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Accueil du site > Actualités > Société > Et si tout basculait vraiment ?

Et si tout basculait vraiment ?

Pourquoi persister à soumettre la vie aux exigences de la production alors que celle-ci devrait être « subordonnée au déploiement des formes de vie » ? L’historien Jérôme Baschet prône un basculement hors du totalitarisme marchand par un « démantèlement de l’actuel système productif-destructif » afin de passer du « quantitatif de l’économie vers le qualitatif du bien-vivre de tous ».

Depuis un an, l’humanité a basculé dans un autre "ordre de réalité" (?) et se retrouve entraînée dans une spirale de « rupture », au bord d’un effondrement maintes fois claironné à l’envie par les déclinistes, effondristes et autres collapsologues - mais pas certain pour autant... Après avoir vécu sous la « dictature de l’urgence » amplifiée par ses « outils informatiques », l’espèce présumée humaine, mutante en homo digitalus voire homo illimitatus, se voit assignée plus que jamais devant ses écrans, en mode « télétravail » voire « téléprésence » dans le « meilleur des mondes » interconnecté. Serait-ce dans le chaudron refroidi d’une économie mise à l’arrêt.

Mais « l’essor fulgurant des pratiques numériques qu’a entraîné le grand confinement planétaire » s’avère un hallucinant pourvoyeur de dividendes pour les acteurs d’un « virtuel » qui n’en finit pas d’étendre son empire sur les vies et les libertés de chacun ainsi que sur tout le vivant.

 

Le « coeur battant du capitalisme »

L’historien médiéviste et contemporanéiste Jérôme Baschet enseigne depuis 1997 à l’Universidad Autonoma de Chiapas, à San Cristobal de Las Casas (Mexique). Il y expérimente un « modèle » zapatiste et des formes d’organisations alternatives pour faire advenir un monde postcapitaliste où il y ait « place pour de nombreux mondes ». Il s’agit, au-delà de la reconnaissance de « la multiplicité des mondes », de renouer avec une conscience commune tant du tissu d’interactions du vivant et d’interdépendances des écosystèmes que de notre condition planétaire. Or, « l’accélération de la mise en place de la connectivité généralisée (intelligence artificielle, robotisation, objets connectés, véhicules autonomes, smart cities, etc) » connue sous le nom de « révolution numérique » amplifie et achève la dévastation induite par la compulsion productiviste jusqu’au stade ultime de la « déréalisation ». L’industrie pétrolière n’est plus le « coeur battant du capitalisme » et la ruée vers les profits financiers n’est plus soutenue par une « production » réelle, mais par la dilapidation d’une énergie monétaire tirée sur l’avenir dont la charge fait ployer une armature d’irréalité pas moins écrasante - voire davantage que celle de la société thermo-industrielle en sursis, irriguée par les énergies fossiles... Si c’est toujours « demain qui paiera », comment le pourrait-il encore lorsque nos lendemains sans avenir qui déchantent déjà sont évidés de leur substance vitale ?

Pour autant, Jérôme Baschet se refuse à envisager le scénario fatal de l’effondrement total, quand bien même celui du système actuel serait d’ores et déjà acquise, compte tenu des chimériques « exigences de valorisation, de croissance et de maximalisme productiviste » d’un capitalisme prédateur. Pour l’ancien maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), « parler de basculement permet d’amplifier l’ouverture des possibles  », une fois admise l’évidence que « la seule limite vraiment absolue du capitalisme, c’est l’extinction de l’humanité à laquelle, en effet, il pourrait bien conduire »...

Ce qui pose d’évidence et d’urgence la question des limites communes – comme celles de l’intolérable et de l’insoutenable, en principe communément admises mais bel et bien perdues de vue en quatre décennies... Pour conjurer cette possible extinction de l’espèce au sommet de la chaîne alimentaire, il serait pour le moins inutile voire contre-productif de tenter de spéculer sur les mirages d’une économie « décarbonée » ou d’un « capitalisme vert » qui ne feraient que précipiter l’artificialisation, la dégradation et la destruction du vivant et « pousser la pulsion d’illimitation » jusqu’à d’extrêmes folies transhumanistes.

