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Un Dernier Testament pour le 21ème siècle ?

 Ce texte figure dans mon livre sur le Covid-19 disponible pour un éditeur sérieux qui voudra le diffuser (il suffit de me contacter pour un contrat après examen de son contenu). Son titre : Covid-19 Mystery Strain. Je prépare aussi un autre livre sur la science des virus (lire mes articles publiés ici à partir de février 2021).

 

 Le Dernier Testament

 

 1) Notre époque se plait à commenter dans l’instant les événements, inventant des récits aussi provisoire qu’une saison de série télé, avec des scénarios incertains balancés dans les médias tels les oracles des temps synchronisés. Les chaines en continus sont les nouveaux temples de Delphes. La première vague du Covid et l’expérience du confinement..........

 

 2) Quelque 700 ans avant notre ère débutait ce que le philosophe Jaspers désigna comme période axiale. Cette thèse plus ou moins controversée énonce l’apparition de sagesses universelles dans plusieurs lieux de la planète, en Chine, en Perse, en Palestine et en Grèce. En fin archéologue de la pensée, Heidegger porta une attention soutenue aux philosophes présocratiques pour déceler un moment énigmatique dans la Grèce classique, celui de l’oubli de l’être..........

 

 3) Le Nouveau Testament est le livre canonique pour un christianisme scindé en trois grands courants complétés par des variantes cultuelles anciennes..............

 

 4) La période moderne ressemble à une histoire vénérant une nouvelle divinité des plus abstraites, le Temps. L’histoire a décollé avec Dieu vers 1700, entre Leibniz et Vico puis elle s’est décollée de Dieu pour coller au Temps. Hegel fait figure de premier de cordée dans cette ascension vers un salut placé entre les mains des hommes acteurs et producteurs. Les philosophies modernistes............

 

 5) Un Testament suppose qu’une volonté soit exprimée, une volonté sans sujet, une volonté rédigée par un auteur ou plusieurs, composé d’instructions et de fins à attendre, à réaliser, avec un délai indéfini. Nous connaissons le testament...........

 

 6) Les testaments, récits et autres codes source ont été transmis de générations en générations par une catégorie d’individus identifiés comme des pères, des maîtres, des éducateurs, des professeurs, des docteurs.........

 

 7) Et maintenant la question ultime sur un Dernier Testament qui ouvre (ou interprète) ce qui n’a pas encore été ouvert et Dieu sait si l’ouvert s’est dégagé avec le travail de pensée des philosophes et les expériences spirituelles conduites par les sages depuis la période axiale. Autrement dit, que contient le livre de Dieu et comment le lire ? Seule la gnose peut accéder à cette lecture, en s’aidant des grilles déjà disponibles. Un Dernier Testament suppose que l’on regarde avec attention l’héritage des testaments passés, qu’ils soient religieux, spirituels ou philosophiques. Si cette formule n’avait pas été dégradée par un usage politicien de basse facture, nous pourrions revendiquer un droit d’inventaire sur ce qui a été réalisé ou pas par les hommes se réclamant d’un testament. Et pour nous Européens, le Nouveau Testament et le christianisme occupent une place centrale, disputée seulement depuis le XVIIIe siècle avec le progrès éclairé par les lumières de la religion naturelle, de la Raison puis de la Science. L’inventaire éthique ou moral ? Sans doute une appréciation dans la sphère des valeurs, sorte de jugement dernier prononcé après instruction d’un procès par une confrérie de sages. Juger les actes, les décisions, les voies empruntées, les destinations accomplies, les œuvres et surtout les âmes.

 Juger pour préparer l’avenir en regardant vers le meilleur de l’Histoire, en répétant l’ancien ou en laissant une ouverture vers l’inattendu. Encore faut-il que les consciences s’ouvrent vers l’espérance inconnue tout en contemplant les joyaux du passé. Notre époque ne sait plus vivre avec le passé ni avec l’avenir ; elle avance avec le retour sur expérience, l’inventaire, le débriefing et pour ce qui est du futur, elle use de prospectives, anticipations, projections, simulation. Dans la sphère éthique, le jugement est moral ou éthique. Pour les chrétiens, le jugement dernier arrive à la fin des temps, avec une équivoque sur ceux qui sont jugés, les hommes et leurs actes, paroles ou bien chaque âme. Toujours est-il que le jugement est aussi un acte permettant de regarder le passé pour faire le point, comme cela est prévu lors de la célébration du grand pardon par la communauté juive. Faire le bilan, accepter ses fautes, pardonner et aller de l’avant. L’autre grande fête juive, hanoucca, célèbre l’espérance et la lumière qui ne disparaît jamais. On peut aussi en la considérer comme un sens profond sur la persistance des valeurs qu’il faut préserver, comme s’il faillait veiller sur une flamme guidant nos destinées vers un « meilleur ».

