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Le changement d’axe du politique (3)

L’évaporation de la démocratie (fait suite à deux précédents articles de janvier et avril 2016)

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Censure & liberté d’expression - Kroll (Belgique)

 

La démocratie s’évapore et nous regardons ailleurs. Nombre de citoyens (la langue française étant inclusive, les citoyennes sont nommées) l’évaporent avec une ténacité qui n’a d’égal que leur inconscience.

La démocratie est le respect de l’Autre. En démocratie, les différends se résolvent par le débat et des solutions mitoyennes sont créées et suivies. Nous sommes ou peut-être nous étions, dans une démocratie républicaine. La République décide du chemin à suivre, elle est unité de la nation. Pendant que la République démocratique choisit parce que la vie continue et qu’on ne peut débattre jusqu’à se mettre d’accord sans agir, le débat démocratique continue.

Ce système pacifique et non-violent est porté par des institutions et habite suffisamment les têtes et les comportements. La démocratie républicaine a une grande qualité : elle est souple et permet toute sorte d’aménagements. Des conflits arrivent dans la rue, avec manifs et heurts avec la police, elle n’en était pas ébranlée, elle le supportait. Précise en son centre, elle était flexible aux bords et cela ne la remettait pas en cause.

Pour certains citoyens, cette tolérance à des conduites qui la contredisent et qui, parfois, sont victorieuses, est un signe de faiblesse, voire un signe d’insincérité. Pour d’autres, c’est un signe de sa violence intrinsèque (il faudrait mettre de la violence pour contrer ses manières de faire). Aucun des deux n’est pas mon point de vue.

La démocratie républicaine s’organise (ou s’organisait) sur deux axes : tout le monde débat, on n’entend plus rien tellement il y a d’analyses, on décide d’un axe de l’action, en gros majoritaire, l’action engagée, le débat continue et on peut revenir sur une mauvaise décision si le débat collectif donne l’évaluation que la décision n’est pas la bonne. De plus, cette structure mobile, vivante, est souple. Elle coexiste sans dommage avec des pratiques qui tentent d’avoir raison et d’emporter la décision par la violence, par le corps et non par le langage, si vous préférez. Elle n’est ni intégriste, ni radicale, pour employer des mots de la religion que tout le monde comprend en ce moment, tellement ils nous font mal.

Eh bien, des citoyens se servent du caractère bonhomme de la démocratie républicaine pour agir par la force et le revendique tel, comme une raison. Non pas comme une exception à l’esprit démocratique et au fonctionnement démocratique. Mais comme un acte démocratique en soi.

Évidemment, leurs actes sont démocratiques dans la mesure où les dictatures ne les toléreraient pas, à ceci près qu’il y a récemment dans le monde des démocraties qui ressemblent furieusement à des dictatures.

Une autre formulation du système démocratique est que nul ne peut s’autoriser à s’emparer du bien d’autrui, de son corps, d’abîmer son bien d’abîmer son corps, voire de détruire son bien, de mettre fin à sa vie, dans le but d’obtenir qu’il pense (ou ses survivants) de la même façon que son agresseur.

Les musulmans extrémistes ont agi de la sorte, le déclarant eux-mêmes et pour celui qui est en prison justifiant encore qu’il a fait le bien, qu’il ne regrette rien et est fier.

Dans un tout autre domaine, des citoyens végan cassent des boucheries. Les bouchers-charcutiers ont demandé au gouvernement une protection policière pour faire face aux « violences physiques, verbales et morales » de groupes antispécistes. Une jeune femme est venue à la télévision expliquer cela à visage découvert et n’a pas été poursuivie. En substance, elle dit : « Que voulez-vous, les députés ne nous suivent pas, les lois que nous voulons n’arrivent pas, il faut bien que l’on se fasse entendre. »

Les végan ont réussi à bloquer des cirques avec animaux, à empêcher les spectacles, à ruiner les entreprises, les familles du cirque…

Pourtant, pas de débat. Pas de campagne électorale, nulle part, d’aucune sorte. Pas de candidats, du coup, pas d’opposition… Juste une insistance psychologique qui montre que les tenants de ces idées ne céderont jamais. Un harcèlement. La répétition des mêmes discours fermés, jusqu’à ce que cette répétition éteigne les discours autres, voire opposés, et gagne ainsi, à l’endurance. Même si cela trouve sa place et s’accomplit en démocratie, ce n’est pas démocratique.

