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Accueil du site > Actualités > Technologies > Que Louis Lumière soit !

Que Louis Lumière soit !

« Le génie de Louis Lumière est, en fusionnant ces deux perspectives [but scientifique et but récréatif], de mettre au point un appareil capable à la fois de l’analyse du mouvement et de sa restitution synthétique. » (Michel Fragonard, "La Culture du XXe siècle", 1995).



On a coutume de dire que le XVIIIsiècle est le Siècle des Lumières. Alors, le XIXsiècle pourrait être vu comme le Siècle des Lumière, sans s, le siècle des frères Lumière.

J’avais évoqué la figure de Georges Méliès (1861-1938) qu’on peut considérer comme le premier réalisateur de fiction cinématographique. Il avait eu cette idée grâce à un ingénieur, Louis Lumière dont on célèbre le soixante-dixième anniversaire de la mort ce mercredi 6 juin 2018. Né le 5 octobre 1864 à Besançon, Louis Lumière est mort à Bandol le 6 juin 1948 à l’âge de 83 ans.

On a en effet l’habitude d’associer Louis Lumière à son grand frère à moustaches pointues, également ingénieur, Auguste Lumière (né à Besançon le 19 octobre 1862 et mort à Lyon le 10 avril 1954 à 91 ans), mais il faudrait plutôt l’associer à leur père, Antoine Lumière, artiste et photographe, qui fut en quelques sortes leur "manager".

Si Auguste Lumière a beaucoup fait en matières scientifiques et technologiques, notamment dans le domaine de la chimie et de la médecine, il ne s’était pas beaucoup investi dans le domaine du cinéma et avait laissé son frère s’en occuper. Mais leur contrat les avait rendus associés de toutes leurs activités si bien que formellement, leurs inventions les liaient l’un à l’autre.

Ce fut donc surtout Louis Lumière qui a eu quelques coups de génie dans le domaine des restitutions d’image. Et aussi leur père Antoine (né à Ormoy le 13 mars 1840 et mort à Paris le 15 avril 1911 à l’âge de 71 ans). Après avoir fait photographe itinérant, Antoine Lumière a créé en 1869 un atelier photographique à Lyon qui a bien marché commercialement (tout le monde voulait passer à la postérité par la photographie) et il a encouragé la prise de vues par des amateurs car il vendait également des plaques photographiques vierges. Antoine Lumière a eu la bonne idée d’impliquer ses deux fils aînés Auguste et Louis, brillants ingénieurs pleins d’inventivité, dans son affaire au point d’implanter en 1881 une usine pour vendre des plaques photographiques spéciales conçues par Louis Lumière la même année (Louis n’avait que 17 ans !).

Ces nouvelles plaques en verre (vendues sous la marque "Étiquette bleue") avaient deux avantages grâce à la conception d’une émulsion sèche de bromure d’argent : elles étaient facilement manipulables, directement prêtes à l’emploi et surtout, elles pouvaient être stockées (auparavant, il fallait utiliser les plaques dans la demi-heure qui suivait leur fabrication). Ce produit, fabriqué jusqu’à 15 millions d’unités par jour, a fait la fortune de la famille Lumière à Lyon.

Depuis longtemps, le père et les deux fils ont eu à l’esprit l’objectif ambitieux de projeter à un public des images animées. Il y avait déjà des projections individuelles au moyen de certains appareils. Ainsi, Antoine Lumière a fait le voyage à Paris en septembre 1894 pour voir la démonstration du Kinétoscope inventé par l’ingénieur et industriel américain Thomas Edison (1847-1931), déjà connu pour être le créateur du phonographe à cylindre, breveté le 19 décembre 1877.

Le Kinétoscope était un appareil qui permettait de regarder une série d’images sur une durée assez longue à l’époque, quelques minutes. Pour réaliser les œuvres photographiques associées, il fallait utiliser le Kinétographe, sorte de caméra brevetée le 24 août 1891 par Thomas Edison qui avait un système d’avance de pellicule pour prendre des photographies successivement.

