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Du Capitole à la Bastille

En présence des évènements récents aux USA, limiter son analyse aux USA c'est commettre une faute politique grave. La situation socio-politique est analogue en Europe et plus particulièrement en France à celle des USA. En outre la différence entre Trump et Macron est mince : ils se sont fit élire uniquement pour satisfaire leurs intérêts (financiers, narcissiques, mégalomaniaques...).

Les récents évènements aux États Unis d’Amérique : l’appel du président vaincu à ses supporters, l’envahissement du Capitole devrait amener la classe politique et les journalistes plus à réfléchir aux causes qui ont amené ce pays à cette situation, et aux conséquences, plus qu’à commenter l’atteinte aux symboles et à larmoyer sur la Démocratie.

Contrairement à ce qu’a déclaré le président Macron, preuve une fois de plus de son inculture, la Démocratie n’a rien d’universelle et surtout rien de définitif, et si on peut historiquement dater son avènement aux USA et en France ces deux pays ne sont en rien dépositaires de quoi que ce soit qui s’imposerait aux autres. Je ne développerais aucun commentaire sur le fait que Monsieur Macron a prononcé son discours devant le drapeau américain : incongru, inapproprié, stupide et ridicule. Comme l’a rappelé Joe Biden, la Démocratie appartient au Peuple, les gouvernants ne reçoivent qu’un mandat pour faire fonctionner les institutions au service du Peuple. Ce qui rappelle cette phrase d’Albert Camus : « La démocratie n’est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité. » Les gouvernants ne sont pas aux commandes pour mettre en place leur « idéologie » mais pour installer le « bien être » comme le suggérait Saint-Just en 1794 : « Que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux, ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu’il y propage l’amour des vertus et le bonheur ! Le bonheur est une idée neuve en Europe ». Ce qui était une idée neuve à l’aube du 19e siècle est devenu une idée éculée au 21e siècle où les « financiers » ont remplacé les propriétaires de jadis, et les riches d’aujourd’hui ont remplacé les aristocrates et les nobles d’antan.

C’est dans ce grand retournement des positions idéologiques et de l’installation d’une nouvelle aristocratie financière mais aussi culturelle, parfois les deux, que la Démocratie perd son sens pour une grande partie des populations qui ne sentent plus représentées ni même prises en compte par les politiciens. Trump a su voir, comme d’autres dans le monde et notamment en Europe, et saisir ce désarroi, cette désespérance et cette perte de confiance dans la classe politique comme dans celle des journalistes. Il a su s’en saisir pour accéder au pouvoir pour son intérêt personnel ; peut-être pourrait‑on voir une certaine analogie avec l’accession au pouvoir de Hitler qui avait su se saisir de l’humiliation et du désastre économique provoqués au détriment du peuple allemand par le traité de Versailles. Aujourd’hui, dans « les démocraties occidentales » ils sont nombreux ceux qui se sentent humiliés, méprisés, rejetés par une élite qui ne cherche qu’à satisfaire ses désirs de consommation, de vacances et surtout d’enrichissement. Les quelques poignées de cacahuètes que peut distribuer un E. Macron ne calment ni la rancœur ni le désespoir, et la haine et la colère s’installent puis grandissent.

Il est temps de réfléchir aux causes qui ont amené de très nombreux Américains à rejoindre Trump, qui amènent dans le monde et notamment en Europe depuis près de 40 ans les plus humbles non seulement à renoncer au vote pour les partis de gauche au profit des mouvements de droite voire d’extrême droite, et qui éloignent les gens des bureaux de vote. Aux États‑Unis comme dans le reste de l’Europe et en France ce sont entre 4 et 8 % des gens en âge de voter qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales, ce sont entre 50 % et 70 % des électeurs qui s’abstiennent de participer aux élections, et il faut ajouter ceux qui votent blancs parmi ceux qui votent ; finalement l’électorat exprimé ne représente guère que 20 % à 30 % de la population en âge de voter, ce qui amoindrit fortement la légitimité de ceux qui sont élus et devrait les obliger à laisser de côté leur programme électoral et à répondre aux aspirations de la « minorité » qui devient de fait la majorité.

