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Accueil du site > Actualités > Technologies > Stephen Hawking et l’impasse mathématique dans la physique (...)

Stephen Hawking et l’impasse mathématique dans la physique contemporaine

1. Une introduction transdisciplinaire

JPEG Stephen Hawking, comme bon nombre de personnalités à l’ère du vidéocosme, a eu deux vies en parallèle. L’une dans les hautes sphères de la science avec les spécialistes, les congrès, les publications, et l’autre dans les basses sphères médiatiques. Le grand public retiendra l’image d’un génie atteint d’une maladie dégénérative et appareillé pour communiquer à travers un écran les idées géniales produites par son cerveau. Le grand public mérite aussi d’être instruit sur l’importance des travaux scientifiques réalisés par Hawking dont le nom est associé au rayonnement du trou noir sans que l’on ne sache vraiment de quoi il s’agit. Personne n’a encore observé de trou noir s’évaporant. Ce détail rabâché dans les médias reste anecdotique eu égard à l’étendue de ces recherches qu’il est nécessaire de situer dans le contexte de l’époque où ils ont été réalisés.

Les recherches menées par Stephen Hawking et quelques-uns des remarquables scientifiques gravitant autour de la cosmologie, Roger Penrose et Jacob Bekenstein pour n’en citer que deux, sont emblématiques d’un dilemme, pour ne pas dire une confrontation entre deux champs complémentaires mais dont les modes opératoires sont distincts. D’un côté la physique, autrement dit la réalité, le réel, ce qui s’observe, s’expérimente et d’autre part les mathématiques, faits de signes et symboles, de calculs, d’équations, de déduction, avec un mode opératoire distinct car le mathématicien, même s’il a en tête les images physiques du réel, exerce son art sur des formules abstraites, en utilisant une feuille de papier et un stylo, avec si nécessaire un ordinateur pour faire les calculs qu’il juge utiles. Hawking était-il un mathématicien qui en jouant sur les formules a inventé des résultats physiques, ou bien un physicien comme l’étaient Einstein et Bohr ?

Cette question engage une conjecture épistémologique bien plus vaste et qui occupe la science depuis un siècle. Avec une interrogation sur la mathématisation du monde. La nature est-elle écrite en langage mathématique comme l’a évoqué en une sibylline formule Galilée il y a quatre siècles ? Le regard distancié du philosophe se met à douter et s’interroge sur un éventuel caractère fétiche des mathématiques largement présent pendant le 20ème siècle. La physique s’est prêtée au jeu des mathématiques mais d’autres secteurs ont été impactés. On pensera à la machine de Turing, aux théories de l’information appliquées en génétique par Henry Atlan, à la théorie des catastrophes utilisée par René Thom pour mathématiser le vivant, aux nombreuses recherches en biologie mathématiques. Même la philosophie a été concernée. Celui que l’on présente comme l’ontologue français du 20ème siècle, Alain Badiou, est allé chercher dans les mathématiques le graal pour configurer l’ontologie à travers l’être et l’événement. Ajoutons une touche folklorique en évoquant les nœuds borroméens dessinés par Lacan et nous disposons d’un tableau sommaire sur le pouvoir magique des mathématiques dans la pensée du 20ème siècle.

