Vous avez oublié cette question, oubli qui a l’air d’être en rapport avec une certaine allergie au droit de votre part : Comment est né ce concept ? Est-il totalement illégitime ou peut-il être
adapté, par le Droit, à une notion de bien commun de la même manière
que le fut celui de liberté individuelle ?
Je précise que ce deuil-culte n’est pas obligatoirement, dès son apparition, un enterrement. Il est plus logique de penser que l’enterrement est une forme élaborée d’un culte l’ayant précédé, comme vous dites déclenché par le besoin de protéger le corps des charognards, par exemple.
Ce que je veux essayer de décrire est la transformation de comportements sociaux, basiques et primaires mais néanmoins vitaux, en culte du fait d’une propriété dont l’homme est l’espèce la plus dotée. C’est-à-dire l’empathie ( au sens que lui donne les neurosciences complété avec l’altruisme évolutionniste), qui est un mécanisme biologique permettant de ressentir une situation à laquelle l’individu n’est pas soumis. C’est le canal par lequel sont nées les relations sociales, et cela a commencé bien avant les hominidés puisqu’on retrouve ce mécanisme, à des degrés divers, chez les animaux. Il est facile d’imaginer qu’un clan nomade d’hominidés qui doit affronter la mort de l’un des siens a un problème avec ceux qui ont le plus d’empathie avec le défunt, les plus proches génétiquement. On reste ? On s’en va ? Qu’une forme de culte apparaisse comme forme de faire son deuil et pouvoir continuer n’aurait rien d’étonnant. Le chamanisme apparaîtra plus tard dans la même logique : résoudre des situations sociales potentiellement explosives pour le groupe.
Attention, proto-traces ( j’ai bien mal inventé le mot ) ne voulait pas dire trace de culte chez les animaux. Cela veut dire seulement qu’il existe une ligne évolutive entre le comportement social de certains animaux et l’apparition du culte chez l’homme. Les premières traces réelles de culte peuvent être les premiers enterrements, environ -100.000 ans.
D’ailleurs, je pense qu’il serait intéressant de creuser l’étrange parallélisme entre ce fait religieux, qui a évolué jusqu’à constituer une structure qui a inversé les dépendances ( l’homme crée la divinité comme un concept abstrait qui lui permet une meilleure cognition du monde qui l’entoure, la religion inverse la création ) et le fait financier.
Je sais c’est très scabreux, mais on peut voir clairement que la finance, en gros, roule pour elle-même et répand un catéchisme du genre financez-nous les uns aux autres, sans nous il n’y a plus de richesse, la main invisible du marché, etc... Elle s’oppose aussi à la science assez souvent : modèles mathématiques foireux, formation de produits dont il est impossible de prédire le comportement, laissez-faire comme une loi naturelle, on casse tout pendant 20 ans, on reconstruit durant 30 ans, on recommence à démolir 40 ans de plus et on appelle cela des cycles économiques, l’école psychologique et intuitive des autrichiens, etc...
Le résultat en est la situation actuelle où la finance ( qui est à la base le mode de formation et d’application du capital dans le système afin de produire des biens et des services ) s’est détachée du système et inverse la dépendance. On a, maintenant, une classe sacerdotale, les détenteurs du capital, dont le nombre réduit à vue d’œil du fait de la concentration brutale des richesses. C’est ce que certain appellent financiarisation qui du point de vue anthropologique apparaît comme la forme extrême d’une nouvelle religion. Mais attention, le dieu n’est pas la monnaie ni même le capital, sinon la formation de celui-ci, sa manière de circuler et de se concentrer pour transformer la nature. Donc la question importante, à mon avis, est : Peut-on libéraliser totalement le droit individuel de transformer le monde ? Bien, évidemment non. Celui-ci doit être limité par une notion de bien commun. Une bonne part des solutions à ce financiarisme passe donc par un Droit international qui définirait clairement les limites de la liberté économique et du bien commun et y conditionnerait l’activité financière.
Je pense que les mesures, beaucoup plus techniques, à prendre d’urgence pour stopper la destruction des acquis de la démocratie sociale ne peuvent avoir d’effet que dans un cadre juridique de ce genre quitte à n’être qu’européen. Surtout quand on voit que se dessine au proche horizon, une réforme monétaire internationale.