Le « coup d’avance » du gamer compulsif est-il seulement envisageable à ce stade de décroissance et de délitement avancés ? Car la « transition énergétique », présentée comme « écologique », dissimule la face sombre de son coût environnemental, économique et humain : « Sous l’égide des logiques capitalistes, elle serait étroitement associée à une accentuation des processus de marchandisation, étendus plus encore qu’aujourd’hui à la nature elle-même  »... La « numérisation totale des univers de vie » ne peut « verdir » ni escamoter comme par miracle l’étendue de ses dévastations – pas davantage que l’homo illimitatus ne pourra durablement faire ployer le réel à son désir d’illimitation : « On ne peut pas attendre de l’écologie du capital qu’elle soustraie la nature à la froide logique comptable de l’économie ; elle entend, bien au contraire, la lui soumettre plus complètement que jamais (...) Il est clair que la très particulière écologie du capital ne ferait alors que perpétuer voire amplifier le règne de la quantification et de la marchandisation, de la dépossession et de la perte de sens, de la vie appauvrie et de l’abrasement des mondes sensibles ».

Dans un système où l’on produit pour produire, « parce produire est la source du profit qui permet que le capital se transforme sans cesse en davantage de capital  », il importe de réaliser enfin que « réparer le monde est le premier point d’ancrage du commun pour les multiples mondes qui l’habitent  ».

Ainsi peuvent s’articuler limites communes, existence communale, bien-vivre et condition planétaire.

 

En finir avec la « société de la marchandise »...

Jérôme Baschet propose de désactiver la « matrice productiviste du capitalisme ». Celui-ci ne doit pas être appréhendé seulement comme un système économique mais compris comme un « type de société organisé autour de et pour la production marchande  ». Comment faire advenir un « univers débarrassé de son impératif de croissance et de l’obligation d’innovation illimitée qui se retourne contre le vivant » si ce n’est par des « modes de construction qualitativement différents  » de la réalité collective ? « Se décapitaliser » suppose de « rompre avec la centralité des déterminations économiques de la société de la marchandise », avec ses « logiques purement comptables » et sa « soumission au travail » ainsi qu’avec nos habitudes consuméristes. Cela suppose aussi de « se défaire d’ego hypertrophiés » par des pratiques d’auto-organisation collective, des capacités techniques éprouvées et des « subjectivités coopératives rompues à l’art de faire ensemble ».

Que reste-t-il quand s’est dissipé le mirage de « l’économie » ? Tout simplement la vie « des hommes et des femmes qui interagissent avec la matière du monde vivant et non vivant pour s’alimenter, se vêtir, créer des lieux habitables, se rencontrer et déployer la suffisance intensive du bien-vivre  »... Il n’y aura pas de « sortie du capitalisme sans abolition du travail salarié et de la notion même de travail  » : Jérôme Baschet y voit la condition préalable pour « restaurer l’unité du faire humain dans tous les domaines ».

L’auteur de Adieux au capitalisme (La Découverte, 2014) insiste sur l’urgence de « briser la logique de la valeur qui ramène tout à de pures quantités » et à la gouvernance par les nombres. Pourquoi exiger que sans cesse ni répit « l’argent investi se transforme en davantage d’argent » si cela ne contribue pas à l’amélioration de la condition humaine ? Suffirait-il, pour sortir de la « centralité écrasante » d’une économie dite « capitaliste », de considérer les décisions à prendre collégialement non plus comme « économiques » mais de les vivre en conscience comme de « véritables choix de vie » ? Cela supposerait un véritable saut de conscience quantique. Si elle permet de trancher les fils et le câblage de marionnette qui pèse sur les épaules et la colonne vertébrale de chacun, cette conscience-là serait le point d’appui et le levier pour une toute autre qualité de présence au monde, à la manière d’une naissance à soi et à l’altérité bien comprise...

Il existe déjà dans l’Etat de Oaxaca (Mexique) une telle manière de vivre un autogouvernement populaire « fondé sur un lien étroit au territoire » ainsi que sur des « pratiques de réciprocité et de construction du commun ». Cela s’appelle la « communalité » et se vit comme un « bien-vivre communal » dans cette convergence entre « capacité coopérative, art de prendre soin du collectif et épanouissement des singularités individuelles ». Ainsi, il y aurait, au-delà de « l’ici et le maintenant » dit « néolibéral », une vie désirable s’épanouissant en des espaces susceptibles d’être libérés en « mondes communaux » ?

Pour l’heure, cette vie désirable tente de s’affirmer en poussées saxifrages dans « les interstices de la domination économique  » et de la compulsive dévastation productiviste en cours. Dans ce contexte de « restrictions » des « mobilités » et des « accès », la ruée vers de tels « espaces libérés » du Mexique ne serait guère soutenable.

