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Gagarine, l’exploit mais aussi la preuve par la concurrence

« Lorsqu’[un fermier et sa fille] m’ont vu dans ma combinaison spatiale traînant mon parachute en marchant, ils ont commencé à s’enfuir, effrayés. Je leur ai dit : n’ayez pas peur, je suis un Soviétique comme vous, qui revient de l’Espace et qui doit trouver un téléphone pour appeler Moscou ! » (Gagarine racontant sa journée du 12 avril 1961).
 

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Il y a cinquante ans, le 27 mars 1968, le premier cosmonaute Youri Gagarine a trouvé la mort dans un accident d’avion, à l’âge de 34 ans (né le 9 mars 1934 à Klouchino, dans l’oblast de Smolensk). Il s’est tué au bord d’un MIG-15UTI aux côtés de son colonel instructeur Vladimir Serioguine (1922-1968), chargé de la préparation des cosmonautes. Selon la conclusion d’un rapport maintenant déclassé, le pilote aurait fait un déplacement brusque pour éviter une sonde atmosphérique. Les deux hommes furent incinérés et honorés par le dépôt de leurs cendres dans la nécropole soviétique du mur du Kremlin où furent enterrés les dignitaires du régime soviétique, en particulier Maxime Gorki, Mikhaïl Kalinine, Joseph Staline, Sergueï Korolev et plus tard, Gueorgui Joukov, Alexis Kossyguine, Mikhaïl Souslov, Leonid Brejnev, Youri Andropov, Dmitri Oustinov, Konstantin Tchernenko, etc.

Un an auparavant, le 24 avril 1967, un autre cosmonaute fut tué, Vladimir Komarov (1927-1967), commandant du Voskhod-1le 12 octobre 1964 (premier vol à trois personnes), qui s’était écrasé dans la capsule Soyouz-1 contre le sol lors de son atterrissage après avoir été placé sur orbite terrestre pendant une journée (Youri Gagarine avait été alors son suppléant pour ce vol).

Treize mois après sa première élection à la Présidence de la Fédération de Russie, le 12 avril 2001, Vladimir Poutine est venu saluer la mémoire de Gagarine à la Cité des Étoiles de Russie, à l’occasion du quarantième anniversaire du vol historique de Vostok-1 le 12 avril 1961. Ce fut un événement historique d’une portée mondiale qui a placé l’Union Soviétique, en pleine guerre froide, parmi les nations technologiquement les plus avancées : le premier homme à être allé dans l’Espace fut soviétique, et ce fut Youri Gagarine (il avait alors 27 ans).

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À 23 ans, Youri Gagarine est devenu pilote de chasse sur les avions MIG-15 (il a obtenu son diplôme le même jour que son mariage avec Valentina Ivanovna Goryacheva, le 7 novembre 1957). Il fut affecté dans l’oblast de Mourmansk, très au nord du pays, où il séjourna avec sa jeune famille. La sélection des premiers cosmonautes a commencé en juin 1959 sur des critères bien définis. Ces critères étaient assez différents des critères américains : il fallait être pilotes de chasse, mais plutôt jeunes (les Américains cherchaient plutôt des expérimentés), pas trop grands ni lourds car le vaisseau spatial soviétique était particulièrement étroit (ce qui convenait à Gagarine de petite taille, 1,57 mètre). Au bout de huit mois, Gagarine fut sélectionné dans les vingt candidats retenus sur trois mille, pour un programme qu’il devait garder secret même auprès de son épouse.

Les qualités de Gagarine furent très nombreuses, dont son charisme (marqué par son célèbre sourire) entraînant une certaine popularité même auprès de ses collègues (si cela avait été un jeu de téléréalité, il aurait été élu par seize des dix-neuf autres sélectionnés). On peut citer aussi : une grande mémoire, une grande aptitude intellectuelle, grande concentration, capable de maîtriser les mathématiques, les sciences de l’univers, bonne analyse de son environnement, bons réflexes, imagination très développée, capable de défendre son opinion s’il considérait qu’elle était bonne, etc.

