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Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale par Christophe Levalois

Christophe Levalois est enseignant, prêtre orthodoxe (1), rédacteur en chef du site orthodoxie.com. Ses derniers ouvrages portent sur le christianisme et la communication, ainsi que sur la place du sacré dans l’histoire des sociétés.

L’objet du livre est énoncé dès les premières lignes : « Les pages qui suivent présentent une sélection d’écrits récents, courts et incisifs. Ceux-ci proposent à la fois une présentation du christianisme orthodoxe aujourd’hui, de son développement et de son rayonnement actuel dans ceux-ci [les différents pays], mais aussi des éléments fondamentaux de sa tradition qui le distinguent des autres confessions chrétiennes, ainsi qu’une réflexion sur les défis, notamment les questionnements nés de la confrontation avec la société occidentale, plus généralement avec l’esprit dominant du monde moderne, notamment son matérialisme et l’individualisme qu’il diffuse. » Le programme se veut dense et ambitieux. Cependant, le livre reste accessible au plus grand nombre grâce au talent d’écriture de l’auteur.

Cet ouvrage s’articule autour de quatre grands thèmes : Le christianisme orthodoxe et l’Europe occidentale ; Eléments de la pratique et de la foi du christianisme orthodoxe ; Pour une communication qui mène à la communion ; Face aux défis du temps présent.

Levalois rappelle donc avec intérêt que «  la présence du christianisme orthodoxe en Europe occidentale à l’époque contemporaine est un phénomène qui n’est plus nouveau. En effet, on peut considérer globalement qu’il a deux siècles d’ancienneté, un peu plus ou un peu moins selon les pays. »

Il stipule également que « la démarche fut souvent la même dans la plupart des pays. Ce sont tout d’abord des communautés d’étrangers qui furent à l’origine des paroisses orthodoxes. Avec le temps, les générations suivantes, d’autres arrivées, les mariages mixtes et les conversions, ces communautés se sont intégrées dans la société d’accueil. La plupart du temps, elles ont conservé un lien avec le pays d’origine, lien juridictionnel, mais aussi culturel et assez souvent linguistique. »

Pour Levalois, l’orthodoxie représente un rempart face à la modernité désastreuse de notre époque. Il remarque : « En outre, en raison de l’importance primordiale de la tradition dans l’orthodoxie, qui est plurimillénaire, ces communautés observent naturellement une très grande réserve, et parfois expriment des critiques vigoureuses, vis-à-vis des évolutions du monde occidental, qui est également un modèle devenu, peu ou prou, planétaire aujourd’hui.  » Effectivement, l’auteur précise que « la tradition orthodoxe manifeste le souci de l’intériorisation de l’humilité, qui est à l’opposé des aspects volontiers tapageurs et exhibitionnistes de la société actuelle. »

Cet ouvrage répond à un fait convenu et admis, en savoir qu’en Europe de l’Ouest et dans le monde occidental d’une manière générale, l’orthodoxieest méconnue. L’auteur explique qu’il existe « une tension » spirituelle et culturelle, qui est « ancienne et profonde, mais surtout due à une incompréhension. » Il ajoute avec raison : « A part des spécialistes, des chercheurs remarquables et quelques personnes, l’Orient est peu connu en France, [et] c’est également vrai pour l’Europe orientale.  » Pourquoi sommes-nous dans cette situation ? Levalois propose la réponse suivante : « Cela s’explique notamment par le fait que l’enseignement scolaire n’offre qu’une place limitée aux cultures orientales et à leur histoire. C’est également vrai de la Russie. »

Il estime que certains remontent à Charlemagne pour expliquer cette fracture, « même si Anne de Kiev fut reine de France au XIèmesiècle. » Nous lisons ce propos avec intérêt : « La recréation d’un empire en Occident (conçu comme étant la résurgence de l’Empire romain, l’Empereur portant le titre d’empereur des Romains) a suscité une opposition à l’Empire romain d’Orient (un intitulé que nous préférons à Empire Byzantin, une création occidentale du XVIèmesiècle). Déjà, peu d’années auparavant, au concile de Francfort, en 794, sous l’impulsion de Charlemagne qui n’était pas encore empereur, le deuxième concile de Nicée, en 787, fut condamné. L’opposition était là principalement théologique, mais la rivalité politique n’est pas à exclure. » Nonobstant le sac de Constantinople de 1204, le dialogue « bien que difficile, parfois suspendu, n’était pas encore rompu. Par contre la chute de Constantinople, en 1453, consacre définitivement une rupture entre l’Occident et l’Orient chrétien. »

Aujourd’hui les relations sont plutôt apaisées, malgré les vicissitudes et les aléas des politiques internationales. Cependant, Levalois écrit : « Les Russes connaissent mieux la culture française que les Français la culture russe ». Il ne faut pas oublier qu’après la révolution de 1917, nombreux sont les Russes Blancs qui émigrèrent en France. Ce phénomène consolida l’appropriation culturelle et sociale des Russes à l’endroit des mœurs françaises que la francophilie des siècles précédents avait suscitée en Russie (la noblesse parlant et écrivant le meilleur des français). 