En revanche, serait-il envisageable que ces temps de destruction et de confinement planétaire puissent être vécus aussi, dans un tout autre « ici et maintenant » respirant et libéré, comme ceux d’une révélation et d’un véritable « voyage intérieur » menant l’homme enfin chez lui ?

 

Jérôme Baschet, Basculements – Mondes émergents, possibles désirables, La Découverte, 256 p., 15 €


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30 réactions à cet article    


  • JPCiron JPCiron 12 mai 16:57

    Le NeuroPsychiatre Boris Cyrulnik analyse :

    « En commandant à toutes les formes du vivant, les plantes, les cours d’eau, les animaux et les êtres humains, nous avons créé la culture de la domination qui nous écrase tous. »

    « Il nous faut reprendre un cap, une nouvelle direction, car nous venons de comprendre à l’occasion de la pandémie qui vient de frapper la planète que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, il n’est pas supérieur aux animaux, il est dans la nature. »

    « La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd’hui ne produit que du malheur. »

    « Une étoile du Berger nous indique la nouvelle direction vers l’unité de la Terre et du monde vivant. »

    Ouvrage ’’Des âmes et des saisons" Odile Jacob 2021


    • lephénix lephénix 12 mai 18:20

      @JPCiron
      Merci pour la référence... il reste à identifier cette « étoile du Berger »  en espérant qu’il s’agisse du bon Berger...


    • JPCiron JPCiron 12 mai 19:42

      @lephénix

      La bonne étoile, celle de la Nativité Chrétienne, est en fait Zoroastrienne. J’ai écrit un mot sur ce sujet de la scène de la Nativité.

      Le bon Berger, c’est Dieu, celui des Gathas. Dans les Gathas, il est dit :
      « Ô Mazda, celui qui est toujours à la recherche de son propre profit, comment pourra-t-il apporter renouveau et joie en ce monde et contribuer à son développement ? (...) » (Chant XV, 2) p. 198

      Il est aussi dit :
      « (…) Pourrais-Tu, ô Ahura Mazda, dans Ton amour infini nous donner aussi le pouvoir pour que (...) nous rendions ce monde vivant, les hommes, les animaux, les plantes, heureux et épanouis ? » (Chant X, 9) p. 175
      La vision est une d’ Harmonie et non de compétition ou de domination.


    • lephénix lephénix 12 mai 22:55

      @JPCiron
      toutes les pratiques spirituelles convergent vers l’harmonie au quotidien et une économie coopérative... qu’est-ce qui s’est passé dans l’histoire de l’oxydent depuis la première « révolution industrielle » et qu’est-ce qui s’accélère avec ce quatrième tour de roue et tour d’écrou « numérique » ?


    • mmbbb 13 mai 09:55

      @lephénix  il n y a a que dans AGO , que l on puisse lire des articles issus de livres de la bibliothèques roses . Un grand privilège !


    • Merci encore pour l’article. Mais là nous sommes dans la belle utopie. Face à un autre réel : l’humain, si humain. Relisant les Dix commandement de la Bible, de me dire, mais quelle est leur position face aux pervers narcissiques qui ont permis ce monde artificiel sans âme. Le pervers-narcissique vampire, séducteur et tentateur (société de consommation). car c’est bien d’une manoeuvre satanique qu’il s’agit : détruire toute illusion, tout espoir (Pandore, l’illusion) qui accompagne Epiméthée et Prométhée (le faux progrès). il est maintenant presque certain que tous ces Goliath sans vie intérieure sont psychologiquement très atteints. IKEA (encore un Asperger dyslexique) qui monta ses Kit en L’égo" pour castrer l’humain d’avoir la simple satisfaction de construire lui-même ses meubles (pièce unique adaptée à sa vie). Car c’est bien de cela qu’il s’agit, le tentateur est un faux qui s’est construit un égo surdimensionné qui sonne creux. Correspondre à ce qu’il pense être notre désir pour nous avoir sous son emprise. Avec moi, pas besoin montrer tes qualités, je te les offre au prix le plus bas pour te donner l’impression d’être comme tout le monde. Un plein totalement vide. Diable : qui divise, crée le manque...trompe, désillusionne, déçoit...toujours. Et que dit la bible : comme toujours très ambigüe. Tu tendras l’autre joue,...mais plus loin : tu t’éloigneras du trompeur du séducteur car en le nourrissant tu t’écartes de Dieu (la lumière). Même la mythologie grecque est remplie d’êtres narcissiques et malfaisants. De Zeus à Orphée,... tous narcissiques. Ce n’est ni dystopique ni très heureux. Personne et c’est déjà cela ne peut imaginer l’avenir... Il est bon de savoir que par votre article et mes pensée, nous sommes deux à être sur la même longueur d’onde : c’est déjà un bon départ....