Ce fut William K. L. Dickson (1860-1935), collaborateur de Thomas Edison, qui mit au point les deux appareils, le Kinétographe et le Kinétoscope, en ayant l’idée géniale d’utiliser le support souple et résistant en nitrate de cellulose mis au point en 1887 par John Carbutt (1832-1905) pour des applications photographiques. Ce support fut utilisé dès 1889 par Paul Nadar (1856-1939), le fils de "Nadar", représentant en France de la société de l’industriel américain George Eastman (1854-1932), appelée à partir de 1888 Kodak, qui employait John Carbutt.

William Dickson et Thomas Edison ont l’idée ainsi de fabriquer des bobines de ce film souple, d’abord de 19 millimètres de large puis de 35 millimètres de large, ce qui donnait la possibilité d’images animées sans limitation théorique de durée (il suffit d’avoir assez de kilomètres de pellicules, même si cela posait de gros problèmes de conception au-delà de 20 mètres, c’est-à-dire d’une minute). Le tout premier essai de film réalisé ainsi (en 19 millimètres) fut projeté au public le 20 mai 1891 ("Dickson Greeting" : William Dickson salue le public sur le film). On peut raisonnablement considérer que ce fut le premier film de l’histoire du cinéma.

Le film de 35 millimètres (avec des photogrammes rectangulaires de 22 millimètres de largeur et 16 millimètres de hauteur) fut choisi comme standard international du cinéma en 1903, au détriment entre autres, des films développés par Louis Lumière (35 millimètres aussi, mais avec seulement deux performations circulaires par photogramme au lieu de huit rectangulaires pour les films d’Edison) et de ceux développés par Léon Gaumont (60 millimètres sans performation grâce à un système de pince). Les performations permettent l’entraînement mécanique du film.

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Thomas Edison a commis alors deux négligences. D’habitude très conscient de ses intérêts commerciaux, il n’a pas protégé le Kinétoscope en dehors des États-Unis. Ainsi, dès que l’appareil fut connu et présenté au public, il fut reproduit en séries en Angleterre en toute légalité. Cette erreur, c’était parce qu’il ne croyait pas beaucoup à l’avenir du Kinétoscope. L’inventeur du phonographe voyait plutôt, comme objectif commercial, un appareil qui permettrait de reproduire à la fois des images animées et du son (le cinéma parlant). L’autre négligence, ce fut de ne pas avoir reconnu assez honorablement William Dickson, le véritable inventeur du Kinétoscope (qui restait cependant la propriété intellectuelle de son employeur), si bien que ce dernier l’a quitté pour développer d’autres appareils pour le compte de concurrents (les frères Latham).

Thomas Edison ne croyait pas beaucoup à l’avenir du Kinétoscope, mais il croyait encore moins à l’avenir d’un appareil qui restituerait les images animées sur grand écran pour un public. Il pensait que le Kinétoscope, réservé à la vision individuelle, était plus rentable que ce genre d’appareil, et cela malgré la demande de William Dickson de se tourner vers cet objectif. Antoine Lumière, dont le talent était d’abord de trouver des idées juteuses, a tout de suite compris l’intérêt de mettre sur le marché cette possibilité de projection collective.

Revenons aux Lumière justement. Il fallait cette petite digression historico-technique pour comprendre la démarche des Lumière. De retour à Lyon après avoir récupéré quelques échantillons des films 35 millimètres (eux brevetés partout dans le monde par Thomas Edison), Antoine Lumière demanda à ses deux enfants d’utiliser les développements récents du Kinétoscope pour construire un appareil de projection en reprenant l’idée des Pantomimes lumineuses de Charles-Émile Reynaud (1844-1918) projetées sur un grand écran au Musée Grévin (à partir du 28 octobre 1892) au moyen du Théâtre optique (forme avancée du Praxinoscope), considérée comme le premier dessin animé. Auguste laissa Louis dans ce domaine.

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Ainsi, en quelques mois de travail de conception et de développement, Louis Lumière a mis au point le Cinématographe, breveté le 13 février 1895, le premier appareil capable de projeter sur un grand écran des images animées. Le mot lui-même de Cinématographe a été imaginé par Léon Bouly (1872-1932), inventeur d’appareils de chronophotographie, qui avait déposé un brevet le 12 février 1892 pour un appareil appelé le "Cynématographe Léon Bouly", puis le 27 décembre 1893, le mot est devenu "Cinématographe", ce qui signifie en grec "écriture du mouvement". Si l’appareil a réellement existé (un exemplaire est exposé au CNAM à Paris), il n’a jamais fonctionné correctement. Ce mot fut simplement repris en 1895 par les frères Lumière car Léon Bouly n’avait pas payé les annuités de son brevet en 1894, si bien que le nom ainsi que la pseudo-invention tombèrent dans le domaine public.

