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Accueil du site > Actualités > Politique > La supériorité de Philippe Juvin
#76 des Tendances

La supériorité de Philippe Juvin

« Une civilisation débute dans le mythe et finit dans le doute. » (Emil Cioran, 1964).

Cette citation est issue d’un livre d’un désabusé de la vie, "La Chute dans le temps" publié en 1964, l’année de naissance de Philippe Juvin. C’est sur ce dernier que je souhaite m’attarder car il est candidat à l’investiture de LR pour l’élection présidentielle de 2022. Sympathique avec ses faux airs de François Léotard au regard profond, Philippe Juvin étonne par ses transgressions, un peu comme Laura Laune qui dit une vacherie avec le sourire d'une fillette à qui on donnerait le bon dieu sans confession.

À bientôt 58 ans, Philippe Juvin s’est fait une nouvelle notoriété depuis le début de la crise sanitaire, en faisant partie des médecins qui intervenaient souvent dans les médias (toujours pour taper sur Emmanuel Macron). Et il a quelque qualité à intervenir car depuis presque dix ans, il est le chef de service des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris. Il a aussi eu un écho médiatique lors des attentats du 13 novembre 2015, en raison de son implication dans la prise en charge des victimes blessées. Sa candidature à l’élection présidentielle n’est pourtant pas une surprise absolument imprévisible, car il a toujours fait de la politique.

Au-delà d’une brillante carrière de professeur d’université et de médecin anesthésiste, au cours de laquelle il a été médecin militaire volontaire pour les forces de l’OTAN affecté en Afghanistan (en été 2008), Philippe Juvin a toujours été un militant politique, au RPR et un proche de Nicolas Sarkozy dont on dit qu’il fut son médecin traitant. Il a été président de l’UJP (Union des jeunes pour le progrès, mouvement des jeunes gaullistes) de 1989 à 1995. Dès mars 1983, à 19 ans, il a été élu conseiller municipal de La Garenne-Colombes et a été réélu jusqu’à ce jour.

En mars 2001, il a été élu maire de La Garenne-Colombes, et a été réélu jusqu’à maintenant (en 2008, 2014, 2020). Son expérience de maire pendant plus de vingt ans lui est précieuse pour comprendre, sur le terrain, les problèmes de ses contemporains, en particulier en matière de sécurité. Il a été élu sur sa lancée conseiller général de La Garenne-Colombes de mars 2004 à juillet 2009, avec la responsabilité d’une vice-présidence du conseil général des Hauts-de-Seine présidé jusqu’en 2007 par Nicolas Sarkozy. Il a été aussi candidat à sa succession face à Patrick Devedjian.

En juin 2009, la liste UMP ayant fait plus de voix que prévu (29,6% !), Philippe Juvin a été élu député européen (il était placé en cinquième position de la liste de Michel Barnier, ce qui rendait son élection quasi-impossible). Il a été réélu en mai 2014 en troisième position sur la liste d’Alain Lamassoure. Ses dix ans de mandat européen (2009-2019) lui ont apporté aussi une grande crédibilité politique, d’autant plus que malgré ses responsabilités professionnelles et universitaires, il a montré une grande capacité de travail (troisième député européen français le plus actif en 2014-2015). En 2019, il a renoncé à se représenter, mais il n’aurait probablement pas obtenu une place éligible sur une liste devenue nationale avec un potentiel électoral affaibli (il a au préalable postulé pour être la tête de liste LR).

Enfin, depuis juin 2021, il a été élu conseiller régional d’Île-de-France sur la liste de Valérie Pécresse. Il avait quitté le conseil général des Hauts-de-Seine en 2009 quand il a été élu député européen, en raison de la loi sur le cumul des mandats. Comme on le voit, il a déjà une forte expérience élective même s’il ne fait pas partie du sérail des leaders nationaux de l’UMP puis de LR. En interne, Philippe Juvin a soutenu Jean-François Copé en novembre 2012, Nicolas Sarkozy en novembre 2016 et Laurent Wauquiez en décembre 2017.