      • lephénix lephénix 12 mai 18:29

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.
        merci pour votre retour, espérons que cette base modeste puisse s’élargir et trouver son axe, son appui et son levier...alors que rien ne supporte plus le système dont la fin est précipitée... la spirale perverse qui emmène la « civilisation » soulagera aussi bien des fardeaux inutiles...


      • @lephénix chacun sa route,.... Toujours regarder le monde ou sa vie comme un film ou un paysage qui passe dans un train.... LA DISTANCE. Satan est une illusion que la société à créé...pour remplir son vide...Cessez de le nourrir et l’illusion s’évanouit.


      • lephénix lephénix 12 mai 23:05

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.
        nous ne pouvons qu’être notre propre témoin
        comme dit le poète :

        le jour commence avec le vent,
        qui déplace
        maisons, rues, collines,
        puis s’amasse le silence
        le temps s’arrête
        se remet en route
        est-ce vraiment une maladie
        de voir clair ?
        parfois on doit d’abord
        percer un roc
        avant de trouver l’autre,
        dit une voix au téléphone

        laissons les sociopathes à leur théâtre d’ombres et de marionnettes, le spectacle n’est pas le réel...


      • Il y a dans le mal une force contraire qui toujours contrarie sont avancée, sans laquelle, il resterait figé sur place. Cette force s’appelle : LE BIEN. Blake qui dans Le Mariage du Ciel et de l’Enfer (1790) affirme l’essence dialectique de l’être : « En l’absence des contraires, aucune progression n’existe. Attraction et répulsion. Raison et énergie. Amour et haine, sont nécessaires à l’existence humaine. De ces contraires, surgissent ce que les esprits religieux appellent le Bien et le Mal. Le Bien est le passif qui obéit à la raison. Le Mal est l’actif qui jaillit de l’énergie. Le Bien est le Ciel. Le Mal est l’Enfer. »


        • LE PACTE AVEC LE DIABLE : 

          Peter Schlemihl ayant vendu son ombre au Diable devint très riche, mais perdit le goût de vivre. C’est l’une des plus belles fables de ce monde, l’une des plus tristes dans sa fantaisie géniale, et peu sont plus profondes avec autant de grâce.

          Que signifie cette ombre dans le conte ? Je pense que c’est la créativité de l’homme, sa liberté, c’est-à-dire son « âme ». (Et c’est pourquoi l’un des premiers malheurs de notre héros est de ne plus pouvoir aimer ni être aimé.) [p. 95] J’ai dit que la liberté de l’homme réside dans son pouvoir unique au monde de suivre l’ordre — ou de tricher. S’il suit l’ordre de la Création, sa liberté s’accroît, et son pouvoir de choix porte sur des enjeux toujours plus vastes. Mais s’il triche pour gagner dans l’instant ce qui le tente, il perd les autres possibilités, il perd sa liberté, sa proie le lie. « Que servirait à un homme de gagner le monde s’il perdait son âme ? » dit l’Évangile. Le Pacte avec le Diable consiste exactement à gagner le monde au prix de notre âme et de notre ombre, au prix de notre libre faculté de créer dans le réel — ou à côté.


          • LE CO-VIDE : 

            Tant que vous faites effort pour vous maintenir dans la vérité, vous conservez la pleine faculté de dire le vrai ou de mentir. Mais une fois que vous avez menti, vous êtes lié par le mensonge, et les vérités mêmes que vous articulerez serviront encore le mensonge. Ce phénomène peut se décrire en termes physiques et corporels. Tant que vous êtes en train de gravir la montagne, à grand effort, vous conservez la possibilité à chaque instant de monter ou de redescendre. Plus vous montez et plus l’effort devient pénible, et plus l’abîme vous tente, mais l’horizon s’étend. Si tout d’un coup votre fatigue ou quelque vertige l’emporte, ou si votre pied glisse, ou si le terrain cède, que se passera-t-il ?

