Harmonisation avant correction au BAC : l’inspecteur impose le silence !
Un lecteur m'envoie ce texte : "Profil : bac avec mention en 1964, sup/spé, ingénieur. Parcours banal à l’époque, mais qui ne concernait qu’une petite minorité d’une génération. J’avais entendu parler de la chute de niveau actuelle. Je n’avais pas suivi les études de mes fils qui se débrouillaient bien sans moi en S. Mais j’avais, il y a de cela 3 ans, essayé de repasser un bac S à la maison. J’avais trouvé le niveau des épreuves tout ce qu’il y a de plus normal en terminale, avec en plus des statistiques qu’on n’étudiait pas de mon temps. Ma conclusion : le niveau des épreuves a été maintenu. Quant à celui des élèves, je n’en sais rien." Réponse sans fard.
C’est la façon de noter qui a beaucoup changé.
L’harmonisation faite après les épreuves du bac donnerait des sensations fortes à un matheux rigoureux. Un exemple : dans les années 2010, un inspecteur, dont je tairai le nom, demandait à tous les correcteurs réunis dans une salle, sans rire, de compter tous les points aux bacheliers qui n’avaient démontré qu’une seule implication (celle qui était évidente), alors que l’énoncé demandait de prouver une équivalence.
Et cela, alors que les candidats ne signalaient pas du tout, sur leurs copies, qu’ils avaient été bloqués par la réciproque. Normalement, cela constitue une erreur grave de raisonnement pour qui pratique les mathématiques, et l’on ne doit absolument pas obtenir tous les points réservés à la question quand on passe à côté. Tout au plus pouvons-nous être bienveillants et donner la moitié de la note correspondant à la question. C'est la responsabilité des candidats de mener à bien l'entièreté du raisonnement, ou du moins de le tenter.
Doit-on préciser qu’il s’agissait du bac S, considéré comme devant réunir des élèves formés aux sciences ?
Ce jour-là, une seule enseignante s’était élevée contre ce laxisme. Tous les autres collègues ont baissé la tête et laissé faire pour rester dans leur zone de tranquillité, lorsque l'inspecteur a promis de venir très vite inspecter cette enseignante. Des menaces donc, pour contenir toute réflexion libre qui pourrait être engagée pendant cette harmonisation avant correction, avec l'établissement du barème à appliquer.
Ne pas sanctionner une erreur grave de raisonnement dans une filière qui se prétendait scientifique, c’est un comble, et laisse déjà présager de la qualité des élèves que l’on envoyait dans le supérieur.
Sans compter que le jour du jury du bac, le président aura encore tout loisir de demander aux correcteurs de rajouter suffisamment de points aux candidats tangents pour qu'ils réussissent l'examen. Voilà comment arriver à des taux de succès formidables au bac général !
Silence les empêcheurs de tourner en rond, on brade le diplôme !
Voici le témoignage d'une autre enseignante :
« Bien sûr tout est vrai, il n’y a qu’à voir la grille officielle du grand oral. L’ancien proviseur de mon lycée m’a fait enlever des 0 donnés pour plagiat ou triche. C’est dire. En BTS, je demandais à l’IPR quelle moyenne de classe il fallait viser avant d’organiser les contrôles continus en formation.
Et on a même eu droit à une réunion en pré-rentrée pour fixer les moyennes de classe par matière avant même d’avoir la liste de nos élèves ! Aujourd’hui, l’évaluation est devenue une immense blague ! »
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