Évidemment, ce qui justifie les idées végan, c’est que la violence faite aux animaux est intolérable, parce que la violence est intolérable et que les animaux ne parlent pas et ne peuvent évoquer la souffrance que les hommes leur infligent par leur violence. Les végan mettent dans ces actions commando les faits et gestes qu’ils condamnent, ils y mettent violence. C’est très humain. Ce n’est pas la première fois que des humains non-violents tentent de gagner à leur point de vue, par la violence, d’autres humains. Ce n’est pas régulier.

Cet article n’est pas, malgré les apparences, contre les végan, il s’oppose à cette démarche qui tend à devenir la norme et qui consiste à se sentir supérieur aux autres, en capacité de les juger et d’appliquer les décisions que l’on a prises, étant juges et accusateurs.

L’opposition n’a plus aucune chance d’être un enrichissement, elle devient un déshonneur, une humiliation subie qui mérite sanction, l’élimination de celles et ceux qui prononcent l’opposition, certaines éliminations (peu, très peu) vont jusqu’à la mort. Celles qui empêchent l’accusé de vivre, le privent de son travail, le soumettent à un harcèlement (la répétition de sa faute, du fait qu’il a bien commis les actes dont on l’accuse). Sans dire qu’auparavant tout allait bien.

Ce qui s’évapore et disparaît, c’est la capacité même de prendre la contradiction comme un moteur du perfectionnement. Ce qui s’évapore et disparaît, c’est la capacité à échanger nos désaccords pour trouver sans cesse des voies médianes. SI l’on regarde l’état du monde, les pays qui se sont soumis aux débats et arrangements (sans dire qu’ils le faisaient parfaitement) ont acquis une meilleure situation que les pays où se pratiquaient une pensée unique, surveillée par la police ou le clergé, ou les deux. L’idée démocratique, la confiance dans le langage, s’évapore des esprits, l’idée d’avoir raison par le passage à l’acte augmente.

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Willem (France)
Dessins du site, excellent : https://www.cartooningforpeace.org/cartoonotheque/

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10 réactions à cet article    


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 12 juillet 09:23

    Bonjour,

    pas sûr qu’en se reportant au XIXe siècle, avec ses débats virulents, ses duels, ses morts parfois, ou plus proche dans les années d’après-guerre où les colleurs d’affiche se mettaient régulièrement sur la tronche, on trouve une situation plus apaisée.

    C’est le lot des sociétés libérales d’être considérées comme « faibles » par les société autoritaires ou unanimistes.

    Sauf que la guerre civile est souvent l’horizon des secondes.

    Et sauf que ça fait 2 siècles qu’on le dit, et que tant ont été enterrées, alors que les vieilles démocraties vermoulues sont toujours là.

    Il faut faire une distinction aussi entre les mots et les actes :
    sommes-nous réellement en voie de guerre civile ?
    les islamistes peuvent-ils prendre un pouvoir, ou les végans, ou d’autres ?


    • Jean Roque Jean Roque 12 juillet 10:09

       
       
      Quand a eu lieu le référendum démocratique pour le glands remplacement ?
       
       
      2100 : UE DE L’OUEST, 25-30% DE BLANCS
       
       


      • zygzornifle zygzornifle 12 juillet 10:31

        La démocratie s’évapore


        pour qu’elle s’évapore faut bien qu’elle ait existé a un certain moment ....

        • Albert123 12 juillet 12:10

          Ca tourne autour du pot pour ne pas appeler un chat un chat :


          les vegans, les féministes, les LGBT, les pro migrants sont gauchistes, comme tous les mouvements qui nous ont imposés des valeurs et des normes sans faire appel au débat et au vote,

          ceux qui ne supportent pas la contradictions et censurent sous couvert de lutte contre le fascisme sont des gauchistes (et pas besoin d’aller au delà d’agoravox pour le vérifier)

          Au même titre qu’il n’y aura jamais de justice avec l’égalitarisme (un concept gauchiste justement comme le célèbre « mur des cons »), il n’y aura jamais de démocratie avec le gauchisme qui est la seule source réelle du totalitarisme contemporain.




          • Orélien Péréol Orélien Péréol 12 juillet 12:23

            @Albert123 Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je ne parle d’aucun groupe dans la société, d’aucun de ses segments en particulier, je parle de l’accoutumance que l’on prend tous au fait que le débat n’est pas nécessairement la meilleure façon de se mettre d’accord et que se mettre du côte de ceux qui exercent les plus grandes violences peut convenir comme mode de résolution des désaccords et conflits. Cela dans un processus invisible que j’ai appelé par métaphore « évaporation ».


