Je comptais publier le présent témoignage dans une tribune libre de Agoravox mais les modérateurs m’ont conseillé de m’adresser directement au Parisien. Je n’y avais pas pensé mais je vais y réfléchir ! Je viens de découvrir que ce sujet avait été publié ici l’année dernière ce qui a donné lieu à quelques réactions. En attendant, voici donc mon témoignage à la suite de ces réactions...
Je viens de lire l’article paru le 15 mai 2026 dans Le Parisien, intitulé « On trompe les étudiants sur leur niveau réel » : à l’ancienne « fac Pasqua », des notes trop gonflées ?
Je confirme que les notes étaient régulièrement remontées lorsque j’étais étudiante à l’ESILV. Je trouve surprenant que l’ESILV justifie cette pratique, comme le fait l’Education Nationale pour justifier les gonflages de notes au BAC et Brevet, en expliquant qu’il s’agit d’une « harmonisation » destinée à corriger les biais de notation liés à des professeurs trop exigeants, ce qui créerait des écarts entre les groupes...
Pourquoi considérer systématiquement que le problème vient des enseignants les plus exigeants ? D’ailleurs est-ce un problème que des professeurs soient exigeants ? Lorsque j’étais étudiante à l’ESILV, certains professeurs étaient connus pour ne pas respecter les barèmes et attribuer des points de manière très généreuse, parfois pour des réponses très incomplètes ou erronées... Cela permettait à des étudiants ayant un niveau très faible d’obtenir de bonnes notes. Les écarts entre groupes ne sont pas uniquement dus à des enseignants trop sévères, mais aussi et peut-être surtout à des enseignants trop laxistes.
Par ailleurs, une harmonisation des notes est censée rester une mesure exceptionnelle. Pourtant, les remontées de notes étaient très fréquentes. Elles ne peuvent donc pas toutes s’expliquer par une simple correction de biais de notation. Il arrivait même que deux groupes d’un même enseignant présentent plusieurs points d’écart, parfois trois ou quatre points, ce qui montre bien que la situation est plus complexe.
À l’époque, nous recevions régulièrement des messages sur le portail étudiant indiquant que les notes avaient été relevées parce que le sujet était jugé trop difficile ou trop long, ou encore parce qu’une erreur s’était glissée dans l’énoncé, alors même qu’il restait possible de traiter le sujet. En pratique, dès que les résultats étaient jugés trop faibles, une remontée des notes intervenait. Je me souviens également de modifications de coefficients dans certains modules afin de permettre à davantage d’étudiants de les valider. Je découvre également, à travers cet article, que le système des étudiants « Experts » existerait toujours. À mon époque déjà, ces étudiants, investis dans la vie de l’école (journées portes ouvertes, médiation, événements...), disposaient d’un capital de points qu’ils pouvaient répartir pour augmenter leurs notes dans les modules de leur choix.
Le principal problème est que ces pratiques permettent à des étudiants qui n’ont pas acquis les compétences attendues de valider des modules et, à terme, d’obtenir un diplôme d’ingénieur...
Notes gonflées au brevet, notes gonflées au BAC, notes gonflées en école d’ingénieurs...Avec du recul, je me dis que tout cela est une vraie mascarade !!
Je suis satisfaite de voir que ces sujets sont aujourd’hui évoqués publiquement. Je pense d’ailleurs que si cet article a pu voir le jour, c’est aussi grâce aux témoignages de bons étudiants qui ont vécu ces pratiques comme une injustice.