 L’Histoire, si elle n’est pas détournée de son usage, peut servir d’éclairage. Elle aurait trois fonctions selon les dires de Nietzsche consigné dans un écrit de jeunesse fort remarquée. L’histoire traditionnelle est l’apanage des antiquaires et sert à préserver l’identité d’un peuple ou d’une nation. L’histoire critique permet de lire et interpréter correctement le sens des événements. L’histoire monumentale est mobilisée pour projeter les hommes dans l’action. Nous pouvons déceler une figure ternaire apparentée à la sainte Trinité. La tradition représente la figure du Père mais dans sa forme originelle, comme un patriarche nous léguant son héritage, nous venons du Père, nous venons du passé, de nos pères, ancêtres. La critique renvoie à l’Esprit, le Paraclet, la figure de l’intercession, de l’avocat, du jugement. L’histoire monumentale traduit la mobilisation de la puissance, l’action, l’événement et donc dans une certaine interprétation, elle épouse la figure du Fils.

 L’étude des sociétés et de la politique nous enseigne que l’on peut faire un bon usage, régulier, de l’histoire ou s’en servir en la dévoyant. L’histoire traditionnelle est utile car elle donne un sens aux sociétés, elle inscrit ses membres dans un héritage, elle confère un sens, une identité sans laquelle aucune communauté ne peut vivre. Les historiens préoccupés par les origines chrétiennes de l’Europe sont dans leur légitimité. En revanche, cette histoire est dévoyée lorsqu’elle motive le conservatisme excessif que l’on désigne aussi comme traditionalisme ; autrement dit, le refus du présent qui avance et la volonté de revenir à un ordre passé révolu. L’histoire critique est utile quand elle s’efforce de ne pas prendre parti pour un camp ou l’autre et tente de comprendre pourquoi les événements se sont produits, de quelle manière et en vue de quoi les acteurs se sont mobilisés. Cette critique est dévoyée quand elle fausse les faits, comme dans le révisionnisme, qu’elle réinvente le passé ou alors lui donne un sens faussé en ne regardant qu’un aspect des choses, celui qui colle avec la thèse que l’on défend. Nous en avons des exemples sous les yeux avec la commémoration de Napoléon, ou bien les polémiques à répétition sur l’esclavage et la colonisation. L’histoire monumentale peut être utile pour donner un élan au combat, à la progression, à l’action. Elle est dévoyée quand elle devient aveugle et qu’elle sert les élans de puissance, comme on peut le constater avec les jeux suspects du président turc Erdogan.

 

 8) Pour nous Occidentaux, Européens ou lointains, filles et fils du Livre, l’Histoire s’écrit aussi avec le divin, les œuvres inspirées. Une triple lecture du Livre est utile mais quelle serait-elle ? Elle aurait l’intérêt de proposer un mode d’usage ou de relation face à un Testament, l’ancien, le nouveau voire le dernier qui arrive d’ici peu. La lecture traditionnelle est une remémoration des faits remarquables, épiphanie, théophanie, le buisson ardent pour Moïse, le baptême dans le Jourdain pour Jésus, et quelques autres, échelle de Jacob, Lazare ressuscité… Et pour les œcuménistes soucieux des trois monothéismes, la liste s’élargira avec la montée au ciel de Mahomet en compagnie de l’ange Gabriel. La lecture traditionnelle inscrit dans l’histoire une série de personnages remarquables, la plupart figurant dans l’Ancien Testament. A ce titre, la transfiguration du Christ est hautement symbolique, avec de multiples interprétations effectuées par les exégètes. Au cours de cet épisode, le Christ apparaît avec les figures de Moïse et Elie, deux personnages majeurs dans le récit testamentaire, symboles de l’espérance pour l’un et de la foi pour l’autre. Elie est d’ailleurs le prophète le plus cité dans le Nouveau Testament qui fait également référence à Isaïe, symbole du combat et du chemin. Cette fois, un usage monumental du récit se dessine ; comme l’indique le prologue de l’Evangile selon Marc :

 

 « Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète :

Voici, j’envoie devant toi mon messager, qui préparera ton chemin ;

C’est la voix de celui qui crie dans le désert :

Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers.

Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés.

Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain.

Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Il prêchait, disant : Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers. » (Marc ; I, 1)

 

 La lecture monumentale de la Bible est une évidence. Les allusions au combat, à la persévérance, à la puissance du chemin, figurent dans de nombreux textes et surtout l’Isaïe où le mot « chemin » apparaît 25 fois. Dans les Evangiles, le sens monumental est explicite à travers la figure du Christ libérateur. Plus précisément, l’affranchissement est incarné dans la figure du Fils, alors que l’Esprit est révélateur de Vérité et que le Père représente la rédemption, la destination finale, le salut.

 Une lecture critique des Testaments permet d’accéder aux vérités théologiques. Par critique je renvoie à la formule de Nietzsche appliquée à l’histoire. Bien évidemment, cette lecture est en réalité gnostique, permettant d’accéder aux vérités théologiques contenues dans les extraits du Livre consacrés aux recensions et explication des « phénomènes » dans lesquels le divin est pour ainsi dire partie prenante. Ces vérités sont de deux types, elles concernent l’articulation entre l’immanence et la transcendance, avec au centre le mystère de la Trinité pour les chrétiens. L’autre type de vérité concerne le temps. Le mystère du Temps si l’on veut, dont s’est saisi Heidegger avec des résultats provisoires.

 

Le Temps, parlons-en. Il se dessine aussi à travers la trinité d’une manière assez étonnante. Suivez ce schéma ;

Père → Esprit → Fils → Père

Telos → Kosmos → Kronos → Telos

Le principe du Père est à l’origine des « choses », principe de la mémoire, encore faut-il mémoriser quelque chose et donc agir, faire événement et c’est le principe du Fils, du temps chronologique, du Kronos. L’Esprit est ce qui permet de révéler un sens tout en équilibrant les choses dans l’univers, il est le Kosmos.

 

 9) Qu’en est-il du religieux au XXIe siècle ? La question est équivoque. Nous devrions questionner le religieux comme fait sociologique, avec les pratiques, les usages, ce que les fidèles font, ce à quoi ils croient, et le fait proprement religieux, autrement dit, le divin faisant irruption dans le monde, les consciences, offrant la révélation et la grâce. Le fait sociologique est aussi un fait historique et même politique parfois. Les religions en tant qu’elles représentent la source de pratiques morales et communautaire, ne se distinguent pas des idéologies. On retrouvera les mauvaises manières de l’usage traditionnel. Un schéma devenu courant qui dans son zone européenne et orientale se manifeste à travers les courants traditionnalistes, les intégristes catholiques, les salafistes, les wahhabites, les juifs orthodoxes. On retrouve ces mêmes usages chez les nostalgiques du nationalisme, du communisme. L’usage monumental se manifeste aussi dans les marges. Pour les chrétiens, cet usage s’est effacé lentement depuis les croisades. Le djihadisme contemporain traduit le dévoiement de l’Islam, alors que le judaïsme a lui aussi ses déviances affiliées à l’usage « monumental » de la religion poussant les fidèles vers un extrémisme accompagné de violences. Ces remarques signalent une chose fondamentale et même universelle ; le fait religieux, en tant qu’il concerne l’homme terrestre, est principalement un fait politique, ainsi qu’un déterminant historique. Aux religions anciennes se sont superposées à l’époque contemporaine les religions politiques laïques que furent les nationalismes et le communisme.