          • À rebours 12 juillet 14:16
            Ce qui est amusant avec les mouvements c’est de regarder d’où ils sortent ou qui les finance. J’ai juste le temps d’y aller superficiellement :

            Wikipedia :

            Veganism : « The first vegan society in the United States was founded in 1948 by Catherine Nimmo and Rubin Abramowitz in California »

            MLF : « Il est né dans le sillage du Women’s Lib américain, »

            LGBT : « LGBT History Month originated in the United States, and was first celebrated in 1994 »

            Gay Pride : « se rebellèrent contre les forces de police venues faire une descente au Stonewall Inn, un bar gay de New York » 

            On est dans la contre-culture américaine. Dans l’individu contre la société.

            « Ayn Rand est considérée comme la théoricienne d’un capitalisme individualiste ainsi que d’un libertarianisme refusant toute forme de coercition » (d’où la violence)

            Quant au Black Panther Party ou aux musulmans extrémistes en France, il ne fait aucun doute dans mon esprit que leur création procède de la même matrice.

            Les recettes éprouvées aux USA ont été mises en oeuvre dans leurs colonies européennes. Dans quel but ? Bon disons évaporation si c’est le mot qui vous convient.

            • Orélien Péréol Orélien Péréol 12 juillet 15:59

              @À rebours Je ne suis pas du tout dans cette idée du complot. Ce que je décris n’est pas un but des USA.

              Il est certes intéressant de connaître les financements des groupes d’opposition mais ce n’est pas ce que vous faites dans votre commentaire.
              Vous écrivez « il ne fait aucun doute dans mon esprit ». Je tâche de raisonner sur des faits pas sur de l’auto-persuasion.
              Je crois voir croître le nombre des gens qui explicitement disent ne pas vouloir le débat et qui le disent avec calme. Certes, il y en a eu déjà, les brigades rouges, la bande à Baader... (https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-decennie-rouge-ou-le-54429) mais cela n’agréait pas grand monde et concernait uniquement l’économie politique.
              Quand je raconte la jeune fille végan, bien née apparemment, celles et ceux à qui je m’adresse « comprennent » en général. C’est de ce phénomène que je parle.

            • À rebours 12 juillet 18:57
              Si vous voulez créer une société totalitaire sans bâtir de goulag, il faut que la société entière devienne un goulag. Que les gens se fliquent les uns les autres. Il faut notamment fliquer le blanc hétérosexuel qui tient la société
              Vous allez le fliquer en tant que : homophobe présupposé, raciste fantasmé, colonialiste imaginé, machiste présumé. Si vous voulez fliquer les fliqueurs, vous pouvez créer un Ku Klux Klan, une extrême droite ou ce que vous voulez.

              Et c’est fini. Tout est solidifié. Vous pouvez faire subir à la société en question tout ce que vous voulez. Tout le monde est attaqué partout. C’est la gouvernance par le chaos.

              Toute personne se revendiquant d’un communautarisme est un gardien de goulag.

              Quant à ce qui est dans mon esprit ça n’y est pas rentré par auto-persuasion. Lisez un peu.
              Dénoncer les effets comme vous les faites. Eh bien c’est mieux que rien.


              Je vous laisse méditer les paroles de Seale :

              The fight against male chauvinism is a class struggle— that’s hard for people to understand. To understand male chauvinism one has to understand that is it inter-locked with racism. Male chauvinism is directly related through the notion of sexual differences by race.

              Ben voyons.

              • Orélien Péréol Orélien Péréol 12 juillet 19:02

                @À rebours Vous pensez sincèrement que je ne lis pas !

                Je vous demande de commenter mon article.

              • À rebours 12 juillet 20:52
                Vous m’avez accusé de complotisme et d’auto-persuasion.

                Permettez que je fasse semblant de vous mépriser un peu. C’est de bonne guerre.

                Sur le corps de votre article je n’ai rien à contredire. Oui vous avez raison. Oui il se servent de la liberté accordée par la démocratie et la retournent contre elle. Oui ils ne supportent pas la liberté d’autrui ou la contradiction.

                Mais ces gens là n’ont pas été créés pour faire autre chose que ce qu’ils font. Pourquoi s’en étonner.

                Même quelqu’un comme Drac ne comprend pas qu’Houria Bouteldja, par exemple, est là pour susciter une violence symétrique à la bêtise/violence qu’elle déploie.


                La différence entre vous et moi c’est que je crois à l’ingénierie sociale. Complotiste si ça vous fait plaisir. Et donc je n’escompte pas que ces gens se comportent rationnellement ou débattent. Je cherche à quoi ça sert.

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