2. Hawking entre physique et mathématique

Hawking a emprunté plusieurs chemins scientifiques au cours de sa longue carrière. Avant qu’il ne soit connu pour ses résultats sur la thermodynamique des trous noirs, Hawking s’est penché sur la relativité générale afin de répondre quelques interrogations et notamment celles concernant la structure de l’espace-temps configuré par la gravité avec les singularités. Cet objectif est exposé dans l’introduction d’un ouvrage important dont le second auteur est G.F.R. Ellis, publié en 1973 alors qu’Hawking n’avait que 31 ans, un âge modeste mais qui n’a rien d’exceptionnel si on le compare aux 27 ans de Dirac lorsque ce dernier publia son traité de mécanique quantique qui fait encore référence. Ce livre de 400 pages intitulé « The large scale structure of space-time » n’a toujours pas été traduit en français. Le projet développé est ambitieux. Il concerne l’espace-temps et sa structure pour des échelles allant du rayon de la particule élémentaire au rayon de l’univers. Dans un premier temps, Hawking justifie l’emploi de la théorie relativiste d’Einstein. Une bonne partie de l’ouvrage est consacrée à la question des singularités dont la définition possède deux significations. La première définit une singularité comme un lieu dans lequel les lois de la physique ne sont plus valides. La seconde repose sur la notion de géodésique qui dans la relativité générale est une trajectoire spatiotemporelle pouvant être calculée dans deux cas, pour une particule massique ou pour un rayon de lumière. Une singularité devient alors une terminaison de la géodésique (ou alors un régime de convergence des géodésiques) alors que dans un régime non singulier de l’espace-temps, une géodésique n’a pas de fin. Cette terminaison peut avoir lieu dans le futur, lorsqu’une étoile massique s’effondre pour devenir un trou noir, ou alors dans le passé, lors de la singularité du big bang. Hawking envisage également une singularité future dans le cas où l’univers entier pourrait se replier et se terminer. La singularité est donc une terminaison ou alors une ouverture vers un domaine dans lequel les règles physiques sont différentes. C’est donc un mur qui éventuellement est aussi une frontière. Les recherches sur la singularité ont été initiées par Penrose, dont une quinzaine d’articles sont cités dans la bibliographie. Les mathématiques occupent une place prédominante dans ces travaux. Ce qui laisse perplexe quant à la signification physique de ces résultats, certains étant obtenus par démonstration et explicités sous forme de théorème ou de lemme. Les mathématiques étant une invention humaine, l’idée que la nature obéisse à des lois et respecte des théorèmes ne va pas de soi car elle traduit une forme d’anthropocentrisme que l’on retrouve dans les thèses faibles ou forte du principe anthropique. L’univers serait réglé pour que nous puissions l’observer dit la version faible. L’univers serait réglé pour que la vie apparaisse puis l’homme dit la version forte. Ce principe anthropique a été énoncé en premier par Brandon Carter qui n’est autre que l’un des confrères de Hawking et par ailleurs acteur dans le domaine de la thermodynamique du trou noir.

Les mathématiques sont un langage pour parler de la nature au même titre que les mots que nous utilisons dans le langage courant et qui ont été sélectionnés par convention, en vue de communiquer efficacement. Dans la remarquable confrontation avec son confrère Penrose, Hawking se positionne comme positiviste en considérant que les théories physiques sont des modèles mathématiques dont il est vain de se demander s’ils correspondent à une réalité physique. Tout ce que l’on exige d’eux, c’est que les prédictions qu’ils fournissent avec les calculs soient en conformité avec ce que l’expérience permet d’observer. Cette position se situe dans le prolongement de l’interprétation de Bohr. En réalité, ce positionnement reste une coquetterie épistémologique permettant à Hawking de se présenter comme un conservateur face à un Penrose occupant la place du réaliste et même du platonicien. Le fin mot de cette histoire est que la physique a dédoublé le langage mathématique en deux parties, l’une qui fait des calculs pour les observations et l’autre qui spécule sur le sens de l’univers (ainsi, le problème des singularités, c’est qu’on ne peut prédire ce qui va en sortir en utilisant la théorie classique et qu’il faudra employer la mécanique quantique). D’un côté l’astrophysique et de l’autre les spéculations sur les géodésiques, les trous noirs chauves et les trous qui s’évaporent.