 L’ère du Dernier Testament impose d’en finir avec les égarements et le dévoiement des religions, utilisées comme instruments à visée politique. Le Dernier Testament pourrait être « un livre pour tous et pour personne », habile formule utilisée par Nietzsche pour présenter son Zarathoustra. Un livre qui parle de la relation avec un Dieu ineffable, mais au présent, qui éclaire le monde, sans doute en réinterprétant la Trinité, en élargissant au cosmos, à la gravité quantique, en vue d’une nouvelle alliance entre l’homme et la Nature, tout en regardant différemment l’ancienne alliance entre l’homme et Dieu. Une métaphysique de la lumière. Celle qui réconforte, accompagne les bienheureux, celle qui éclaire l’esprit, conduit vers la révélation et la vérité, celle qui électrise la puissance, faisant de la vie un chemin, un combat, comme cela est écrit dans l’Isaïe mais aussi les manuscrits non testamentaires retrouvés dans la grotte 4 de Qumram.

 Père, Esprit et Fils, grâce, vérité et liberté. Dernier Testament, la Lumière pour tous et pour personne. L’avènement de la Liberté et de la Vérité contient la promesse d’un règne de l’amitié. Le Dernier Testament s’adresse à chacun, il n’est pas fait pour être instrumentalisé à des fins sectaires, communautaires, politiques. C’était déjà le cas pour le Nouveau Testament.

 


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13 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 2 avril 09:22

    « Mon royaume n’est pas de ce monde »...

    Que pourrait faire Jésus d’êtres aussi résolument embourbés dans la matière ?


    • Furax Furax 2 avril 12:36

      Merci pour ce très bel article, ouvert sur l’espérance, enfin !

      https://twitter.com/jsf_president/status/1377707561210761216




        • Furax Furax 3 avril 00:20

          @Furax
          Mon meilleur commentaire !
          Merci aux connaisseurs qui l’ont apprécié...
           smiley


        • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 2 avril 14:03

          « Volonté, c’est ainsi que s’appellent le libérateur et le messager de joie... Partout où j’ai trouvé quelque chose de vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance. », Ainsi parlait Zarathoustra


          • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 2 avril 14:06

            Mais, soyons réaliste, je ne suis pas sûr que ce soit « la promesse d’un règne de l’amitié » que du contraire. smiley


          • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 2 avril 14:39

            Puisqu’il est question ici de dieu et de religion :

             

            La peur c’est de la foi inversée : la foi dans le mal.
             
            Le port du masque, les « gestes barrières » les confinements, les couvre-feux sont la liturgie de la nouvelle religion imposée par le Nouvel Ordre mondial qui se met en place et qui tient en trois mots : Buil Back Better, et dont le sacrement suprême est la vaccination.

             


            • astus astus 2 avril 16:54

              @Francis, agnotologue « La peur c’est de la foi inversée : la foi dans le mal. »

              Je ne pense pas que cette formule soit bien juste car la peur est une émotion face à un danger réel ou imaginaire, ce qui n’a rien à voir ni avec la foi ni avec le mal. Quant à la foi cela désigne surtout une confiance ou une croyance dans un système de pensée, ce qui n’a rien à voir ni avec la peur ni avec le mal.

              Cdlt.


              • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 2 avril 18:25

                @astus
                 
                 la confiance en l’a-venir  c’est la foi dans le bien. La peur en tant que contraire de la confiance, est bien la foi dans le mal.


              • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 2 avril 18:26

                 BRP :
                 
                Le port du masque, les « gestes barrières » les confinements, les couvre-feux sont la liturgie de la nouvelle religion imposée par le Nouvel Ordre mondial qui se met en place et qui tient en trois mots : Buil Back Better, et dont le sacrement suprême est la vaccination.


              • zak5 zak5 3 avril 04:06

                « ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis » (Baudelaire)


                • Jean Keim Jean Keim 3 avril 08:14

                  << Un Testament suppose qu’une volonté soit exprimée, une volonté sans sujet, une volonté rédigée par un auteur ou plusieurs, composé d’instructions et de fins à attendre, à réaliser, avec un délai indéfini. Nous connaissons le testament...........>>

                  Tous les livres ont été écrits par ceux qui tenaient le « crayon », l’essentiel est ailleurs.

                  Les mots et les phrases constituent un bruit de fond, nous naissons dans le silence, nous mourrons dans le vacarme.


                  • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 5 avril 23:10

                    Et s’il fallait renoncer à être sauvé ?

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