Gagarine se retrouva dans les six, parmi les vingt présélectionnés, à commencer un entraînement de cosmonaute le 30 mai 1960. Au programme, du physique, avec un entraînement sportif et des mises en condition de vol par un simulateur et une centrifugeuse, et du théorique pour connaître le fonctionnement des équipements et des fusées. En janvier 1961, Gagarine fut sélectionné parmi les trois jugés les plus aptes au premier vol spatial habité. Sergueï Korolev (1906-1966), le responsable du projet, avait déjà remarqué les qualités de Gagarine. Après l’élimination d’un des trois derniers candidats, et le refus de choisir de Nikita Khrouchtchev, Youri Gagarine fut préféré à Guerman Titov (1935-2000), ce dernier, meilleur résistant physique, fut réservé pour le deuxième vol habité, plus long. On a parlé aussi d’une seconde raison plus "politique" : Gagarine était issu d’une famille de paysans très modestes et le régime trouvait plus intéressant de glorifier un homme originaire d’une telle condition qu’un pilote issu des classes moyennes.

Gagarine apprit sa sélection finale une semaine seulement avant le vol programmé le 12 avril 1961. La probabilité de réussite de ce vol spatial était d’environ 50%. Le risque humain était donc très grand. Le vaisseau était entièrement automatisé et piloté depuis le sol, mais Gagarine avait la possibilité de prendre le contrôle du pilotage le cas échéant. Le KGB avait voulu conserver le système d’autodestruction présent habituellement dans les engins spatiaux soviétiques pour éviter toute fuite technologique en cas d’atterrissage en catastrophe dans un pays étranger, mais les membres de la commission chargée de superviser l’opération refusèrent cette installation pour mettre en priorité la protection de la vie du pilote. Avant le décollage, Korolev, très anxieux, lui confia qu’il aimerait qu’il fût aussi le premier homme à marcher sur la Lune…

Le 12 avril 1961 à 6 heures 7 (en temps universel), Vostok-1 décolla du cosmodrome de Baïkonour (situé au centre du Kazakhstan) avec, pour la première fois de l’histoire humaine, un homme allant jusque dans l’Espace. Au bout de 11 minutes, l’engin se plaça sur l’orbite terrestre à une altitude moyenne de 250 kilomètres et effectua un tour du monde. Cette révolution (au sens aéronautique du terme comme au sens politique) ne dura que 89,34 minutes. À la 108e minute, Gagarine est parvenu à atterrir sans incident à 7 heures 55 (en temps universel) à l’endroit souhaité. Le succès de l’opération était total. Pour en dire le moins possible, les autorités soviétiques ont caché le fait que Gagarine s’était éjecté de la capsule à 7 000 mètres du sol pour descendre en parachute.

Cinquante années plus tard, Dmitri Medvedev, Président de la Fédération de Russie, lui a rendu ainsi hommage : « Le vol de Gagarine a été un événement absolument révolutionnaire, hautement symbolique. Cela a été un immense succès du secteur spatial soviétique. Il a marqué un avant et un après. » (12 avril 2011).

La gloire de Gagarine qui a montré un grand courage (et une grande capacité de contemplation en admirant la beauté de la Terre vue de l’Espace), s’est transformée en triomphe lors de son arrivée à Moscou le 14 avril 1961, accueilli par tous les potentats soviétiques (Khrouchtchev, Brejnev, etc.) et a rejailli sur le régime soviétique lui-même, quelques jours avant l’échec de la tentative américaine de renverser Fidel Castro à Cuba (l’épisode de la Baie des Cochons) et quatre mois exactement avant l’érection du mur de Berlin.

Lorsqu’il était dans l’Espace, Gagarine a-t-il déclaré : « Je ne vois aucun Dieu là-haut. » ? Selon toute vraisemblance, non. La phrase apocryphe proviendrait plutôt d’un discours de Khrouchtchev qui déclara devant le comité central du parti communiste d’Union Soviétique, pour justifier son athéisme : « Gagarine est allé dans l’Espace, mais il n’y a vu aucun Dieu. ». Effectivement, Gagarine lui-même était croyant ; il avait été baptisé orthodoxe et venait de faire baptiser une de ses filles peu de temps avant son voyage spatial (sa première fille Elena Yourievna est née en avril 1959 et sa seconde fille Galina Yourievna le 7 mars 1961).