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Je soupçonne sa candidature à la candidature présidentielle comme une opération marketing pour faire sa promotion politique. Une investiture LR aux législatives. Et le ministère de la santé en cas d’élection du candidat LR ! Qui le lui reprochera ? La plupart des candidats aux primaires, même ceux qui n’ont aucune chance, usent d’une telle tribune dans tous les partis, y compris chez les écologistes où Jean-Marc Governatori s’est fait connaître des Français. Pour le congrès LR, il est clair que Philippe Juvin est le candidat le moins connu en politique par rapport aux quatre députés ou anciens députés, parfois anciens ministres au talent de débatteurs assez redoutable.

Depuis environ deux mois qu’il est en campagne (selon les modalités décidées tardivement par LR, il était officiellement candidat depuis le 26 juillet 2021), Philippe Juvin a étonné par sa combativité et ses idées originales, et par sa manière de parler, déterminée et claire. Il existe par la différenciation. Il s’est distingué de ses concurrents par la défense du service public car il a vu les ravages d’une gestion seulement pécuniaire de l’hôpital (c’est aussi le principe du corporatisme de ne pas aller contre sa profession).

Mais il ne s’est pas distingué de la posture extrémiste qu’ont adoptée tous les candidats, y compris ceux qu’on croyait modérés (modérés au point de quitter LR quand son président était Laurent Wauquiez). Et pour preuve, Philippe Juvin a fait une sortie assez inattendue au cours du troisième débat le 21 novembre 2021 sur CNews et Europe 1.

Europe 1, le lendemain, 22 novembre 2021, a même eu cette curieuse formulation : « Un des cinq candidats met particulièrement du piment dans les débats et veut marquer sa différence. Il s’agit de l’anesthésiste Philippe Juvin. » (J’aurais tendance à penser que le piment réveillait et n’anesthésiait pas !).

Philippe Juvin a fait, en quelques phrases, de nombreuses confusions, voulues ou non voulues, mélangeant tout et n’importe quoi et cela donnait ce mélange indigeste : « Et il y a un dernier point que je voudrais ajouter. L’identité, elle sera défendue si nous voulons la défendre. Si nous avons le sentiment que notre identité, notre modèle de civilisation, parce que c’est une civilisation qui est supérieure aux autres. Je crois que nous avons un modèle de civilisation qui est supérieure (…). Nous avons inventé beaucoup de choses. Nous avons inventé l’histoire, la philosophie, la politique, la liberté (…). Et j’assume de croire que notre modèle de civilisation est supérieur aux autres. Et vous savez pourquoi ? C’est quand vous n’êtes pas certains que votre modèle de civilisation est supérieur, eh bien, vous ne le défendez pas. Et moi, je veux le défendre car je pense qu’il est le meilleur... ».





Évidemment, il n’a pas défini "civilisation", "modèle de civilisation", "identité", "supérieur". L’identité n’a rien à voir avec une idée de compétition. Je n’ai pas besoin de me croire supérieur aux autres pour être sûr de mon identité. Je connais mes forces et mes faiblesses, je sais que d’autres sont, dans certains domaines, supérieurs à moi, d’autres probablement inférieurs, mais cela ne m’empêche pas de m’apprécier ! Mais dire supérieur ou inférieur me paraît en plus des concepts complètement dépassés et surtout dangereux et à la limite des "races supérieures" de Jules Ferry

Par ailleurs, on peut défendre son conjoint, l’aimer, sans pour autant le (ou la) classer par rapport à une éventuelle concurrence (le conjoint étant unique, il est par définition celui ou celle qui a été choisi, seul, exclusivement, au contraire de tous les autres). Ce n’est peut-être pas la plus belle femme du monde, la plus sensible, l’homme le plus intelligent, le plus sportif, etc. mais c’est celle (ou celui) qui a été choisi par l’autre (et n’y voyez pas de sexisme dans le choix de mes adjectifs, le principe d’un classement est stupide et parler de supériorité sans dire de quoi exactement est ambiguë et intellectuellement délirant).

De même, l’identité n’est pas en compétition. On ne défend pas son identité en combattant celle des autres. L’identité est un fait, elle est ce qu’elle est, elle est la fierté, la honte, ou ni l’un ni l’autre, elle n’est pas le résultat d’un mérite. Car c’est cela l’important : l’identité n’est pas le résultat d’un mérite. Il n’y a pas à en avoir fier ou honte. Être homosexuel n’est pas une fierté, être Français n’est pas une honte, etc. En revanche, on peut être content d’être Français, mais c’est une chance d’être Français, ce n’est pas une victoire personnelle, pas un succès à un examen, pas une victoire électorale, c’est simplement un état de fait, très souvent par le hasard de la naissance, parfois par le choix conscient de celui qui choisit son pays comme un converti choisit sa religion.