3. Un trou noir sans cheveux peut acquérir une entropie

A la fin des années 60, Michel Polnareff chantait « ya qu’un ch’veu sur la tête à Mathieu ». Pendant ce temps, un groupe de physiciens élaborait le théorème de calvitie qui doit son nom à une facétie de John Wheeler qui eut l’audace de traduire de savantes équations sur le trou noir en une formule, « le trou noir n’a pas de cheveux ». En termes scientifiques, l’évolution du trou noir n’est pas unitaire, comme l’est l’évolution d’un système quantique. Une évolution unitaire repose sur le principe de conservation de l’information. Ce principe n’est pas respecté lorsque l’on étudie l’évolution d’un trou noir. L’essentiel des informations se perd. Pour donner un exemple, si la terre était absorbée par un trou noir, il ne resterait plus rien de la sphère terrestre, ni de la forme des espèces vivantes, des roches et encore moins des milliards de gigabytes contenus dans les mémoires informatiques. Plus exactement, un trou noir est décrit par une métrique, celle de Kerr-Newman, avec trois paramètres, la masse M, le moment cinétique J et la charge électrique Q. Les caractères formels de l’objet massique ont ainsi disparu au profit de trois quantités classiques employées dans la physique mécanique. M, J et Q fournissent tout ce que l’on peut savoir du trou noir. Ils permettent également de calculer l’aire de la surface de ce trou noir. 

En théorie, il ne se passe rien dans le trou noir qui avec sans poils et trois paramètres se présente comme un objet physique bien terne et inintéressant eu égard aux somptueuses formes des astres et autres galaxies témoignant d’un cosmos complexe. Si le trou noir a une signification physique, alors on en déduit que lorsque la gravité devient très intense, elle fait disparaître la complexité et la richesse formelle de l’univers, du moins la gravité théorisée par la relativité générale car la mécanique du trou noir émerge comme solution des équations relativistes. On pourrait en déduire la gravité « normale » est une force qui structure l’univers en réduisant la complexité, en façonnant un ordre étendu, spatiotemporel. Comme l’a signalé Hawking, la gravité façonne la scène sur laquelle elle joue, contrairement aux autres forces qui se mettent en scène sur un théâtre prêt à les accueillir. Il est bien connu qu’il y a deux scènes en physique, celle de la relativité restreinte et de la mécanique quantique, celle de la cosmologie relativiste. Imaginons de facétieuses particules quantiques s’invitant sur la scène gravitationnelle d’un trou noir pour jouer une partie. Il se produira d’étranges phénomènes et le trou noir chauve verra ses cheveux se hérisser. C’est ce qui apparaît dans les développements théoriques conduits par Hawking à la suite de Bekenstein. Le trou noir acquiert une entropie, des cheveux poussent, puis il rayonne, ses cheveux se hérissent. Les résultats obtenus par ces deux physiciens reposent sur un principe simple. Il s’agit de mettre en scène les particules sur une scène gravitationnelle où elles n’ont rien à faire si l’on considère que la relativité générale ne concerne que l’effet gravitationnel et donc reste étrangère à ce qui se passe dans l’univers quantique.

L’attribution d’une entropie à un trou noir ne va pas de soi. L’entropie est une quantité fondamentale en thermomécanique ainsi qu’en physique statistique. Elle est en connivence avec l’information mesurée ou prise comme concept. En calculant ce qui se produit lorsque deux trous noirs entrent en collision puis fusionnent, Hawking a montré que des ondes gravitationnelles sont produites et que l’aire du trou noir résultat est supérieure à la somme des aires de chacun des trous noirs réactifs. C’est alors que Bekenstein entre en scène pour éclaircir sous un autre angle cette question de l’aire. Il remarque que l’augmentation de l’aire lorsque deux trous noirs fusionnent ressemble à l’augmentation de l’entropie dans un système fermé et c’est le premier à suggérer l’attribution de l’entropie comme caractère supplémentaire du trou noir. Il montre que sous certaines conditions énergétique, une particule absorbée par le trou noir a pour effet d’augmenter de manière infime mais tangible l’aire du trou noir. Si l’aire s’interprète comme entropie, alors la particule s’interprète comme un quantum d’information, un bit. La voie vers une thermodynamique du trou noir était ouverte. Il manquait néanmoins un ingrédient essentiel, la température. Un trou noir ne rayonne pas et l’on ne peut pas lui assigner une température. Sauf si on configure ce trou noir dans un cadre quantique. Le grand résultat d’Hawking, c’est d’avoir établi qu’un « trou noir quantifié » se comporte comme un corps noir, qu’il rayonne et qu’en plus il s’évapore.