Quant à Guerman Titov, il est allé dans l’Espace pour la deuxième mission habitée soviétique, le 6 août 1961 à bord de Vostok-2 à l’âge de 25 ans, le plaçant ainsi comme la plus jeune personne à être allée dans l’Espace (maintenant ce record encore aujourd’hui) et il a pris les premières photographies de la Terre depuis l’Espace.



Fort de l’extraordinaire célébrité de ces deux premiers cosmonautes, ils ont passé les années suivantes à faire le tour du monde, comme "ambassadeurs" du génie soviétique, très populaires et très médiatiques. Parmi les qualités de Gagarine, son sourire a séduit des foules entières, mais aussi sa simplicité. Une anecdote. Lorsqu’il est arrivé à Manchester, il pleuvait beaucoup mais pour que la foule eût la possibilité de l’apercevoir, il a refusé de remettre le toit décapotable de sa voiture et de prendre un parapluie, considérant ceci : « Si tous ces gens sont venus m’accueillir et peuvent rester debout sous la pluie, je peux moi aussi le faire ! ».

Les responsables soviétiques des deux cosmonautes n’ont cependant pas beaucoup apprécié leurs frasques personnelles (alcool, femmes, etc.) relativement courantes dans le milieu du star-system. Après la mort accidentelle de Gagarine (qui n’était jamais retourné dans l’Espace), Guerman Titov fut interdit également de retourner dans l’Espace pour protéger la vie de "l’icône" qu’il était devenu.

L’URSS avait pris une avance sur les États-Unis dans le programme de conquête spatiale. Après avoir lancé le premier satellite artificiel avec Spoutnik-1 le 4 octobre 1957, puis le premier être vivant (la pauvre chienne Laïka) à bord de Spoutnik-2 le 3 novembre 1957, la première sonde s’approchant de la Lune, Luna-1, le 4 janvier 1959, après avoir effectué le premier contact physique avec un autre astre, la Lune, avec Luna-2 le 14 septembre 1959, après avoir pris la première photographie de la face cachée de la Lune grâce à Luna-3 le 7 octobre 1959, après avoir ramené sain et sauf les premiers êtres vivants (deux chiennes, Belka et Strelka, quarante souris, deux rats, des plantes) d’un tour de l’Espace d’une journée à bord de Spoutnik-5 le 20 août 1960, elle a envoyé le premier être humain dans l’Espace, Gagarine à bord de Vostok-1 le 12 avril 1961, puis la première femme, Valentina Terechkova (née en 1937) le 16 juin 1963 et a effectué la première sortie dans l’Espace à l’extérieur du vaisseau spatial, avec Alexeï Leonov (né en 1934) le 18 mars 1965. De même, l’URSS a réalisé le premier survol de la planète Vénus avec Venera-1 le 19 mai 1961.

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L’avance technologique des Soviétiques, pourtant, n’a été que de courte durée. En effet, après l’exploit de Gagarine, le (nouveau) Président américain John F. Kennedy a réagi vivement en prononçant son fameux discours devant le Congrès américain le 25 mai 1961 au cours duquel il annonça le programme Apollo : « Notre Nation doit s’engager à faire atterrir l’homme sur la Lune et à le ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie. ». Le 12 septembre 1962 à Houston, il a confirmé le programme : « Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. ».

Avant la fin de la décennie : effectivement, le 20 juillet 1969, deux astronautes, Neil Armstrong (1930-2012) et Buzz Aldrin (né en 1930), foulèrent des pieds le sol lunaire et en ont profité pour déposer sur place un disque en silicium contenant un certain nombre de messages de dirigeants du monde, dont un extrait de ce discours de Kennedy.

Le premier vol habité de Gagarine fut sans doute le déclencheur de la motivation américaine. Auparavant, comme Eisenhower, Kennedy n’était pas du tout chaud pour consacrer des milliards de dollars à la conquête spatiale. Mais poussés à la compétition par les Soviétiques, les États-Unis ont finalement investi des moyens gigantesques pour triompher dans ce secteur.

