A Skirlet, au sujet du rapport entre orthographe et prononciation.
(Je suis déjà intervenu sous le nom de « Claude », mais j’ai remarqué qu’un autre participant, au début, avait utilisé ce prénom, alors je prends pour pseudonyme le nom dont m’a affublé ma dernière fille lorsqu’elle était toute petite).
La plupart des langues qui s’écrivent avec un alphabet n’ont rien d’aberrant, le rapport entre écriture et prononciation y est tout à fait régulier. Autrement dit, on n’a aucune peine à prononcer quand on connaît la valeur des lettres ou de quelques groupes de lettres (par exemple, en polonais, *sz* se prononce comme notre *ch*, *cz* comme notre *tch*) et on n’a aucune peine à écrire un mot que l’on sait prononcer. Ceci est vrai de la grande majorité des langues du monde, de l’indonésien comme du swahili, du tchèque comme du hongrois.
Il y a un certain nombre de langues où une difficulté vient de la place mobile de l’accent tonique, qui n’est pas marqué, par exemple l’italien (contrairement à l’espagnol et au portugais, qu’on ne peut que prononcer correctement si on connaît les règles) et le russe, qui est assez terrible à cet égard, parce que l’accent se déplace au cours des conjugaisons et déclinaisons, de façon totalement irrégulière, et qu’il détermine la prononciation des voyelles.
Il y a des langues qu’on peut écrire d’une façon telle qu’elles ne posent aucun problème de prononciation, mais que, dans la vie courante, on n’écrit pas de cette façon. C’est le cas de l’hébreu et de l’arabe, où les voyelles brèves sont écrites par des points, des petits traits et autres signes au-dessus ou au-dessous de la consonne. Mais ces signes ne sont utilisés que pour les enfants qui commencent à lire ou dans des textes comme le Coran et la Bible.
Comme le dit Tim, l’anglais est très difficile à prononcer pour la majorité des habitants de notre planète et les confusions y sont fréquentes. À une époque, j’ai travaillé en Asie orientale. J’y ai souvent constaté des problèmes parce que les gens ne savaient pas s’il fallait comprendre 30 ,13, 40 ou 14, les mots *thirty*, *thirteen*, *forty* et *fourteen* étant prononcé de façon presque identique par les gens du lieu (incapacité de distinguer *th* de *f*, *i* de *ee* et de marquer l’accent tonique). Même confusion entre *first*, ’premier’, et *third*, ’troisième’ avec un accent japonais ou coréen. Une bon test pour voir si quelqu’un est capable de prononcer comme il se doit les voyelles anglaises est de lui faire dire *soaks*, *socks*, *sucks*, *sacks*, *sex*, *six*, *seeks*. L’immense majorité des habitants de notre planète sont incapables de faire les distinctions indispensables pour se faire comprendre. Et le problème est d’autant plus aigu au niveau de la compréhension auditive que les mots sont très courts, souvent monosyllabiques, de sorte qu’ils sont passés avant que le cerveau ait eu le temps de faire les diffférenciations voulues.
Il y a tout de même des langues qui s’écrivent avec un alphabet et qui ont une prononciation aberrante. Ce sont, outre l’anglais, l’irlandais (gaélique) et le tibétain. Il doit y en avoir d’autres — le danois, je crois — ou des langues de l’Inde, mais je ne les connais pas.
Les complications orthographiques ont souvent une motivation sociale. C’est apparu clairement quand l’Académie française s’est posée la question de savoir s’il fallait suivre l’italien et l’espagnol, qui avaient décidé qu’on écrirait *fisica* au lieu de *physica* et *termografo* au lieu de *thermographo*. Les académiciens ont décidé que le français utiliserait l’orthographe dite savante « pour distinguer les gens instruits du vulgaire et des simples femmes ».
Merci à ceux qui ont eu la patience de lire ce long baratin jusqu’à la fin.