Et que dire de la stupidité de parler de la "civilisation française" ? ou du "modèle de civilisation français" ? Les Allemands seraient-ils différents ? seraient-ils inférieurs ? Les Britanniques ? Les Américains ? Les Russes ? Les Chinois ? etc. Quelle est la différence de civilisation ? Quand on sait que même dans les régions les plus reculées de Madagascar, on trouve des boîtes de Coca Cola vide jonchées sur le sol, que les gens sont tous habillés en jeans, qu’ils communiquent avec des smartphones chinois comme les trois quarts des habitants de cette planète ? Oui, on peut parler de culture, nationale voire régionale, de culture différente, de langues différentes, mais peut-on parler d’une culture supérieure ? d’une langue supérieure ? Peut-être d’une langue plus facile ou moins facile à apprendre, et encore, pour certains individus et pas pour d’autres.

Le clou de la sortie de Philippe Juvin est sans doute ceci : « Nous avons inventé l’histoire, la philosophie, la politique, la liberté. ». Après cela, si les "non-Français" ne sont pas convaincus de l’arrogance extrême des Français, c’est à désespérer ! La Grèce, Rome, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suisse, etc. peuvent aussi revendiquer une invention qui, encore une fois, n’est que collective, par petite touche, comme toutes les progressions du monde, scientifiques ou pas.

Et si l’on prend la définition qu’a donnée Auguste Comte dans son "Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société" publié il y a près d’un siècle, en 1922, il dit : « Les éléments dont se compose l’idée de civilisation sont : les sciences, les beaux-arts et l’industrie. ». Alors, c’est râpé pour la France, du moins pour son industrie qui a été délocalisée et qui est loin d’être florissante.

Très drôle aussi, Sonia Mabrouk a cru mal entendre puis, après que Philippe Juvin a "assumé" ses propos, elle s’est tournée vers Xavier Bertrand croyant y trouver un allié en posant la question : « Et vous être d’accord ? ». Mais Xavier Bertrand, flairant le piège, ne s’est pas opposé à cette idée de civilisation française supérieure en simplement disant mollement : « Nous ne sommes pas un pays comme les autres, c’est vrai, c’est vrai ! » et de parler des Lumières, ce qui était politiquement plus correct. Le pire, à mon sens, c’est que les trois autres se sont tus et ont laissé passer.

Quand on confond civilisation et nationalité, c’est pire qu’associer identité et immigration ou insécurité et immigration. Je crois que ce parti est particulièrement malade. Je ne suis pas convaincu qu’il existe un remède. Il ne devra pas s’étonner si les électeurs de centre droit le fuient. Pour dire des horreurs, il y a des partis plus appropriés et plus crédibles. Quant aux autres, plus raisonnables, ils ont déjà trouvé leur chemin, puisque rien ne se profile à LR…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Philippe Juvin.
Élysée 2022 (13) : troisième débat LR, bis repetita.
Élysée 2022 (12) : Surenchères désolantes pendant le deuxième débat LR.
Élysée 2022 (11) : Michel Barnier succédera-t-il à Emmanuel Macron ?
Élysée 2022 (10) : Éric Ciotti, gagnant inattendu du premier débat LR.
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Les Républicains et la tentation populiste.
Jean-François Copé.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.

_yartiJuvinPhilippe03

 


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11 réactions à cet article    


  • Jean 24 novembre 11:03

    Céki ?


    • devphil30 devphil30 24 novembre 14:02

      @Jean

      Un covidiste politicien ...


    • ZenZoe ZenZoe 24 novembre 12:17

      A mon avis, il y a déjà trop de médecins en politique. En plus, à trop côtoyer les deux, ils finissent par tout mélanger.


      • Xenozoid Xenozoid 24 novembre 12:26

        @ZenZoe

        ...avec les avocats


      • devphil30 devphil30 24 novembre 14:03

        @ZenZoe

        Faudrait mettre des politiques en médecine , de toute façon ils ont bon à rien alors au moins ils verraient la réalité du terrain.