             Vous commencerez à rouler vers l’abîme ou simplement vers le fond de la vallée, où vit le commun des mortels. Vous êtes délivré de votre effort, tout est facile, il n’y a qu’à se laisser aller. Vous « arriverez » plus vite que ceux qui montent, et dans des lieux plus riches et populeux. Mais vous avez perdu la liberté de monter ou de descendre à votre choix. Vous êtes pris dans un mécanisme à sens unique, vous n’êtes qu’un corps abandonné aux lois de la gravitation, et toutes vos gesticulations ne feront qu’accélérer la chute.


            • Cadeau : comment résister au diable. Ecrit en 1942 : ROUGEMONT : https://www.unige.ch/rougemont/livres/ddr1942partdia/6



                • I.A. 12 mai 20:41

                  « En revanche, serait-il envisageable que ces temps de destruction et de confinement planétaire puissent être vécus aussi, dans un tout autre « ici et maintenant » respirant et libéré, comme ceux d’une révélation et d’un véritable « voyage intérieur » menant l’homme enfin chez lui ? »


                  Je déteste ce type de questions, qui impliquent une intelligence binaire, du genre :

                  • comment apprécier la vie sans la mort ?
                  • sans erreurs, impossible de trouver la voie
                  • le bonheur ne peut exister sans le malheur
                  • etc...

                  C’est à la fois facile, larmoyant et auto-disculpatoire. Sans compter que c’est faux : ni la première guerre mondiale, ni la deuxième, n’ont fait prendre un virage à vos sociétés primitives. Ni les génocides, ni les esclavagismes, ni les catastrophes, ni les fléaux... 


                  Vous êtes juste quelques-uns  c’est-à-dire pas assez nombreux pour former société. Il va donc falloir revoir votre copie (parce qu’en plus, tout le monde à le droit de vivre).


                  • @I.A.
                     La grande ruse du diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. Denis de Rougement. Un Hohenzollern..


                  • Montagnais Montagnais 12 mai 22:26

                    Bien vu l’Auteur ..

                    .. ça nous change de Tata Rosette

                    Mélusine à raison, le bipède moyen, esclave heureux, est fréquemment un Schlemihl


                    • lephénix lephénix 12 mai 22:53

                      @Montagnais
                      le bipède infiniment moyen ou d’excellente qualité moyenne ? y a-t-il des esclavages durablement heureux ? tous en quête de quelque chose où il n’y aurait ni arête ni rien à déplorer ? y aurait-il des époques qu prendraient le contour d’un objet de soumission massive ?


                    • Montagnais Montagnais 12 mai 22:29

                      Grandiose Kehre ..


                      • Pierre Régnier Pierre Régnier 13 mai 11:02

                        Il existe déjà dans l’Etat de Oaxaca (Mexique) une telle manière de vivre un autogouvernement populaire « fondé sur un lien étroit au territoire » ainsi que sur des « pratiques de réciprocité et de construction du commun ». Cela s’appelle la « communalité » et se vit comme un « bien-vivre communal » dans cette convergence entre « capacité coopérative, art de prendre soin du collectif et épanouissement des singularités individuelles »

                        J’ai souligné le passage de l’article reproduit ci-dessus parce qu’il me paraît pouvoir entraîner un débat sur les moyens de “réparer le monde“. Les deux problèmes posés par cette expérience me semblent être

                        1/ Sa possible survie dans le capitalisme totalitaire et de plus en plus mondialisé

                        2/ Sa possible extension au monde entier hors le choix du socialisme mondialisé.


                        • Pierre Régnier Pierre Régnier 13 mai 11:23

                          Pour moi cela va sans dire, mais ça va encore mieux en le disant :
                          J’emploie ici l’expression socialisme mondialisé pour nommer ce que je peux exprimer par ailleurs dans l’expression solidarisme mondialisé.

                          Autrement dit : Socialisme Écologique et Libertaire, ce que, selon moi, l’extrait reproduit exprime assez bien sur un plan local.


                        • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 13 mai 11:44

                          @Pierre Régnier
                           
                           ’’J’emploie ici l’expression socialisme mondialisé’
                           
                          Vu que ce concept de socialisme a déjà été largement corrompu, pourquoi ne pas dire « mondial socialisme », une expression qui rappellera si explicitement des souvenirs d’un autre temps ?
                           
                          « Global socialisme » serait pas mal non plus.