Pour résumer, un corps noir classique (un four en fonte sans orifice par exemple) possède une température et il rayonne sans s’évaporer. Tout au plus refroidit-il s’il est laisse échapper le rayonnement par un minuscule orifice. Un trou noir classique n’a pas de température et ne rayonne pas. Un trou noir quantique rayonne, il a une température et sa masse se réduit progressivement. Dit comme ça, l’affaire paraît évidente sauf que ce résultat a été obtenu par Hawking avec des procédés mathématiques et des choix théoriques contestés à l’époque par une partie des physiciens. Mais rien de bien scandaleux, pas plus que les régulateurs mathématiques introduits par Feynman pour résoudre les infinis dans les calculs de l’électrodynamique quantique qui est l’une des théories quantiques du champ. Deux procédés sont contestables mais légitimes si on note qu’ils sont efficaces et qu’ils ouvrent du reste vers des perspectives inconnues qui n’ont pas échappé à Hawking. D’abord le temps imaginaire, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque le nombre imaginaire intervient dans la mécanique quantique, étant associé au temps. Ensuite un choix contesté mais pas illégitime, celui d’utiliser l’espace-temps de Minkowski qui est celui de la mécanique quantique et donc qui n’a pas de courbure contrairement à celui de la gravité. Le résultat fut si éclatant que les physiciens sont passés outre ce choix discutable qui par on ne sait quelle ruse a fait émerger quelque chose, à l’instar des calculs en électrodynamique quantique. En bref, Hawking a voulu faire jouer les particules quantiques sur la scène gravitationnelle mais cachée, celle du trou noir. C’est en quelque sorte un passage en force dont les conséquences du point de vue théorique sont tangibles. Le trou noir quantique rayonne.

Ces travaux occupent la seconde période du chercheur Hawking, jusqu’à la fin des années 1990 marquées par la publication d’un livre majeur dans lequel se confrontent Penrose et Hawking (La nature de l’espace et du temps, Gallimard, 1997). Entre temps, Hawking était devenu célèbre avec sa brève histoire du temps.

La suite nous conduit vers la question de l’information et la dualité jauge gravité obtenue par un autre génie de la physique, Juan Maldacena. Vaste sujet que le sort de l’information dans le trou noir. Rien ne se perd a conclu Maldacena. Hawking qui pensait le contraire a acquiescé et entamé sa troisième vie théorique. Dans son dernier article pas encore publié, il utilise la dualité jauge gravité mais une fois de plus, la physique se perd dans les mathématiques. Les travaux de Hawking n’ont pas encore été interprétés et la gravité est incomplète. L’aventure continue. Je ne vous en dis pas plus, bien que j’en sache un peu plus.

Hawking est resté dans l’impasse mathématique. Il n’a pas réussi la sortie métaphysique.


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20 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 23 mars 11:06

    Bizarre cet acharnement contre Hawking.. ?...peut être un peu de jalousie sur sa réussite internationale par rapport à la votre très limitée smiley


    • Jean-Yves TROTARD Jean-Yves TROTARD 23 mars 12:31

      @bob14
                         



                   Bizarre ce commentaire de Bob 14.

    • bob14 bob14 23 mars 12:33

      @Jean-Yves TROTARD....Il n’est jamais « TROTARD » pour apprendre mon bon... smiley


    • Fanny 25 mars 20:43

      @Jean-Yves TROTARD
      Un trou noir en guise de cervelle.

      Avec ou sans cheveux ?

    • bibou1324 bibou1324 23 mars 14:53

      « Les mathématiques sont un langage pour parler de la nature »


      Là où l’on apprend que vous n’avez pas le moindre début de notion de ce que sont les mathématiques ...

