Le problème, c’est que des tas de gens qualifiés et expérimentés ont beau expliquer inlassablement les raisons de leur mécontentement, il reste toujours une quantité désespérante d’ânes pour brailler que le président doit rester ferme face à ces nantis de fonctionnaires qui se la coulent douce. La bétise humaine est difficile à combattre...
Oui, les politiques donnent bien 3 mois pour réaliser le changement parce que l’intégration des IUFM dans les universités n’implique en rien l’obligation de changer la procédure de recrutement des professeurs, et par conéquent la préparation de nouvelles maquettes alors que le ministère n’a pas exprimé clairement l’orientation qu’il souhaite apporter à ces concours.
A la base cela pouvait permettre une meilleure communication entre personnels IUFM et personnels universitaires, en permettant par exemple à plus de gens de travailler simultanément dans les deux communautés, qui dans certaines disciplines ne s’apprécient pas beaucoup. Il était légitime d’attendre de bonnes choses au moment de l’intégration, et de ne pas (trop) se plaindre à ce moment-là.
Ajoutons à cela qu’il y a des aberrations flagrantes dans les figures imposées que souhaite le ministère dans les maquettes, comme la volonté de vouloir confronter les futurs M2 au monde de la recherche universitaire, ou le fait de minimiser grandement (pour ne pas dire faire complètement disparaître) l’action des maîtres formateurs auprès des étudiants.
Un cas typique de ce qui va se passer grâce à cette magnifique réforme est le suivant. Je me préoccupe dans ce qui suit uniquement du premier degré (formation au professorat des écoles).
Les personnels des IUFM officiant en premier degré sont actuellement composés d’un grand nombre de maîtres formateurs, qui sont d’anciens professeurs des écoles ayant passé un concours leur donnant le droit d’officier en tant que formateur à l’IUFM. Ce sont des gens qui ont eu des années de classe devant eux. On va bien gentiment dire à ces personnes que désormais ce sont les universitaires qui devront gérer la formation des futurs profs des écoles. L’université va demander à chaque composante des gens pour assurer des enseignements de français, maths, histoire, etc. aux futurs M1 et M2.
Les professeurs des universités et les maîtres de conférence qui pourraient s’en occuper sont pour la plupart passionnés par leurs recherches ; un grand nombre d’entre eux considère déjà que faire de l’enseignement à des spécialistes de leur discipline est bien moins intéressant. Alors préparer des cours de leur discipline à un niveau scolaire, ce sera hors de question.
Restera donc pour assurer les cours les bouches-trous : les moniteurs en thèses et autres ATER, qui auront une thèse à finir ou une place de maitre de conférence à chercher. Donc, pour former les futurs professeurs des écoles, on va remplacer des gens qui auront passé des milliers d’heures dans des classes maternelles et/ou élémentaires par des gens qui arpentent les couloirs de la fac depuis des années, qui n’ont plus vu ce qui se passe dans des écoles depuis 20 ans et qui n’auront aucune expérience de classe. Bien sûr, ces gens seront remplacés au bout d’un an par de nouveaux thésards/ATER. Voilà concrètement ce qui se passera dès la rentrée prochaine au premier degré.