Naturellement Sylvie, l’alcoolisme ne dépend pas du nombre de verre absorbés. Ce garçon confond l’effet et la cause. Je l’invite à visiter les malades alcooliques admis dans les hôpitaux chaque jour et à les écouter se raconter, ce qu’ils font volontiers. Et pour parfaire son expérience qu’il aille à quelques réunions des Alcooliques Anonymes écouter les difficultés quotidiennes parfois surhumaines des participants pour se défaire de l’alcool. Et pour finir visiter les « Al-anon », groupes familiaux créés pour le soutien de parents alcooliques. Après ça, nul doute qu’il ait une autre vue du sujet.
Un emploi du temps de ministre, oui bien sur, mais ne serait-ce pas pour fuir cette solitude dont parle Gabriel ? Nous sommes seul devant la mort et la fuite du temps et ce n’est pas les derniers instants de notre vie passés sur un banc qui changeront quelque chose même si c’est préférable que de rester chez soi. Vieillir c’est aussi et surtout devenir seul.
Il y a certainement des centaines de façons de mourir et d’apprécier sa propre fin de vie. Je ne crois pas que la morphine à hautes doses change grand chose à l’état d’un mourant si ce n’est de le couper un peu plus chaque jour de son environnement et d’assumer la lâcheté de ses proches. Je ne suis plus tout jeune et j’ai vu disparaitre les diverses générations, parfois très proches de la mienne, qui composait ma famille et mes diverses belles-familles. Je suis convaincu que pour certaines, une interruption volontaire ou assistée eut été préférable. Je suis, cela dit, très respectueux des convictions de chacun, mais je souhaiterais pouvoir disposer, quand la nécessité physique ou psychologique s’en fera sentir, de ma vie comme je l’entends et ne pas attendre d’être impotent et voir défiler à mon chevet des visages plein de pitié pour le légume que je serais devenu. Je suis bien conscient malgré ça, qu’il faille un encadrement juridique pour éviter les excès.