      « un corps noir classique (un four en fonte sans orifice par exemple) »

      Là où l’on apprend que vous n’avez aucune notion de physique non plus ...

      La métaphysique ne vous réussi guère, on dirait. Vous devriez vous reconvertir, on cherche des bergers dans les Alpes il parait.

      • Alcyon 26 mars 00:54

        @bibou1324 : clairement. Entre limiter les maths à un « langage de la nature » ce dont peu de mathématiciens défendent de nos jours quand on voit la recherche en math et le corps noir « four en fonte » quand on en voit un plus proche tous les jours dans le ciel nous illuminer, on a compris que l’auteur n’a pas la moindre idée de ce dont il parle.


        On sent le philosophe frustré d’avoir perdu sa position de professeur tentant de défendre sa corporation par tous les moyens.

      • fou666 23 mars 17:05

        "Les mathématiques étant une invention humaine, l’idée que la nature obéisse à des lois et respecte des théorèmes ne va pas de soi car elle traduit une forme d’anthropocentrisme que l’on retrouve dans les thèses faibles ou forte du principe anthropique."

        du véritable charabia aussi nul que le reste de l’article.
        .


        • rhea 1481971 23 mars 19:01
          • Ce qu’il faut savoir les villes françaises qui étaient importantes lors
          • des croisades doivent posséder des documents sur la science arabe
          • de premier millénaire, science qui était très développée à cette
          • époque. Les sociétés plus ou moins secrètes du 19 éme siècle
          • éditaient des livres qui paraissaient anodins, qu’il faut savoir
          • déchiffrer ( comme la société tél hématique de Verdun de
          • 36 membres, le cosinus de 36°:c’est le nombre d’or / 2).

          • jeanpiètre jeanpiètre 23 mars 20:06

            Hawkings affirmait qu on pouvait sortir d un trou noir, j attends donc de ses nouvelles prochainement


            • Debrief 23 mars 22:50

              @jeanpiètre
              Je pense qu’il faisait plutôt référence à sa naissance.


            • Étirév 24 mars 03:53
              De quelle « Gravité » parle t-on dans cet article ?
              Rappel sur la théorie de Newton au sujet de sa loi d’attraction :
              L’histoire de l’hypothèse de Newton est l’histoire de toutes les hypothèses. Un jour, un homme observe un phénomène, il s’arrête, il regarde, il s’étonne, il cherche, puis il se fait à lui-même une réponse quelconque : c’est une hypothèse.
              Elle pourrait être juste, mais elle est, presque toujours, fausse, parce que les lois de la Nature sont cachées, complexe, et que, pour les connaître, il faut de longues études ou une inspiration extraordinaire, éclose, soudain, dans une tête de génie.
              Tel n’était pas le cas de Newton, car nous sommes en mesure de démontrer que toutes les théories qu’il a jetées dans la science sont fausses.
              En l’absence d’une science approfondie ou une inspiration juste, la réponse que font les hommes aux phénomènes qu’ils veulent expliquer est toujours adaptée à l’effet ultime, dernier, du phénomène ; elle s’applique à l’apparence, elle ne va pas au fond des choses.
              C’est une réponse de ce genre que Newton se fit à lui-même le jour où il se demandât pourquoi la pomme qui se détachait de l’arbre tombait sur la terre.
              La pomme « tombait », il en conclut que la terre avait la propriété d’attirer les corps. Et sur cette hypothèse, il formula une loi.
              Une réponse de ce genre, donnée aujourd’hui, serait accueillie par un immense éclat de rire. Mais du temps de Newton, on était moins difficile, on accepta l’hypothèse et on en fit une loi formulée en ces termes : « Tous les corps de la nature s’attirent proportionnellement à leur masse et en raison inverse du carré de la distance ».
              Une fois la loi faite, il arriva ce qui arrive toujours en pareil cas, des gens qui n’avaient jamais pensé à se demander pourquoi la pomme tombait, émerveillés de ce que quelqu’un ait eu l’idée de poser cette question, en conclurent que l’homme étonnant qui avait trouvé la question avait aussi trouvé la réponse. Du reste, pour discuter la proposition de Newton il eut fallu une science qui n’existait pas à son époque ; la chimie n’était pas née, on ne connaissait pas encore les propriétés de la matière, on ne savait rien de la cosmologie. Tout était à faire. On accepta donc comme une loi l’hypothèse posée, et, en vertu de cette tendance à l’exagération qui est le propre de la nature de l’homme, on mit une affirmation où l’auteur n’avait mis qu’un doute, on dépassa le but, on s’emballa dans une voie qui devait entraver, pendant deux siècles, le progrès des sciences physiques.
              En effet, cette loi de l’attraction, qui est fausse, se retrouve partout ; on ne fait pas un pas, dans la science, sans s’y heurter, on s’en est servi comme d’une cause universelle pour tout expliquer. Et, comme la loi est fausse, toutes les explications données à l’aide de la loi sont fausses.
              Cela me permet de rebondir sur le théorème de calvitie et la formule, « le trou noir n’a pas de cheveux », d’un point de vue historique et psychologique.
              Dans l’Égypte ancienne, Les prêtres du Temple d’Isis, les Isiaques, se rasaient la tête parce qu’ils avaient appris jadis, dans l’enseignement des Prêtresses, que les passions sexuelles font tomber les cheveux de l’homme ; cet usage qui, se modifiant avec le temps, est devenu la tonsure.
              Rappelons également que c’est sur ce mont Calvaire (mont des chauves, Golgotha en hébreu) que la femme avait pleuré les souffrances qui lui avaient été causées par les hommes dégénérés (les hommes chauves). C’est pour cela que ce lieu fut choisi par ces ironiques, pour être le lieu où l’on venait se tondre en souvenir d’Adonaï !... La tonsure était destinée à masquer la calvitie.
              Cordialement

