je ne peux que soutenir votre dénonciation de la politique étrangère de la commission européenne et de Washington. Cependant je ne vous rejoins pas sur certains points essentiels :
a) Si l’ensemble de la population russe soutient la réunification- je suis en Russie spectateur de ces manifestations-, il ne faut pas verser dans l’« anticapitalisme » sans comprendre ce qui a perdu la Grande Patrie- ainsi parlent les néo communistes de la Fédération de Russie. Le Parti de la Grande Patrie (nldr : le parti communiste russe) propose une analyse similaire à la vôtre, mais oublie bien vite que c’est bien une économie socialiste qui a provoqué la chute de l’Union soviétique (je passerai les détails historiques comme les déportations massives en 1945 des Tatars de Crimée).
b)Le fond du discours est « nostalgique » et non économique. Ce sont des identitaires à habillage vaguement marxiste. Le mot peut déplaire et les apparenter à certains groupes français, mais c’est ainsi. Le concept de lutte des classes est inopérant et n’entre aucunement en jeu dans la réalité des événement ukrainiens. Il s’agit plutôt d’« identité nationale ». Un débat qui contredit l’internationalisme communiste.
c) le pouvoir russe est libéral et national, tachant de joindre les opposés historiques pour faire naitre un consensus national minimum. N’oubliez pas que la Fédération de Russie est multi-ethnique et extrêmement diverse au point de vue religieux.
d)Le PdGP est moins aujourd’hui un parti communiste et d’opposition qu’un parti nationaliste, jouant le rôle du centre en France (force de blocage, d’équilibre).
e) les manœuvres russes en Crimée ne sont autre chose qu’une géopolitique pragmatique et habile, loin devant l’habillage idéologique et romantique qui l’accompagne et parfois l’appuie sur le plan intérieur et extérieur, comme votre discours qui, je vous l’accorde, a pour objet la dénonciation de l’impérialisme américain. Je serai donc la petite voix réaliste qui vous décrit les faits.
Je tiens à présenter mes respects au général avant tout commentaire. Je ne suis pas tout à fait étranger à l’institution militaire dont le principe même est la plus haute réalité de la vie de la nation. Or justement il y a selon moi quelques faiblesses dans l’article. En effet, plusieurs passages sont contestables en raison des poncifs hélas contagieux transmis par le système et la police médiatique. J’en donne deux principaux :
1) On peut -et l’on doit- distinguer politique et économie : le « mondialisme » n’est autre qu’un concept creux forgé par une certaine gauche dite « caviarde », « bobo »pour dénoncer le capitalisme sans l’appui idéologique d’une URSS défunte. Ou pour accepter a minima que le marché est seul capable de produire des richesse grâce à la liberté d’entreprendre. Le problème est qu’il est utilisé consciemment ou non par un panel extrêmement large, des plus conservateurs aux plus staliniens.
C’est le poncif le plus heurtant dans l’argumentaire du général. D’autant plus que la France qu’il exalte est à juste titre empreinte de liberté économique : celle des petits patrons, des paysans et des ouvriers - qui n’ont pas jamais eu besoin d’un syndicalisme revanchard, communard avant d’être communiste- pour défendre le progrès social et la prospérité de la tribu que l’on nomme « nation » par convention.
2)L’opposition entre l’armée et l’école n’a aucun sens, mais peut-être fusse t-il bon de préciser que c’est la III république qui a forgé l’armée nationale telle que nous la connaissons au moyen de l’école, et qui a structuré l’idée même de nation contre les « petites patries » qu’ont toujours été les Provinces. Or il ne peut exister de Patrie sans qu’on en caresse le sol ancestral, particulier.
L’accent est moins à mettre sur la place de l’instruction publique, que sur les orientations auto-flagellatrices portées par la repentance perpétuelle et tout-azimut. L’exemple russe est significatif, puisque son histoire violente ne l’empêche pourtant pas de continuer à l’écrire pour poursuivre l’idée de nation. Si la France a pour boulet l’Algérie et le Veld’Hiv’, la Russie ne s’humilie pas tous les matins pour Katyn. C’est là sa force : ne pas être l’ esclaves de son histoire et savoir en faire un outil de cohésion nationale.
Nul non plus, n’oubliera les gravures représentant les bataillons scolaires défilant fusil à l’épaule lors du 14 juillet 1889. Le général aurait pu pousser la logique jusqu’à défendre les lycées militaires, derniers lieux où l’on enseigne ce qu’est un drapeau. Ces structures de résistance- le terme et justifié- sont en passe de disparaître, cachées sous le nom inodore de « lycées de la défense » avant d’être liquidés par petites touches. Si cela concerne aujourd’hui ces véritables écoles de la nation française, cela touchera tôt ou tard l’Ecole elle-même par où tant d’ Anciens sont passé. Et anéantira les élites capables de porter l’idée du drapeau.