J’ai commenté un article de Marion Sigaut sur le site E&R en abordant le
sujet de votre manière : en argumentant sur la déloyauté du Roi envers son
peuple en préjugeant que bien légitimement il souhaitait à la fois mettre les
siens en sécurité et restaurer la royauté en choisissant la « fuite » (de
Varennes), argumentant que c’était une des raisons pour lesquelles il fut
décapité. Entre autres, du fait qu’il avait prêté allégeance à la Convention et
porté la cocarde, il se reniait.
De toute bonne
foi, en me mettant « à la place » des révolutionnaires, je leur
donnais sans le savoir, un crédit qu’ils ne méritaient pas. Les révolutionnaires
peuvent en effet invoquer « la traîtrise » pour s’attaquer à la
personne du Roi, cependant cet argument est-il légitime ? Car pour qu’il
le soit il faudrait que la fuite du Roi soit intervenue dans un processus
révolutionnaire « vertueux ». C’est-à-dire au cœur d’une révolution populaire
spontanée, elle aussi légitime. Il faut en effet revenir au contexte pour
apprécier avec justesse les actes.
Au regard des faits, la fuite, semble être un acte contraire à la parole donnée
et dans le but à terme de nuire aux intérêts du peuple français, sincèrement
révolutionnaire. Mais Marion Sigaut m’informa de la duplicité du jeu des
révolutionnaires et que cet événement ne découlait en définitive que d’un
« coup d’état » visant à faire tomber la royauté. De même, l’armoire de
fer dans laquelle furent trouvés des documents compromettant pour le souverain
n’était que fiction.
Dès lors, est-on en droit d’accuser de « traîtrise » un homme dont la
chute a été programmée, alors que celui-ci en définitive débonnaire ne voulait
que le bien de son peuple ?
Si les dés sont pipés, je ne vous apprends pas que l’interprétation des tekmeria
l’est aussi ! Ne peut-on dès lors pas dire que la qualification de traîtrise de
la part des conventionnels n’est qu’un des arguments fallacieux à ajouter au
débit du Roi dont le sort était joué à l’avance, au même titre que pour
Marie-Antoinette le fut l’histoire du collier ?
Prenons un exemple contemporain : la révolution de couleur de Maïdan" en
réalité comme en 1789 un coup d’état programmé. Le président Iannoukovitch,
pourtant loin d’avoir autant agi dans l’intérêt du peuple ukrainien que ne le
fit Louis XVI, peut-il être appelé traître à son peuple d’avoir cherché refuge
en Russie ? Poutine le poussait à agir en envoyant l’armée tirer sur le
peuple, mais le président ukrainien rejeta cette option. Il fut donc chassé du
pouvoir et pris la fuite se sachant condamné à mort s’il restait. Du
point de vue russe il est passé pour lâche, du point de vue ukrainien pour un
traitre. Pourtant, le jeu était joué d’avance, et en agissant de la sorte il
préservait les siens et son peuple.
Dans un jeu
donné, si les règles sont faussées par les donneurs de cartes, il ne faut pas
ensuite reprocher au perdant de mal se comporter en sortant de la table pour se
refaire et lui prêter de fausses intentions ne revient qu’à vouloir l’accabler
d’avantage pour lui donner le mauvais rôle. La prérogative des vainqueurs qui réécrivent
l’Histoire apostériori.
Je pense que Marion Sigaut tient, comme elle le fit
avec moi, à vous en garder, tout en défendant sa position que vous attaquez en
vous basant sur des faits biaisés, qui sont depuis 1789 la base d’une critique
historique généralisée tout aussi biaisée.
Je ne cherche ni à défendre le point de vue de Marion Sigaut ni à contrer votre vision de la république révolutionnaire. Démocrate plaidant pour une véritable démocratie c’est à dire exercée librement et directement par le peuple (sans aucune forme de représentation) ai-je besoin de
préciser que je ne suis ni royaliste, ni républicain, ni fasciste ou nazi pour
consulter E&R ?...