              • Bernard Dugué Bernard Dugué 24 mars 10:33

                @Étirév
                Une réponse brève. Il y a la gravité de Newton dont le principe est une force, sauf qu’il n’y a pas de force transmise dans le cosmos. Ce qui ennuyait Newton au point qu’il divinisa l’espace-temps pour lui conférer le statut d’un fluide transmettant la gravité. Pour Einstein, la gravité n’est pas une force mais une structuration de l’espace-temps par la matière. Les corps suivent des géodésiques. Cette conception est provisoire. La prochaine gravité sera informationnelle, mais il est impropre de parler de force entropique. La voie a été tracée par le principe holographique et la dualité jauge gravité. Il y a encore du chemin. 


              • Taverne Taverne 24 mars 11:23

                @Bernard Dugué

                Je n’y connais pas grand chose mais la force n’est-elle pas le résultat du rapport entre deux corps qui s’opposent ? Deux atomes, deux corps célestes...

                La force n’est-elle pas le troisième élément ? Un corps + (opposé à) un corps = une force.


              • julius 1ER 24 mars 08:35

                Excellent article Mr Dugué, vous êtes un très bon vulgarisateur de ces sciences que sont la physique et les mathématiques .... 


                ces débats paraissent si abstraits pour nous profanes que l’on commence à percevoir où sont les vrais débats et enjeux relatifs à ces sciences....
                c’est bien que Avox ait des personnalités telles que vous pour écrire sur ce site !!!!

                • Sinbuck Sinbuck 24 mars 09:41

                  Oui Bernard Dugué vulgarise depuis des années sur AV. Son travail est louable mais parfois, la « superposition des concepts » scientifiques, philosophiques, métaphysique, ..., n’est qu’une structure rhétorique dans l’association des mots sans aucun sens véritable mais avec une certaine intuition (parfois) qu’il faut lui reconnaître.