L’auteur regrette cette méconnaissance, car il estime que c’est regrettable de mettre ainsi « des distances avec des populations qui ont un préjugé très favorable vis-à-vis de nous, notamment en raison de notre héritage historique et culturel, mais aussi parce que nous sommes complémentaires, on le voit dans nos approches intellectuelles : la rigueur française d’un côté, l’ampleur et l’illimité russes de l’autre, qui produisent une fascination réciproque pouvant être fructueuse pour chacun. »

De fait, orthodoxes et catholiques se rejoignent dans leurs critiques au sujet des dérives de la science, de la société de consommation, et du divertissement, comme l’expriment les différents articles de Levalois. C’est pourquoi nous apprécions les différentes analyses au sujet des désastres provoqués par la modernité, notamment celles qui sont consacrées aux dérives de la communication. L’auteur rappelle le lien évident entre communication et christianisme. En effet, l’Eglise fut l’une des premières institutions à avoir eu recours à la communication comme facteur, entre autres, de cohésion sociale. Aujourd’hui, bien au contraire, les outils de communication, et particulièrement les réseaux sociaux, peuvent favoriser l’atomisation de la société et donc des individus – et les médias y contribuent largement, car ils le plus souvent loin de servir la vérité, dans quelque ordre que ce soit.

En fin de compte, ce livre commis par Levalois s’adresse à tous ceux qui désirent connaître les grandes lignes de l’histoire orthodoxe, ainsi que les prises de position des Eglises orthodoxes sur les sujets d’actualité les plus récents. Le style concis, direct et professoral de Levalois permet de comprendre aisément les idées qu’il développe. Il pense, et nous approuvons son propos, que « le temps du ressourcement est de plus en plus limité par une agitation constante qui épuise physiquement et psychiquement. » Lire cet ouvrage vous permettra d’échapper à cette doxaofficielle si abrutissante… et si peu ortho-doxa.

 

Franck ABED

 

(1) Orthodoxe, orthodoxus, issu du grec orthos, droit, et doxa, opinion. En matière de religion, l'adjectif « orthodoxe » qualifie ce qui est conforme à la doctrine, considérée comme une vérité. D’un point vue catholique, les orthodoxes sont ceux qui suivent le Pontife Romain.

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Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale par Christophe Levalois

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7 réactions à cet article    


  • Raymond75 26 juillet 12:53

    l’auteur précise que « la tradition orthodoxe manifeste le souci de l’intériorisation de l’humilité, qui est à l’opposé des aspects volontiers tapageurs et exhibitionnistes de la société actuelle »

    Quels sont les pays orthodoxes ?

    Wikipedia :

    "Les chrétiens orthodoxes sont surtout présents en Europe orientale (majoritaires en Russie, Ukraine, Biélorussie, Géorgie ; minorités dans les pays baltes) et dans les Balkans (Grèce, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Macédoine, Monténégro, serbes de Bosnie-Herzégovine), ainsi qu’à Chypre et les autres Iles de la mer Egée"

    Des pays qui sont en effet exemplaires !


    • V_Parlier V_Parlier 29 juillet 20:49

      @Raymond75
      Exemplaires ou pas, ce sont des exemples très différents que vous mettez tous dans le même sac, comme si je groupais les USA et l’Allemagne avec le Swaziland et le Zimbabwe parce-que là-bas ils sont protestants.

      Enfin, à titre d’exemplarité, où est la France ? Que vous la considériez Catholique, laïque ou autre, ça ne change pas la question.


    • Laconique Laconique 26 juillet 18:32

      Le cardinal Robert Sarah a publié trois ouvrages qui reprennent les mêmes critiques sur la modernité. L’un d’eux est intitulé, éloquemment, La Force du silence. Je vous les recommande.


      • Pierre Régnier Pierre Régnier 26 juillet 20:53

        Ni l’auteur de l’article ni, d’après ce que celui-ci en rapporte, le livre de Christophe Levalois, ne traitent d’une éventuelle prise de conscience des orthodoxes face à la durable conception criminogène des religions abrahamiques. Conception que toutes ces religions tiennent à garder sacrée.

         

        Le christianisme orthodoxe semble ainsi, dans cet article, aussi complice, même si c’est indirectement, que les autres religions « chrétiennes », de la théologie islamique qui alimente, elle, très directement, la violence effectivement commise au nom de Dieu, aujourd’hui, en Occident comme ailleurs dans le monde.


        • OMAR 26 juillet 23:25

          Omar9
          .
          Et voila que notre abrahamophobe avéré et attitré fait une crise d’athéisme
          « diabolicus » aiguë !!!
          .
          Il est vrai que "Tu aimeras ton prochain comme toi-même

          ..." est vachement criminogène,...
          .
          Surtout quand on sait que Mère Thérésa et l’abbé Pierre furent l’exemple parfait de l’abomination humaine et religieuse....


        • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 juillet 10:20

          @OMAR

          Même si c’est de manière sarcastique, en reproduisant la consigne divine qui résume le mieux le christianisme authentique, et en citant deux chrétiens particulièrement exemplaires vous confortez, Omar, ma démarche contre la trahison fondamentale des faux christianismes.

          Je vous en remercie.


        • V_Parlier V_Parlier 29 juillet 21:01

          La proximité (peut-être aujourd’hui révolue) entre Levallois et l’uniate(*) bandériste Arjakovsky m’a rendu très méfiant envers Levallois. Cependant dans cet article je ne vois rien qui choque. Bien sûr, ça va scandaliser tous les athéistes déchainés, les néo-païens et les libre-penseurs paranoïaques, mais bon c’est la vie...

          (*) Uniatisme : Plagiat d’orthodoxie (par les rites) par une église schismatique ukrainienne apparue pour la première fois vers 1600 et rattachée au Vatican pour raisons politiques. Depuis la seconde guerre mondiale, elle s’est illustrée par l’encouragement à la collaboration avec les nazis, ce qui lui a valu d’être ensuite réprimée, soi disant au profit de l’Eglise de Moscou.

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