Pour simplifier, disons qu’on savait faire défiler des photogrammes mais seulement dans une petite lucarne (pour des applications principalement scientifiques, la décomposition des mouvements), et l’on savait aussi projeter des images sur grand écran (pour des divertissements auprès du grand public). Louis Lumière a réussi à concevoir un appareil qui a pu faire les deux en même temps. Tout en rendant fiable la mécanique, très sollicitée car il fallait tourner à au moins 12 photogrammes par seconde.

Pour éviter d’être attaqué pour contrefaçon, Louis Lumière a utilisé des films 35 millimètres avec seulement deux perforations circulaires par photogramme, au lieu des huit rectangulaires utilisées par Edison (voir plus haut). Il a par ailleurs demandé au chimiste et industriel Victor Planchon (1863-1935) d’améliorer la bande pelliculaire en mettant l’émulsion "Étiquette bleue" sur les pellicules fabriquées par le chimiste, ce qui permettait une grande transparence (Les Lumière et Planchon conclurent un contrat d’exclusivité mutuelle en 1894).

La première démonstration du premier prototype du Cinématographe fabriqué par Charles Moisson (1864-1943) a eu lieu le 22 mars 1895 devant des professionnels. Le polytechnicien Jules Carpentier (1851-1921), présent à cette démonstration, proposa sa collaboration à Louis Lumière pour fabriquer l’appareil en série avec quelques améliorations (200 furent fabriqués ainsi). À cette occasion, fut mise au point la possibilité de faire varier la durée d’exposition des photogrammes, permettant de filmer en toute saison (ensoleillement ou ciel gris), à une époque où le diaphragme n’était pas encore inventé.

Douze autres démonstrations du Cinématographe ont eu lieu, le 16 avril 1895 à la Sorbonne à Paris au Congrès des sociétés savantes, les 10 et 12 juin 1895 à Lyon au Congrès de l’union des sociétés photographiques de France, le 11 juillet 1895 à Paris à la Revue générale des sciences, le 21 septembre 1895 et le 14 octobre 1895 à La Ciotat (projection d’abord privée, puis, pour la seconde, projection publique dans un théâtre), le 10 novembre 1895 à Bruxelles à l’Association belge de photographie, les 12 et 13 novembre 1895 à Louvain au Cercle littéraire et artistique, en présence du prince Albert de Belgique et au Musée de physique de l’Université catholique de Louvain, le 16 novembre 1895 à la Sorbonne à Paris pour l’ouverture des cours de la faculté des sciences, le 1er décembre 1895 à Lyon à la Chambre syndicale des propriétés immobilières, et le 11 décembre 1895 à Grenoble à la Société dauphinoise d’amateurs photographes.

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La date historique de la vie de Louis Lumière restera cependant le 28 décembre 1895. Au Salon indien du Grand Café de l’hôtel Scribe, au boulevard des Capucines dans le neuvième arrondissement de Paris, a eu lieu en effet la première projection publique et payante des films par le Cinématographe (qui a donné le nom commun de cinéma). Antoine Lumière a eu l’honneur de tourner la manivelle pour "dérouler" les films. Le projectionniste était Charles Moisson qui est devenu, par la suite, opérateur de réalisation de Louis Lumière.

Comme pour le Futuroscope bien plus tard, ce n’était pas tout de fabriquer une machine merveilleuse, il fallait lui donner du grain à moudre. Les frères Lumière avaient alors réalisé dix films documentaires très courts, comme une sortie d’usine (l’usine Lumière à Lyon), premier film tourné par Louis Lumière le 19 mars 1895, une scène de pêche, le repas de bébé (celui d’Auguste), une baignade en mer, et aussi le fameux film "L’Arroseur arrosé" (première scène comique).