                  Lorsqu’on parle d’une singularité (point non défini) ou d’un trou noir, je pense toujours au théorème des résidus dans le plan complexe... J’alignais des calculs à l’université (sciences de l’univers) avec un certain plaisir (je dois dire) en prenant conscience de l’imagination nécessaire (dans ce théorème) pour « créer une surface » à partir de rien (une forme d’intégrale étendue). De là est issue (entre autre) la mathématisation d’une cosmologie abstraite qui souhaite expliquer l’état initial de l’univers ou la nature d’un trou noir. Mais peut-on réellement tout expliquer ? 

                  La science est vraiment orgueilleuse, c’est un peu comme les déviances mathématiques du modèle standard qui réduisent le « monde physique » à une suite de quantificateurs et de symboles... qui construisent un château de cartes très instable lorsque la matière-énergie noire est absente de ce système. Qui peut penser que la vérité puisse émerger de la formalisation limitée à 5% du système ?
                  Avec le développement et la puissance de calculs des machines, je crois que, très rapidement (moins de 50 ans), un nouveau paradigme de la science va émerger (et écraser l’ancien) pour lier avec plus de pertinence et de véracité, la matière et l’énergie... 

                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 24 mars 10:36

                    @Sinbuck Je reconnais en effet utiliser autant l’intuition que la rationalité. Le résultat est parfois surprenant. Le nouveau paradigme est en marche, mais il reste étranger aux calculateurs





                    La philosophie scientifique n’hésite pas à bousculer les théories scientifiques pour qu’elles livrent les secrets de la nature et notamment de cette étrange matière étudiée par la physique quantique.

                    Temps, émergences et communications présente une investigation scientifique et philosophique sur la place et le rôle de l’information dans les systèmes naturels. Une première partie propose une interprétation inédite de la physique quantique en plaçant au centre de la réflexion l’idée d’une matière qui communique. Cela permet de reprendre le questionnement systémique sur l’émergence en examinant les phases de la matière, les processus thermodynamiques et le cosmos, sans oublier d’esquisser quelques thèses sur le lien entre communications et émergences.

                    Cet ouvrage propose trois révolutions scientifiques : celle des communications quantiques, celle de l’émergence ordonnée autour des processus sémantiques et enfin la révolution « cosmoontologique » du temps. Il s’adresse aux spécialistes scientifiques ainsi qu’aux lecteurs novices intéressés par le bouleversement des connaissances à notre époque.


                  • julius 1ER 25 mars 18:47

                    @Sinbuck


                    au moins là il peut y avoir un débat intelligent et intelligible même si le profane n’est pas toujours en mesure de quantifier tous les tenants et les aboutissants ...
                    au moins après avoir lu votre réponse et celle de Dugué je pense que ce soir je vais me coucher ... moins bête ... c’est toujours çà de pris !!!

                  • Sinbuck Sinbuck 24 mars 11:31

                    Merci Bernard Dugué pour les références. Je viens de voir les sommaires et certains concepts traités semblent intéressants. J’ai peur cependant d’une intellectualisation trop normative (je connais votre écriture depuis le temps) au détriment d’une pratique limitée des faits vécues en toute conscience ou d’une formalisation mathématique non expérimentée. En effet j’en ai couché des « bra-ket » sur le papier et je suis souvent déçu par la description de la quantique par les mots... De plus j’imagine que le nouveau paradigme scientifique émergera d’une prise de conscience vécue et expérimentée (immanence) entre notre mental abstrait et nos cellules... et pas d’une analyse concrète des systèmes de communication qu’ils soient physique, informatique ou biologique.

                    Mais bon, votre travail est louable et je suis un fervent défenseur de l’interdisciplinarité donc je vais poursuivre mes travaux d’ébénisterie (du tronc de noyer au meuble) dans l’atelier ce WE et poursuivre également ma réflexion sur l’achat probable de vos ouvrages...

                    • Claude Simon Claude Simon 15 juillet 11:18

                      Hawking décrit fort bien la physique à la surface d’un trou voir, et sa relaxation, la bordure galactique (eq delta G-différence entre relativité et newtonienne).


                      Il n’a pas raté sa sortie métaphysique, pas pour tout le monde.
                      Il était empathique.

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