Je peux
répondre à ce message, le premier ne me semblait pas suffisamment constructif.
Je n’ai personnellement rien contre la psychanalyse. Cela peut être un bon
outil, dans certains cas, pas pour tout. En tant que médecin, cela m’arrive
régulièrement de faire appel pour certains de mes patients à des psychologues
ou psychiatres de formation psychanalytique, et avec succès pour certains. Mon
fils a été suivi pendant 3 ans par une psychologue psychanalyste, puis nous
avons essayé pendant encore un an avec une autre personne sans plus de succès.
C’est vous dire que nous nous sommes accrochés, malgré que nous ayons entendu
que nous ne savions pas l’éduquer, que nous étions anxieux nous-même et qu’il
était normal qu’il le soit lui aussi, perfectionnistes et éventuellement
stressés par notre travail et qu’il ne faisait que nous imiter... Je pense que
votre profession pâtit actuellement du manque de compétence de certains
psychanalystes (comment ne pas se remettre en question quand 3 ans de soins
n’ont pas apporté d’amélioration), de l’abus de pouvoir d’autres devant des
parents démunis et perdus. N’est-ce pas jouer à l’apprenti sorcier que de
demander des tests de QI et de ne jamais en donner la conclusion aux parents ?
Pourtant les résultats de ces tests pouvaient faire se poser des questions, à
défaut de savoir penser à un trouble envahissant du développement. Je n’ai pas
non plus inventé les mots des psychanalystes dont les témoignages ont été
diffusés dans le film « le mur » et personne ne les obligeaient à de tels
propos, dégradant pour les parents.
Je pense que votre profession pâtit actuellement de n’avoir pas su se remettre
en question quand il le fallait sur certains sujets. Et le sectarisme qu’elle
subit aujourd’hui est probablement une réponse au sectarisme qu’ont subi
certains parents. Je suis d’accord sur le fait
qu’autisme de Kanner et syndrome d’Asperger paraissent des entités assez
différentes pour certains aspects cliniques. Mais je ne fais que suivre les
définitions données par les psychiatres qui les considèrent tous les deux comme
des troubles du spectre autistique, avec des caractéristiques communes. Je n’ai
pas les compétences pour critiquer les classifications établies. Certes les
enfants Asperger ont la chance de pouvoir éventuellement s’intégrer, a minima
comme vous l’écrivez. Cependant, quand vous êtes convoqué tous les mois par la
direction de l’école, par l’inspection d’académie, que vous entendez que si
vous ne trouvez pas une solution rapidement, votre enfant ne pourra pas rester
dans le système scolaire ordinaire, vous avez quelques raisons d’être inquiet et
de ne pas être satisfait de ce minima. Avez-vous jamais essayé de vous imaginer
en tant que parent ayant un tel enfant, jamais invité par les autres enfants,
montré du doigt à la sortie de l’école, dont on peut se demander si il arrivera
à s’intégrer suffisamment pour apprendre un métier, être autonome, avoir des
amis, une famille ?
Le point fondamental de l’article n’était pas de faire le procès de la
psychanalyse, mais uniquement de raconter une tranche de vie et de montrer
qu’il y a un retard immense en France dans le diagnostic et la prise en charge
de ces troubles, d’expliquer également la grande solitude des parents, et de
s’étonner du trop faible nombre de centres diagnostiques des troubles des
apprentissages et de leur inaccessibilité. J’ai un diagnostic maintenant pour
mon enfant, parce que je suis médecin, que j’ai cherché, lu, consulté dans
beaucoup d’endroits différents. Comment font les autres parents ? Mon enfant va
finalement bénéficier d’un bilan complet dans un centre diagnostic, mais plus
de 5 ans après le début des difficultés, n’est-ce pas un peu tardif ? Et avoir
un diagnostic change tout, dans l’investissement qu’auront les enseignants à
aider l’enfant, à communiquer avec ses parents, dans l’obtention d’aides
fondamentales et inaccessibles financièrement en dehors de demandes auprès de
la Maison du Handicap comme l’aide par un auxilliaire de vie scolaire. Je n’ai
rien pour ou contre telle ou telle prise en charge. Je suis pragmatique. Et
quand après trois mois de prise en charge comportementale, mon fils a nettement
amélioré son comportement à l’école, a à nouveau accepté de travailler en
classe, a commencé à jouer plus normalement avec les autres dans la cours de
l’école, mon choix de prise en charge n’a pas été difficile. Il n’a pas encore
tout compris et je suis bien consciente que ses progrès sont fragiles, mais
avec l’aide de ses enseignants, de son auxilliaire de vie scolaire, nous
pouvons envisager l’avenir plus sereinement. Je pense qu’il y a, en France, un
manque criant de formation et d’information des personnels du RASED et même des
CMP, des médecins, des enseignants qui devraient être les personnes ressources
pour penser à un possible handicap et adresser ces enfants à des centres
diagnostics adaptés.