Trump a gagné 12 millions d’électeurs entre 2016 et 2020, parmi eux 22 % approuvent l’envahissement du Capitole et 77 % sont opposés à l’ouverture d’une procédure d’impeachment, 44 % approuvent les actions de Trump et seulement 15 % approuvent le travail du Congrès (représentants et sénateurs). Son électorat n’est pas insignifiant : 46,91 % des votants, 51,38 % en faveur de Joe Biden et 1,71 % pour les 3 autres candidats (qu’on oublie trop souvent). Comme en 2017 en France, ces chiffres s’établissent à partir d’un électorat exprimé qui s’est limité à 66,13 % de l’électorat potentiel des USA. On pourra toujours se cacher derrière les chiffres de l’élection des grands électeurs qui rapportés au vote populaire donnent 58,88 % en faveur des 306 grands électeurs pro‑Biden, contre 43,12 % en faveur des 232 grands électeurs trumpistes. Ces chiffres montrent que l’électorat en faveur de Trump est loin d’être insignifiant, que le taux de participation au vote n’est pas extraordinaire même s’il est passé de 58 % en 2016 à 66,13 % en 2020 (mais il faut remonter à 1900 pour atteindre 70 %). On ne peut donc pas se satisfaire d’une analyse (si c’en est une) qui ne prendrait en compte que l’élection des grands électeurs et des membres du Congrès, ni même se contenter de saluer la victoire de Joe Biden. La victoire de Biden doit être lue à la lumière de l’abstention (34 %) et du faible écart du vote populaire : 4,5 % de voix de plus que pour Trump, ce qui est bien mais pas exceptionnel. En outre il en grand temps, voire urgent, de prendre en compte la modification de la sociologie des électorats ; alors que traditionnellement, aux USA comme en Europe, les « classes populaires » votaient démocrates (en Europe à gauche) elles votent aujourd’hui, quand elles ne s’abstiennent pas, pour les conservateurs ou la droite voire la droite nationaliste.

La situation en France est identique, et ce que viennent de vivre les USA pourrait bien arriver en France en 2022 ou avant. Certains se gaussaient des « printemps arabes » et d’autres mouvements populaires comme les Gilets Jaunes, bien qu’aucun n’a de valeur prédictive ou même de préfiguration en eux‑mêmes, leur multiplication, leur résurgence et aujourd’hui la situation des USA devraient alerter les politiciens et les « élites » européennes sur la lassitude et le désespoir des classes populaires. Les incantations larmoyantes de Monsieur Macron, les éructations autoritaristes de Darmanin, les éclats grand-guignolesques des députés et sénateurs LREM et LR, les discours humiliants et fascisants de certains élus comme Questel, Ciotti ou Retailleau, outre qu’ils ne grandissent pas la classe politique, ne règlent pas la situation et ne font que jeter de l’huile sur le feu du désespoir et de l’exaspération populaires.

Le plus surprenant c’est l’aveuglement des médias, mais les journalistes appartiennent à la même élite et au même microcosme que les politiciens. Quand on voit le nombre de reportages au JT de 20h sur France2 qui font l’apologie de la richesse : les séjours à Dubaï ou aux Caraïbes pendant la période du CoViD, et d’autres, on comprend que le regard des journalistes ne se porte pas sur les humbles. Mark Thompson rappelait (Le Monde, 11 avril 2017) : « Nous devons continuer à décrire le monde tel qu’il est et pas tel que nous pensons qu’il devrait être » ; or un observateur voit à partir de ce qu’il est et en fonction de ce qu’il perçoit de ceux vers qui il portera le résultat de son observation, donc il voit le monde à partir de son microcosme et a tendance à penser que le monde se limite ou se réduit à son microcosme (c’est vrai pour tout un chacun). Déjà en 2016, Margaret Sullivan, éditorialiste au New York Times, soulignait cet aveuglement et ce « réductionnisme analytique » au lendemain de l’élection de Donald Trump : « Les journalistes, diplômés, urbains, et pour une bonne part, libéraux, sont encore susceptibles de vivre et travailler dans des villes comme New York, Washington ou sur la côte Ouest. Et, bien que nous nous soyons tous rendus dans les États les plus favorables aux Républicains, ou que nous ayons interviewé des mineurs ou des chômeurs de l’industrie automobile dans la Rust Belt, la région ouvrière du Nord-Ouest des États-Unis, nous ne les avons pas pris au sérieux. Ou pas suffisamment  ».

Chacun, Monsieur Questel en particulier, avant de vitupérer et d’insulter les membres de la France Insoumise et les Gilets Jaunes, devra s’interroger sur ce qu’est une démocratie qui n’est pas au service du peuple, notamment le plus humble. Est-elle une démocratie ?


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4 réactions à cet article    


  • binary 9 janvier 21:56

    Je ne comprends pas que l on se contente de donner des stats électorales américaines avec seulement 2 décimales, alors que 4 ou 5 serait du meilleur effet pour être totalement crédible. La précision des dominion le vaut bien.


    • Jean-François Dedieu Jean-François Dedieu 10 janvier 09:52

      Bonne analyse bien documentée. Merci l’auteur !


      • pipiou2 10 janvier 14:45

        On donne beaucoup trop d’importance à cet événement du Capitole qui n’est le fait que de quelques milliers de personnes.

        Evitez d’en tirer des généralités hatives.


        • Olivier Perriet Olivier Perriet 11 janvier 11:41

          Ce qui rappelle cette phrase d’Albert Camus : « La démocratie n’est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité. »

          On aime bien jouer sur les mots.

          La démocratie ce n’est pas le pouvoir de la minorité, même si la majorité doit faire des compromis. Ce n’est pas se proclamer vainqueur à priori...

          22% des électeurs de Trump approuvent l’envahissement du Capitole ?

          Autrement dit 78% désapprouvent cet ultime spasme débile.

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