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Sejan

Retraité Education nationale
Carrière ayant dans le désordre correspondu à des postes en collège, lycée, classes préparatoires, université et corps d’inspection.

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  • Sejan 9 octobre 2008 14:28
    Article très intéressant. Mais Bégaudeau pourrait y être moins "enfoncé". Le "Bégaudeau bashing" (pour reprendre une expression de Luc Cédelle) actuellement à la mode me semble en porte-à-faux et j’avais réagi comme suit à une attaque en règle du Nouvel Obs. L’essentiel du texte peut faire ici "commentaire", il me semble, aux propos de Paul Villach .....
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    Pour Bégaudeau
     
    Le Nouvel Observateur consacre trois pages à "Entre les murs", sous le titre "Zéro pointé", qui méritent la mise au point. D’autant qu’en fait, avec renforcement de l’attaque un peu plus loin (présentation très critique de l’"Antimanuel de littérature" qu’il vient de publier - J’irai voir), c’est François-Bégaudeau-professeur qui est dans le collimateur.
    Le Nouvel Obs a réuni "un jury de huit enseignants" pour porter le fer dans la plaie et si possible l’estocade. Cinq d’entre eux sont sans doute là au titre des ouvrages sur l’école qu’ils ont publiés, un sixième est le successeur de Bégaudeau dans le poste du collège Mozart qu’il a quitté en demandant sa mise en disponibilité, les deux derniers ne sont pas connotés de critères explicites de sélection. Trois hommes et cinq femmes. Un professeur de LEP (lycée d’enseignement professionnel), deux professeurs de LEG (lycée d’enseignement général), cinq professeurs de collège. Six qui enseignent depuis moins de dix ans (moyenne d’ancienneté : sept ans), les deux derniers respectivement depuis vingt-et-un et trente ans. Voilà pour les statistiques.
    Sur le fond ? Ils sont globalement très réservés, très critiques, avec ces réactions épidermiques qu’on a du mal à dominer quand on se sent mis en question (ce qu’opère le film), cette crainte d’être assimilé par extension à l’enseignant « montré » qu’on saisirait comme « archétype ». Le plus nuancé est le professeur de LEP. C’est le plus réaliste. Les autres sont dans le déni – éventuellement de bonne foi, tant (et je pense aux deux enseignantes de LEG) on ne peut pas croire que le quotidien se résume à ce qu’on voit si on ne l’a pas vécu en continu de l’intérieur.
    "N’avouez jamais !" est de fait la ligne de conduite presque constante des professeurs hors de leur classe. L’ébranlement psychique que provoquent les interpellations et les attitudes des élèves des établissements difficiles est tel qu’on en refuse, et souvent à soi-même, la verbalisation. Ne pas dire, tant cela ne peut se dire sans prendre l’épaisseur d’une réalité intolérable.
    L’institution serait caricaturée, selon nos juges : « …on fait passer tous les profs pour des cons (…) L’administration est incarnée par un principal coincé ». Et alors ? Le corps enseignant est riche de bonne volonté brouillonne, mais n’est pas en adéquation globale avec les impératifs du renouvellement de ses tâches qu’exige une population scolaire pour qui l’institution n’est plus faite. Les chefs d’établissement sont majoritairement incapables d’assumer la prise en compte, de concevoir la nécessité, d’amorcer la mise en route de ce renouvellement. La vision donnée par le film est à ces deux niveaux parfaitement réaliste.
    Et Bégaudeau ? Il serait « dans la transgression permanente ».Les élèves de nos juges-professeurs attendraient d’entrer en cours « devant la classe, sans casquette et sans chewing-gum » tandis que le cours lui-même ne commencerait qu’après qu’ils aient « obtenu le silence complet » , etc. Mais oui, bien entendu, on s’y essaie, on s’y essaie tous, mais pour quels succès, statistiquement ? Ça marche au mieux une fois sur deux, et ça ne dure pas … Bégaudeau ne s’en sort pas mal, dans sa recherche du compromis. Trop copain –chambreur ? Sans doute, et un peu cahotant dans ses options, mais véridique dans sa maladresse épisodique, et touchant. Et surtout, c’est un faux procès qu’on lui fait là, car s’il est vrai qu’on peut mener de sa démarche une analyse critique, il n’en reste pas moins que c’est le système éducatif dans son entier qui est à remettre en question, non un tâtonnement individuel qui cherche à sauver les meubles quand les vrais responsables - d’abord les politiques, ensuite les cadres administratifs, du recteur ou de l’inspecteur général au petit chef d’établissement qui s’essuie le front d’être sorti de la classe - ne sont pas réellement conscients du problème qu’ont construit leurs impérities stratifiées depuis les ébranlements de 1968.
    Il y a je crois chez presque tous ces enseignants (et je crains qu’il n’y ait chez « les » enseignants spectateurs) une incompréhension de ce qui est montré par focalisation réactive sur la crainte de se voir dans un miroir et d’y être vu laid. Alors, on fait dans la méthode Coué hautement affirmée et accessoirement, dans le coup de pied de l’âne. Le film montrerait un « fiasco pédagogique », bien entendu entièrement à la charge des maladresses de l’enseignant « qui en a tiré les conséquences puisqu’il a préféré abandonner le métier de professeur », alors que « moi qui ai les mêmes élèves que François Bégaudeau, je constate qu’ils sont avides d’apprendre, qu’ils sont très curieux » (son successeur), car « ils ne sont pas rétifs, à partir du moment où ils vous font confiance, où ils croient que vous voulez les faire progresser » (un autre). Bref : En joue / Feu !
    Mais bien sûr que, pour la plupart, on s’en tire cahin-caha, bien sûr qu’on survit, chacun avec ses petits moyens, ses petites méthodes, avec ses hauts et avec ses bas, avec ses humiliations non proclamées et ses quelques réussites miraculeuses, bien sûr … mais dans l’effondrement global et ici sottement nié d’un enseignement qui n’assume plus sa mission de base : faire accéder à l’âge adulte par l’intelligence.
    Or c’est cela, la question collective que pourrait poser le film et qui va être ignorée, celle non pas de la performance individuelle du maître, qui ne résoudra rien, mais de la nécessaire transformation complète du système.
    Dans ses défauts propres comme dans ceux qu’il montre, ce film pourrait être (comme aussi, et formidablement, le livre dont il est issu) un exceptionnel instrument pédagogique. À saisir, étudier, discuter, comme mise en évidence poignante de la solitude du professeur, de l’incapacité du corps enseignant à se comprendre « équipe » et de l’inaptitude de l’encadrement à accoucher cet indispensable concept dans le ressaisissement d’une autonomie locale efficace.
    Et il faudrait remercier deux fois Bégaudeau.
    Réduire le débat à une attaque de ses tics pédagogiques, quand cette réduction est le fait d’enseignants, c’est faire la preuve de son manque de lucidité et c’est souligner pourquoi, dans leur affolement de souris prises au piège, les professeurs, à vouloir vaguement colmater seuls quelques voies d’eau, vont finir par achever de faire couler le navire.
     







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