En quelques sortes, le plus grand héros d’un régime qui voulait éradiquer le principe de la concurrence a montré à quel point des collectivités mises en concurrence pouvaient se grandir et atteindre des objectifs initialement inimaginables. C’est peut-être cela, l’enseignement le plus marquant de l’exploit courageux de Gagarine : avoir démontré que la compétition était un facteur de progrès et d’enrichissement mutuels. On ne s’étonnera donc pas que la pensée libérale se soit développée considérablement après la preuve indiscutable de son efficacité dans le domaine spatial il y a une cinquantaine d’années !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La course de la conquête spatiale entre 1945 et 1974 (livre d’Asif A. Siddiqi à télécharger).
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Evry Schatzman.
Les petits humanoïdes de Roswell…
L’élection présidentielle du 18 mars 2018 en Russie.
Katyn.
La catastrophe de Tchernobyl.
Stéphane Hawking.
Alain Aspect.
Marie Curie.

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12 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 26 mars 11:15

    oupssssss un mensonge...Il n’avait pas de parachute sur lui pour la simple raison qu’il était assit dans la sphère de retour sur terre qui elle avait un parachute...tout le reste est de la propagande Russe bidon... smiley


    • bob14 bob14 26 mars 13:51
      @bob14...un truc bizarre sur ce site ce sont les mensonges que les commentateurs gobent ?
      J’ai l’impression de visiter un asile parfois... smiley

    • V_Parlier V_Parlier 26 mars 16:38

      @bob14
      Cet auteur qui ferait de la propagande russe ? Mais c’est vrai que quand on lit « bob14 » marqu" quelque part il ne faut pas trop réfléchir.


    • Garibaldi2 26 mars 16:45

      @bob14

      Gagarine a bien atterri avec son propre parachute (après éjection sur son siège) et non celui du Vostok, ce qui ne retire rien à la qualité de son exploit. Le Vostok n’avait pas de rétro fusées permettant de réduire suffisamment la vitesse résiduelle à l’atterrissage.


    • Michel Maugis Michel Maugis 26 mars 12:53
      « C’est peut-être cela, l’enseignement le plus marquant de l’exploit courageux de Gagarine : avoir démontré que la compétition était un facteur de progrès et d’enrichissement mutuels. »

      Il est démontré le contraire, puisqu’il n’y avait pas de compétition avec les USA dans l’aventure spatiale essentiellement soviétique au moment de l’exploit de Gagarine

      Vous auriez pu en déduire une preuve de la supériorité d’un système sociale orientée vers la satisfaction des besoins humains et non vers le profit individuel.

      Toutes les retombées sociales énormes de la conquête spatiale sont donc dues au SOCIALISME. et non au libéralisme

      • zygzornifle zygzornifle 26 mars 14:23

        C’est pas Gargarine qui était en orbite mais le sperme en éprouvette qui a servi a fabriquer Poutine ....


        • Garibaldi2 26 mars 16:26

          ’’On ne s’étonnera donc pas que la pensée libérale se soit développée considérablement après la preuve indiscutable de son efficacité dans le domaine spatial il y a une cinquantaine d’années !’’

          La ’’pensée libérale’’ inclut-elle la pensée nazie ? La mise au point de la fusée Saturn V s’est faite sous la responsabilité de Wernher von Braun, concepteur des V1 et des V2, criminel de guerre ayant évité tout jugement grâce à l’opération PaperClip. Les V2 étaient fabriqués dans une usine souterraine du camp de Dora (20.000 morts).

          https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-liberation-26-dora-enterre-deux-84762


          • Esprit Critique 26 mars 16:50

            Pour qui a eu l’occasion de voir la « Boule » Vostok 1 dans laquelle Gagarine était enfermé, presque en position fœtale. Parti pour faire le tour de la terre Ce type avait sacrément du courage ! 



              • zygzornifle zygzornifle 27 mars 10:02

                J’ai appelé un chat qui pissait partout Gargurine ....


                • Pere Plexe Pere Plexe 27 mars 17:46

                  @zygzornifle
                  Laïka-ka eut été plus approprié ?


                • Pere Plexe Pere Plexe 27 mars 17:41

                  Gagarine de Russie c’est de toute façon moins bon que bebeurre de Normandie.

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