Un petit mot aussi sur le vocabulaire : le mot "film" n’existait pas encore en France en 1895, Louis Lumière parlait de "vue photographique animée". Le mot "film", qui désigne une couche mince (cette définition reste encore d’actualité en physique et chimie) a été utilisé dès 1891 par Thomas Edison qui a réalisé les premiers films avec son Kinétographe. Le mot est arrivé en France seulement quelques années plus tard.

En raison de la petite taille de la salle (au sous-sol !), seulement 33 spectateurs étaient présents (ils avaient payé un franc pour la séance) et la presse invitée n’était pas venue. Mais l’information s’est répandue très vite par le bouche-à-oreille. Le succès de la première projection fut tel que les séances suivantes furent bondées et tout le monde voulait y assister (entre 2 et 3 000 personnes par jour faisaient la queue pour voir ces films). Notons pour l’anecdote que le propriétaire des lieux avait imposé de payer la location de la salle en forfait (30 francs la soirée) au lieu d’un pourcentage (20%) sur le chiffre d’affaires qu’il imaginait trop faible.

Lorsque les films de Louis Lumière furent projetés à New York le 18 juin 1896, sur les terres de son immense concurrent, Thomas Edison, ce fut aussi un énorme succès. Deux avantages concurrentiels sur Edison : les films produits et réalisés par Louis Lumière représentaient principalement des scènes à l’extérieur, avec beaucoup de mouvements qui rendaient les images très vivantes (l’arrivée du train en gare de La Ciotat, par exemple), tandis que ceux, antérieurs, de Thomas Edison étaient tournés dans son studio et avec une cadrage face au spectacle (au contraire de Lumière qui, fort de son expérience photographique, plaçait le mouvement en diagonale ou même bougeait lui-même, le premier travelling a été tourné le 25 octobre 1896 à Venise par un opérateur de Lumière). L’autre avantage, c’était qu’en ne pesant que 5 kilogrammes, le Cinématographe était beaucoup plus facilement maniable que les 50 kilogrammes du Kinétographe.

Ce succès immédiat a fait comprendre très tôt, aux industriels tant européens qu’américains (Charles Pathé en 1900, Léon Gaumont, Thomas Edison, etc.), l’intérêt de construire des théâtres spécialement aménagés pour le cinéma. C’est donc devenu très vite une industrie avec des investissements financiers lourds.

Parmi les spectateurs impressionnés le 28 décembre 1895, l’illusionniste Georges Méliès qui a tout de suite compris l’intérêt artistique d’un tel outil pour réaliser de la mise en scène et des films de fiction et ainsi, commencer la grande aventure du cinéma de divertissement. Georges Méliès proposa aux frères Lumière de racheter leur brevet sur le Cinématographe. Mais conseillés par leur père, ils refusèrent et leur père Antoine (à moins que ce ne fût l’un de ses deux fils) lui déclara : « Remerciez-moi ! Je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! ». Les Lumières, à l’intuition d’habitude plus visionnaire, ne pensaient pas du tout à ce que le cinéma allait représenter comme industrie ou comme influence culturelle. Concrètement, les Lumière n’ont jamais fait beaucoup d’argent avec le Cinématographe. Et ils n’imaginaient qu’une application d’analyse scientifique ou de curiosité en fête foraine.

Le Cinématographe était utilisé aussi bien pour l’enregistrement des images (caméra) pour leur restitution (projection). Louis Lumière avait imaginé un système mécanique assez ordinaire dans l’industrie, inspiré par la machine à coudre de sa mère (mécanisme à came triangulaire excentrique décrit dans le schéma ci-dessous issu du site Wikipédia), pour passer d’un mouvement de rotation continue à une translation discontinue (pour enregistrer ou restituer l’image).

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Très rapidement, dès 1897, l’appareil s’est dissocié pour les deux applications, prendre les vues et les restituer. La prise de vue fut confiée à la caméra, qui garda globalement le mécanisme à came excentrique (avec quelques perfectionnements pour mieux immobiliser la pellicule), et la restitution fut confiée au projecteur dont l’usage était intensif et nécessitait une meilleure fiabilité mécanique. Jules Carpentier déposa ainsi un brevet le 18 mars 1896 pour protéger le mécanisme à croix de Malte (à cinq branches) à flancs circulaires qui est beaucoup plus solide (voir schéma ci-dessous issu du site Wikipédia).

