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Accueil du site > Actualités > Société > Les NEET et les diplômes, quel avenir en France ?

Les NEET et les diplômes, quel avenir en France ?

Coup sur coup deux institutions viennent de faire paraître des enquêtes sur les jeunes sans éducation, sans emploi et sans formation (les NEET).

En lisant ces publications on se rend compte que sur le presque million de NEET 29 % n'ont aucun diplôme (pas même le brevet des collèges) mais que tous les autres sont "diplômés" : 17 % du supérieur, 10 % ont un bac général ou technologique, 18 % un bac professionnel et 26 % un CAP.

La question mérite d'être posée donc : que fait l'éducation nationale du premier budget de l'Etat, nos 75 ou 100 milliards d'euros sont-ils bien utilisés ou ne contribuent-ils qu'à alimenter un système d'éducation périmé et dépassé ?

 Les systèmes scolaires et universitaires ont dévié en France de leurs missions après-68 et après 1981

Si jusqu'à la fin des années 60 (l'expansion et le plein emploi) les systèmes éducatifs étaient tendus vers l'activité, le travail, le développement des compétences des futurs travailleurs (qui étaient d'autant mieux servis par le monde professionnel qu'ils étaient qualifiés ou diplômés) le système a donc dérivé gravement par la suite pour au moins 3 bonnes raisons, transformant l'école et la fac en un quasi garderie pour jeunes (formant ensuite ce groupe hétéroclite sans grand avenir social des NEET) :

  1. L'école s'est complue dans le misérabilisme éducatif. Le mauvais élève n'était plus un cossard ou un cancre inadapté à l'éducation (mais qui pouvait se rattraper plus tard dans la vie comme le démontre la réussite sociale de nombreux autodidactes) mais un "élève en difficulté", une victime du système et de la culture bourgeoise (merci Bourdieu) et donc un futur assisté (on lui devait réparation)

  2.  L'école a inversé ses valeurs : embrayant sur un mai 68 iconoclaste et démagogique (les examen pour tous puis les 80 % de bacheliers), au lieu de mettre en exergue le bon élève (l'exemple pour des jeunes en mal de modèles) on a assimilé le bon élève à un "fayot", un "collaborateur" proche des profs, proche des adultes qu'il convenait de calmer (ses ardeurs au travail) de railler ("fayot") ou même de persécuter (le bouc émissaire dans une classe est souvent un bon élève ou un élève sérieux)

  3. L'école a été transformée en garderie sociale  : avec le traitement social du chômage il s'est agit de transformer l'école en un nouvel asile social (sur le fronton de certaines écoles à Paris on lit encore "salle d'asile communale"). Le travail étant supposé rare (ou supposé tel car les socialistes parviennent en peu d'année à le réduire en augmentant fortement le chômage), la crise étant temporaire (ça fait 45 ans désormais que ça dure) il fallait inventer un "traitement social du chômage". Le traitement social(iste) du chômage instrumentalise tout le système éducatif en partant du principe qu'un jeune traînant ses fonds de culotte sur les bancs d'un lycée pro (l'appellation professionnelle étant largement usurpée tant ces lycées sont éloignés des entreprises) ou d'une fac coûte moins cher qu'un chômeur indemnisé (ou un jeune en insertion donc avec un minimum de revenus).

Le diplôme est désormais un pâle produit d'appel à l'éducation nationale, il n'impressionne plus guère car il pourrait être devenu obsolète (en entreprise)

Excepté dans les métiers règlementés (médecin architecte ou coiffeur) le diplôme intéresse (et intéressera) de moins en moins les employeurs pour au moins 4 bonnes raisons :

  • L'école publique s'est largement coupée de l'entreprise  : les profs vivent en vase clos, ils ne connaissent aucune entreprise ni entrepreneur et nombre d'entre eux diabolise le monde du travail (sauf la fonction publique). Les profs forment donc des travailleurs pour les années 60 (Normes françaises) censés devenir ouvriers (les moins bons élèves) ou ingénieurs/médecins (les meilleurs) ou plus haut encore dans la hiérarchie scolaire (fonctionnaires)

  • Les entreprises en réaction se sont elles-aussi détournées de l'école. Elles ne prennent que rarement des jeunes (en stage) et misent plutôt sur l'apprentissage (privé) pour recruter (aujourd'hui on apprend un métier d'abord en faisant, pas en singeant le fonctionnement d'une entreprise)

  • Le monde du travail évolue de plus en plus rapidement du fait de la numérisation du travail, de la globalisation (votre voiture ou votre PC sont des assemblages de pièces produites partout dans le monde), de la mondialisation (je te vends mes pommes et je t'achète des ananas en échange) et de la désintermédiation (je vends, j'achète, je me déplace, je m'informe, je loue directement sans intermédiaire. Du fait de ces changements incessants et de plus en plus rapide le diplôme, le référentiel, le programme sont dépassés avant même d'avoir été imprimés au bulletin de l'éducation nationale

  • Le diplôme ne prouve plus grand chose. Comme l'a très justement dit Alain Finkielkraut il y a désormais en France un "droit de l'homme du diplôme". Le diplôme n'est plus la marque de la distinction (j'ai réussi parce que je suis bon ou parce que j'ai beaucoup travaillé) mais de la participation (je suis inscrit en fac, au lycée, à l'ancienneté, de guerre lasse, on finira par me donner mon parchemin). Les entreprises voient donc arriver sur le marché du travail des jeunes sans (aucune) éducation (l'éducation nationale se fiche éperdument du savoir-être et du savoir-vivre) sans capacité d'écrire, de lire, de rédiger ou parfois même de réfléchir (il faut prendre des initiatives dans nombre de métiers désormais) et du coup ces entreprises recrutent soit des étrangers (polyglottes, mieux formés et plus adapatables) soit des travailleurs sur leurs vraie compétences pas sur CV 