                        • lephénix lephénix 13 mai 12:01

                          @Pierre Régnier
                          tout dépend effectivement de ce qu’on appelle « socialisme » (celui de jaurès ? le « fabien » ? le « capitalisme d’état » d’antan ?) et comment il sera mis en oeuvre... lèvera-t-il l’écrou sur notre asservissement hyperindustriel hyperphynanciarisé et notre incarcération numérique ? le noeud du problème reste la machine, la machination, etc... et la levée d’écrou passe par un rétablissement du faire-ensemble, du tenir-ensemble, d’une véritable capacité coopérative.. le cynisme gagne-petit bouche l’horizon et empêche cette ouverture des possibles vers un basculement « civilisationnel » non mortifère...l’interdépendance du vivant ça ne devrait pourtant pas être difficile à comprendre...


                        • @lephénix le socialisme est né de l’industrialisation. Il faut remonter à Fourier (le PHALANSTERE) et Saint-Simon. Le terme « socialisme » est issu du mot anglais « socialism » créé par le britannique Robert Owen et introduit en France en 1834 par l’ouvrier typographe Pierre Leroux. Ce terme désigne initialement un mouvement de pensée et d’action en réaction à la misère ouvrière mais aussi contre la dissolution des liens sociaux engendrés par le capitalisme naissant. Capitalisme visant le « PROGRES INDUSTRIEL » sans bien sûr tenir compte du progrès sur le plan humain...Nous sommes en plein : DOUBLE BIND. 


                        • lephénix lephénix 13 mai 14:46

                          @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                          effectivement, c’est dans le livre de Serge Audier jadis recensé ici, merci à ces pionniers qui, eux, avaient encore une conscience écologique avant la bifurcation industrialiste.. mais autant élargir l’horizon : les sociétés humaines ne sont qu’un prolongement des écosystèmes vivants, eux-mêmes issus de structures dissipatives biochimiques... il faudrait le secours de sciences des systèmes complexes (thermodynamique, biologie voire théorie des jeux) pour nous éclairer sur le bon fonctionnement des systèmes politiques  en particulier un « socialisme » bien compris...


                        • Pierre Régnier Pierre Régnier 13 mai 15:39

                          @Francis, agnotologue

                          Bonjour

                          L’un des problèmes majeurs de notre époque est, selon moi, dans la destruction du langage et dans l’impossibilité croissante de le réutiliser correctement.

                          C’est ainsi que, étant très engagé dans le combat pour le retour de la France à la souveraineté et, par ailleurs, militant socialiste depuis 65 ans, je suis tenté de résumer mon engagement comme “socialiste national“, ce qui pourrait s’exprimer aussi bien par “national socialiste“, ce qui peut encore se résumer, comme chacun sait, par... nazi, c’est-à-dire par l’adhésion à la plus manifeste ignominie de notre siècle !

                          Il reste que je suis aussi résolument pour une étroite et solidaire coordination des socialismes libertaires des différentes nations. Autrement dit, je suis aussi très internationaliste.


                        • Pierre Régnier Pierre Régnier 13 mai 15:51

                          @lephénix

                          L’interdépendance du vivant n’est effectivement pas difficile à comprendre

                          Mais c’est un fait que l’organisation capitaliste du monde rend totalement impossible, mondialement, une véritable capacité coopérative.

                          C’est pourquoi je dis que l’expérience de Oaxaca , telle que brièvement résumée dans votre article (et dont je ne sais rien de plus) me paraît être une excellente base de projet à élargir et à débattre pour “réparer le monde“ (une autre bonne expression présente dans votre article).


                        • lephénix lephénix 13 mai 18:36

                          @Pierre Régnier
                          « l’interdépendance du vivant ça ne devrait pourtant pas être difficile à comprendre »
                          la formulation s’adressait en général à tous ceux, décideurs ou usagers consuméristes, qui persistent à ignorer cette logique du vivant qui s’appelle « synergie » ou « coopération » il suffit d’observer les plantes ou de voir les arbres en forêt... Oaxaca, c’est une piste d’envol peut-être et pour l’heure une base vitale pour refonder un socle commun qui ne s’effriterait pas...


                        • Intéressant, ce premier mouvement socialiste était opposé au mouvement de la Révolution française et perpétué par Napoléon....Puisque nous sommes dans une idée de commémoration, il est aussi bien de connaître LA VERITABLE HISTOIRE.


                          • lisca lisca 15 mai 09:36

                            Les communautés de Oaxaca se distinguent par une homogénéité ethnique, historique, culturelle et religieuse.

                            Condition sine qua non pour que toute « communauté » puisse fonctionner.

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