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Grâce à leur réseau commercial pour la photographie, les Lumière pouvaient recruter rapidement des correspondants un peu partout dans le monde pour faire ce qu’on appellerait aujourd’hui des reportages photographiques (très brefs, une minute). Ont ainsi été filmés le couronnement du tsar Nicolas II de Russie, le déplacement du Président Félix Faure à La Roche-sur-Yon en avril 1897, le Président Émile Loubet, etc.

Louis Lumière arrêta de tourner des films en 1902, au moment où l’art du cinéma (on ne parlait pas encore du sémantiquement pompeux "septième art" inventé en 1920) fut en plein essor. Louis Lumière, plus photographe que réalisateur, n’avait probablement pas toute l’imagination et la créativité artistique pour suivre durablement le marché dans ce domaine du spectacle, même si ses cadrages furent initiatiques (au même titre que les compositions des peintures de Gustave Caillebotte furent inspirées des photographies de son frère photographe).

Louis Lumière continua cependant à inventer dans le domaine de la photographie et du cinéma. Il a breveté le 17 décembre 1903 l’Autochrome (présenté à l’Académie des sciences le 30 mai 1904), un procédé utilisant de la fécule de pomme de terre qui permettait la photographie en couleurs en une seule prise (on savait déjà en faire, mais en quatre prises, ce qui excluait tout instantané). Il commercialisa cette technique entre 1907 et 1932 et fut à l’origine de beaucoup de photographies de la Première Guerre mondiale. Là encore, ce fut un grand succès commercial qui rajouta à la fortune familiale (la production est allée jusqu’à 6 000 plaques autochrome par jour). Il tenta également en 1936 quelques essais de films en relief, à partir d’anaglyphes (le principe toujours actuel du cinéma en 3D).

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Comble pour l’inventeur, ou plutôt, pour l’un des inventeurs du cinéma (car Thomas Edison et William Dickson furent aussi des inventeurs du cinéma, ainsi que leurs prédécesseurs avec tous leurs appareils plus ou moins bizarres pour restituer du mouvement), Louis Lumière, qui n’imaginait pas un tel développement de l’industrie du cinéma entre 1910 et sa mort, en 1948, n’allait jamais au cinéma : « Je ne vais jamais au cinéma. Si seulement j’avais su ce qu’il deviendrait, je ne l’aurais jamais inventé ! ».

Décorés de l’ordre de la Francisque, Louis et Auguste Lumière ont soutenu (seulement très mollement car ils n’avaient aucun sens politique) la Révolution nationale du maréchal Pétain, plus par amertume contre les institutions de la IIIe République et pour fustiger l’Académie des sciences qui n’avait pas apporté toute sa reconnaissance à leurs travaux (Auguste Lumière fut même nommé conseiller municipal de Lyon en 1941). La vieillesse est un naufrage, écrivait De Gaulle. L’âge (79 et 77 ans) pourrait être une excuse valable dans cette prise de position encouragée sans doute par la vanité vis-à-vis d’un pouvoir flatteur pour récupérer politiquement des scientifiques populaires.

Quelques jours après l’hommage de la République française à l’industrie Serge Dassault dans la cour d’honneur des Invalides, le 1er juin 2018, il est bon de rappeler que la France a toujours su progresser grâce au génie de certaines familles à la fois inventives et industrielles, alliant génie scientifique et intuitions commerciales. Les Lumière, comme les Dassault, ont ainsi beaucoup apporté tant à la réputation technologique de la France qu’au progrès de la technique dans l’histoire du monde.

Je termine par cette citation insolite mais très à-propos de l’essayiste Régis Debray tirée de son livre "Vie et mort de l’image" (1992, éd. Gallimard) : « Dieu est Lumière, seul l’homme est photographe. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site de l’Institut Lumière à Lyon.
Louis Lumière.
Georges Méliès.
Le cinéma parlant.
Charlie Chaplin.
Gustave Caillebotte.
Photographies de l’art ou du cochon ?
Le Futuroscope.
Les brevets européens.

