       Et ce bien avant que de Gaulle n’institua l’élection présidentielle au suffrage universel.
      Le mode de scrutin initial ressemblait à celui d’un président de Sénat puisque seuls des élus votaient ... Or le Sénat et de Gaulle c’étaient deux choses assez différentes ....
      Ceci dit remplacer le Sénat par le C.E.S. ne valait pas mieux ( vote de 1969 ) en raison du fait que les membres du C.E.S. sans être élus, disposeraient de très larges pouvoirs... autrement dit d’un pouvoir quasi-stalinien ( désignés, non élus, avec de larges pouvoirs)
      On voit actuellement un tas de personnes « désignées » s’arroger un pouvoir scientifique sans aucune formation ... voire faire pire comme cela se passe EN CE MOMENT en ITALIE avec une chasse aux sorcières dans le domaine médical par une politicienne qui virent tous ceux qui ne pensent pas comme elle ! (hier sur le site de La Repubblica) ! Des compétences sont ainsi virés ....
      Les raisonnements scientifiques devraient depuis longtemps recueillir l’avis de à l’Académie des Sciences avant de donner lieu à des élucucucucubrations politiciennes délétères .... n’est-ce pas en matière d’énergie, de nourriture, etc....


    • troletbuse troletbuse 8 janvier 12:30

      @baldis30
      Et la grosse connerie de Chirac et Jospin, le quinquennat qui permet aujourd’hui le pouvoir absolu, donc la dictature


    • baldis30 8 janvier 13:01

      @troletbuse

      bien sûr et la bourde majeure de Jospin est de ne pas avoir alerté .. mais l’individu n’en était pas à sa première bourde ... ni à la dernière ...

      En ce qui concerne l’article du fichage des scientifiques en Italie voici la référence
       https://www.repubblica.it/salute/2019/01/07/news/schedatura_degli_scienziati _l_opposizione_contro_la_ministra_grillo_si_dimetta_-216015017/


    • gaijin gaijin 8 janvier 12:43

      « définitivement » ...

      mais bien sur ....mille ans ? cent mille ? un million d’années ? plusieurs milliards ?

      faut arrêter la fumette ....

      quand a se draper dans le manteau de de gaule attention il pourrait s’avérer trop grand ....

      qu’aurait il pensé lui d’une france aux ordres des banksters et des technocrates européens ?

      lui a qui avait préféré l’illégalité et la désertion a la perte de l’honneur.

      vive la france libre !


      • baldis30 8 janvier 13:06

        @gaijin

         bonjour,
        « l’illégalité et la désertion a la perte de l’honneur. »
         L’illégalité certes... pour respecter l’honneur ... mais surtout pas la désertion !
        C’est dans ce cas que l’illégalité est légitime !


      • gaijin gaijin 8 janvier 13:25

        @baldis30
        et pourtant techniquement il a déserté .....
        si le destin avait tourné autrement il aurait été un traitre au gouvernement légitime et un terroriste .....
        ce sont les faits ...


      • @gaijin 
         « il aurait été un traître » (De Gaulle )
         il a été en réalité reconnu comme tel par le gvt de Vichy ,puisque condamné à mort le 2 août 1940 .


      • gaijin gaijin 9 janvier 10:19

        @Armand Griffard de la Sourdière
        merci de la précision


      • Taverne Taverne 8 janvier 14:25

        Il n’y a rien au-dessus de lui.

        « Lui », je ne vous dis pas qui c’est, vous l’aurez deviné. Cette règle « il n’y a rien au-dessus de lui » est choquante car contraire à l’esprit de notre constitution qui fait du chef de l’Etat un arbitre entre la volonté nationale et la volonté populaire. Et donc cette règle implicite devrait être supprimée.

        Le président ne se voit pas accorder par la constitution un pouvoir personnel, il doit respecter ces deux souverainetés.


        • thierryanne 9 janvier 06:34

          Faire de De Gaulle le champion de la démocratie aurait bien fait rire ses opposants de mai 1968. La constitution avait surtout pour objectif de mettre en place un régime présidentiel fort dans lequel le recours au peuple devait être marginal et symbolique. Il ne visait que la place imaginaire de sa France sans tenir compte des peuples colonisés, humiliés et trahis, ni même de ses propres concitoyens ; par exemple, l’engagement dans le nucléaire n’aurait-il pas nécessité un référendum ?

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