        Par contre jamais de maçon ou électricien en politique ?
         


      • Octave Lebel Octave Lebel 24 novembre 12:58

        Je ne suis pas sûr que vous lui rendiez service.


        • Jeekes Jeekes 24 novembre 17:20

          Pas trop dur, rat-ko-to ?

          Deux bouses le même jour, putain halte aux cadences z’infernales !

           

          Bon, sinon, tu sais comme on s’en tape de ton juju... 

           


          • Fergus Fergus 24 novembre 17:35

            Bonjour, Sylvain


            « Je soupçonne sa candidature à la candidature présidentielle comme une opération marketing pour faire sa promotion politique »

            Quelle clairvoyance ! smiley


            • Fanny 24 novembre 17:38

              Faux débat.

              Rien n’a changé depuis Jules Ferry. Chacun juge sa culture, nationalité, civilisation, langue … « supérieure ». Quand un politicien se sent assez fort pour ne pas se censurer, il l’affirme sans ambages (Berlusconi à son apogée).

              Cet état d’esprit ayant eu des conséquences tragiques dans l’histoire, jusqu’à une date récente (GW.Bush affirmant que le monde entier doit s’aligner sur les USA en tant que modèle supérieur à tous les autres, à propos de ses guerres en Afghanistan/Irak), la doxa globaliste a décidé d’interdire cette posture, d’en faire une sorte d’interdit moral genre « péché mortel – fascisme – hitlérisme ». Rako, hyper sensible à l’air du temps, une vraie station météo à lui tout seul, nous assure ici de son parfait alignement.

              Mais c’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Cela arrange les mondialo-globalistes qui veulent détruire les cultures en faveur d’un monde « CocaCola-djeans-casquette à visière ». Mais cela est rejeté par les gens ordinaires qui sont attachés à leur culture-langue-civilisation, qu’ils jugent naturellement supérieure, sans pour autant éprouver le besoin de l’imposer à d’autres par la force comme ce fut le cas dans le passé (la colonisation).

              Et c’est jouer sur les mots que d’interdire le mot « supérieur » en autorisant seulement le mot « unique ». Je juge pour ma part que la musique classique occidentale est supérieure aux musiques du reste du monde. J’en veux pour preuve que notre musique est enseignée au Japon, en Chine et ailleurs, ce qui est un cas unique. La notion de supériorité dans certains domaines – pas absolue
              - n’est pas à interdire, car elle correspond à des réalités, tout simplement.

              Chaque peuple a conscience des supériorités de sa culture-civilisation dans certains domaines de la vie. Il agrège son identité autour de ses points forts qui le rendent attractif pour le reste du monde. Et il défend ces points forts, uniques, supérieurs, avec un sentiment de supériorité, sans quoi il ne les défendrait pas comme l’a affirmé Juvin.


              • ETTORE ETTORE 24 novembre 21:35

                On le sent bien quand Rakotonanobis prend sa pause déjeuner !

                Il y a des miettes partout, et surtout des tâches légères à accomplir.

                Sacré Rakotonanobis, qui se dit que tant qu’il bouge sa plume, il est vivant !


                • LeMerou 25 novembre 06:26

                  Après ont s’étonne de la baisse d’effectif du corps médical.

                  Cette personne était en même temps, Maire, Médecin, et vraisemblablement Président de je ne sais quelles autres organisations ou associations.

                  Je ne savais pas que dans le cursus « médical » était incorporé un volet politique.

                  J’adore aussi l’emploi de ces termes « Il a fait l’afghanistan ».. Nom d’une pipe en bois. Etant un ancien réserviste du Corps de Santé des Armées, je sais exactement ou se trouve situe les hôpitaux militaires. Loin, mais alors très loin du « front »...

                  Le Médecin ne vas pas sous les balles porter assistance aux blessés, tout simplement parce qu’il n’y en a pas assez et donc il faut les protéger.

                  Mais cette justification « Il a fait l’afghanistan », va susciter dans l’esprit de certain une notoriété et un sentiment de respect évocateur d’une ancienne guerre .

                  Entre « Il a fait Verdun », « Il a fait le chemin des Dames » et « Il à fait l’afghanistan » il y a un monde, un fossé, un canyon gigantesque. Surtout quand l’individu est toubib..

                  Pour le biffin crapahutant c’est un peu différent..

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