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12 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 6 juin 10:06
    Mais !! C’était intéressant Sylvain !
    Bravo !

    • foufouille foufouille 6 juin 10:14
      "L’Étiquette bleue fait la fortune d’Antoine et de ses six enfants. À l’usine, les conditions de production sont terribles. Les plaques sont « mises à la sauce », c’est-à-dire enduites à la main par des ouvrières plongées, durant les premières années, dans le noir complet, éclairées par la seule lumière orange foncée (afin de ne pas impressionner accidentellement l’émulsion qui est insensible aux radiations rouges). La lumière rouge provoquant des aberrations de la vision chez ces ouvrières, la lumière verte lui succède. Louis met toute son imagination au service de la fabrication et invente des machines pour compenser la dureté du travail des ouvrières. Dans les nombreux ateliers, la poussière est l’ennemie numéro 1. Les ouvrières portent des pantalons de toile bleue et une vareuse serrée à la taille et boutonnée jusqu’au cou, que la société entretient. Leurs cheveux qu’à l’époque encore les femmes portent longs, sont remontés en chignon serré strictement. Les enfants peuvent travailler dès 10 ans (une nouvelle loi interdit de les engager avant). Les 300 personnes employées à Montplaisir sont mal payées, mais, « parce qu’il n’y a pas d’octroi à Montplaisir (ndlr : l’octroi était l’équivalent de notre moderne TVA), le pain, le hareng, les loyers y sont moins chers qu’à La Guillotière, Montchat ou Lyon. Ici, on sait que les Lumière ne réclament pas de formation. Pour l’atelier des plaques, par exemple, ce n’est pas la peine de savoir lire ni écrire. Les deux frères et leur père ont horreur des ”gens à diplômes“. Ils embauchent les habitants du quartier, toujours sur recommandation, et les forment eux-mêmes. » 7"


      • il avait compris où se trouvait la vraie lumière : sur LA LUNE : https://www.youtube.com/watch?v=_FrdVdKlxUk


        • foutez la paix à la lune. elle n’aime pas les godemichets en métal. 


          • Rako, je ne suas qu’elle est la marque de vos lunettes, mais cela sent le « brol » à deux balles. La fin du film de Mélies EST CLAIRE, le diable éjecte, le CHAR d’assaut qui se retrouve dans les fonds marins (VINGT mille lieues ous les mers). Le voyage n’est pas extérieur mais intérieur. Même Henri Michaux le disait : j’ai voyagé de par le monde, mais le plus beau fut celui avec moi-même.


            • Rako, je ne sais qu’elle est la marque de vos lunettes, mais cela sent le « brol » à deux balles. La fin du film de Mélies EST CLAIRE, le diable éjecte, le CHAR d’assaut qui se retrouve dans les fonds marins (VINGT mille lieues ous les mers). Le voyage n’est pas extérieur mais intérieur. Même Henri Michaux le disait : j’ai voyagé de par le monde, mais le plus beau fut celui avec moi-même.


              • Louis, l’ouïe, j’ois, . Que ma JOIE DEMEURE.


                • zygzornifle zygzornifle 6 juin 18:55

                  Bon éclairage sur le personnage ....


                  • Goldored 7 juin 08:01

                    L. Lumière ? Le copain de Doriot ?


                    • biquet biquet 7 juin 10:18

                      @Goldored
                      Il avait reçu la francisque comme Mitterand, cela ne prouve rien.


                    • Goldored 8 juin 07:47

                      @biquet

                      Pas seulement. Il est également membre du conseil national de Vichy et fait partie du comité d’action de la LVF chargé du recrutement à Marseille.
                      La LVF ? Une paille, sans doute !
                      Sans doute un engagement attribuable à une erreur de jeunesse ?

                    • biquet biquet 7 juin 10:27

                      Le film défilait dans le sens vertical de bas en haut, ce qui interdisait d’utiliser de grandes images sur le film. Seul l’Imax défile dans le sens transversal. Avec le numérique on est passé à un format unique, allongé (rapport presque 1 sur 2) le 2K ou le 4 K. Même en photo, l’image verticale n’existe plus, elle est insérée à l’intérieur du cadre rectangulaire.

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