  • Le diplôme est devenu un certificat de conformité mais aussi de conformisme. Si dans la société industrielle il était important d'être conforme (la qualification prouvant qu'on savait faire un geste ou qu'on maîtrisait un ensemble de techniques) aujourd'hui l'extrême conformisme des diplômés n'est plus recherché (Steve Jobs ou Bill Gates ont arrêté leurs études bien avant de créer leurs entreprises). Le meilleur salarié (ou travailleur) aujourd'hui est celui qui est capable de sortir du cadre (intelligemment), de prendre des initiatives, de travailler avec les autres en les entendant (ou en valorisant son équipe. Ces qualités ne sont en rien (même si JM Blanquer tente de changer actuellement la donne) celles qui sont promues et enseignées aujourd'hui dans les écoles de la République

L'école doit se recentrer sur les bases (comme du temps de Jules Ferry avec l'instruction publique) et arrêter de prétendre éduquer (c'est le rôle des familles)

L'avenir appartient aux gens courageux, entreprenants, capables de prendre des risques (créer son activité, chercher à s'en sortir sans les secours publiques) toutes ces qualités sont avant tout développées (ou non) au sein des familles, dans l'environnement socio-professionnel. 

L'école pour être utile doit cesser de produire 100 ou 200 000 NEET chaque année mais surtout donner à chacun les bases minimales (jusqu'à 14 ou 16 ans) pour apprendre tout au long de la vie, rebondir, développer son intelligence sociale et émotionnelle et cesser de faire croire que le dipôme est encore un passeport pour l'emploi. 

Le diplôme ne protège plus du chômage et si les "diplômés" sont moins au chômage que les non-diplômés c'est simplement dû à leurs caractéristiques sociales (plus intégrés et conformes au système).


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7 réactions à cet article    


  • JL JL 11 février 11:27

    Oui ? Et ?

     


    • Raymond75 11 février 12:02

      Excellent article, avec lequel je suis d’accord.

      J’aouterai un point, toujours en rapport avec la méconnaissance totale du monde du travail de la part de l’Éducation Nationale (bien teinté de mépris) : l’absence quasi totale de réelle formation qualifiante pour les adultes, alors que l’on sait que les métiers vont évoluer considérablement dans les décennies à venir.

      L’incapacité des enseignants à comprendre les besoins professionnels, eux qui sont passés du collège au lycée, puis du lycée à la fac, puis de la fac à l’école, devient criminelle.

      Le prétexte toujours avancé « nous ont transmet la culture, pas un apprentissage (assimilé à du dressage) » devient risible quand on voit les résultats ...

      Mais jamais on arrivera à réformer l’éducation nationale : les enseignants s’opposent toujours à toute réforme, et passent leur vie à se plaindre. Peut être faudrait il prendre exemple sur le privé, qui fonctionne beaucoup mieux, et où vont les parents qui en ont les moyens ...


      • Buzzcocks 11 février 13:18

        @Raymond75
        Mais d’un autre côté, on nous vend le fait que dans sa vie professionnelle, on aura 6 ou 7 professions différentes, qu’il faut donc être flexible, mobile, prendre le train des évolutions technologiques.... ce n’est pas l’école qui va enseigner le codage d’un langage qui n’existe pas encore ou apprendre la nouvelle lubie du management avec les projets en mode Agile. Donc oui, l’école est là pour former les gens à écrire, compter, penser, réfléchir... ce qu’elle ne fait déjà plus.


      • Raymond75 11 février 14:13

        @Buzzcocks
        L’éducation concerne deux domaine : formation de base, comme vous dites, ET formation qualifiante (permise par la première), y compris pour les adultes..

        En France, seule la première est prise en considération, et est de mauvaise qualité. La seconde n’est de.bonne qualité que dans les écoles d’ingénieurs, moins pour les techniciens, faible pour le reste car objet de mépris de la part des enseignants, qui ne sont jamais sortis de leur école. Et pour les adultes, il n’y a quasiment rien !

        L’éducation doit concerner tous les âges de la vie. Et l’éducation ce n’est pas le bachotage.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 11 février 14:32

        @Raymond75

        Et apprendre à apprendre...une des chose les plus intéressante lorsqu’ on maitrise un boulot c’est de donner son expérience a un autre. On se remet en question rien qu’à la façon de passer le savoir qu’on a .


      • Buzzcocks 11 février 16:18

        @Raymond75
        Lors de mon dernier entretien d’évaluation lorsque j’étais salarié, l’imbécile qui me servait de chef me reproche qu’étant consultant dans une banque depuis 6 ans, banque ne pratiquant pas la gestion de projet en mode agile, je n’étais plus trop à la page et n’étant pas à la page, bien sur, il ne fallait pas m’augmenter.... je lui réponds qu’on peut envisager un plan de formation. Et là, le mec me dit qu’il va m’envoyer un cours par mail ! Super la formation !
        J’ai bien reçu le mail avec un PJ un doc, doc que je n’ai jamais lu d’ailleurs. Et manager que je n’ai revu qu’une fois lors de ma démission et ma fin du salariat.

        Le type préfère me placer en clientèle à 500 balles jours, plutôt que de m’accorder 3-4 jours de formation où je ne suis plus facturé.

        Donc voilà, si vous voulez apprendre la soudure, l’informatique, ou je ne sais pas quoi, faut juste lire le polycopié qui traite du sujet. Pourquoi se faire chier à former des gens ?


      • HELIOS HELIOS 11 février 17:47

        @Buzzcocks

        ... 500 balles... même sans frais c’est pas bezef... c’est quoi le genre de projet pour ce prix ?

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