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Commentaire de Dominique

sur Parlez-vous français ?


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Dominique (---.---.197.245) 21 juillet 2006 14:19

Il se trouve que je suis polyglotte (5 langues utilisables dans toutes les circonstances courantes, et deux autres de façon rudimentaire).

Francophone de naissance, on m’a, dans les années 60, enseigné l’anglais d’abord, puis l’italien, sans me demander mon avis ni m’offrir le choix. Comme par « hasard » (sourire) je suis arrivée à une relative maîtrise de l’italien bien plus facilement et efficacement qu’en anglais.

Pour des raisons personnelles, j’ai ensuite abordé l’étude de l’espagnol en autodidacte.

Mais c’est la rencontre de l’espéranto (appris en 6 mois), qui m’a conduite à voyager, puis, à cause de ces voyages, à vouloir découvrir l’allemand et le polonais. Mes connaissances de ces deux dernières langues sont encore parcellaires, mais je pense approfondir...

Pour en revenir au français, je souscris complètement à l’opinion qu’il est d’une nécessité vitale de lui conserver une place importante, d’endiguer son recul, voire de ***tout faire*** pour lui assurer un nouvel essort ; non parce qu’il est ma langue maternelle, mais parce qu’il a un « génie » propre que n’ont pas d’autres idiomes.

Quand (lors de traductions par exemple, et en consultant des dictionnaires) je désire exprimer une idée dans une autre langue (italien notamment), je m’aperçois souvent que le français dispose d’un lexique plus riche et plus précis. La syntaxe du français me paraît également avoir une souplesse qui permet d’approcher au plus près l’idée qu’on veut porter, soutenir... L’espagnol et l’italien ont d’autres qualités, je ne veux pas établir une « hiérarchie », et pas le moins du monde défendre « ma » langue au détriment des autres !

Il est attristant de voir à quel point a « réussi » l’entreprise visant à rendre la forme écrite du français accessible seulement à des lettrés héllenistes et latinistes (au XVII ème ?) . Certains slogans de 68, jouant sur l’opposition masculin/féminin, proclamaient, sous forme de jeu de mots : « L’orthographe est une mandarine ». Et c’est bien là qu’on peut situer le noeud gordien. Dans la plupart des cas, la forme écrite de notre langue (qui N’EST PAS la langue elle-même, mais seulement une de ses formes) a essentiellement une fonction de sélection, donc d’exclusion.

On consultera avec profit la BT2 n° 180 des PEMF (mouvement Freinet) « L’orthographe et nous ». Dans les années 70, le Nouvel Educateur publiait d’ailleurs un numéro spécial « Pour une ortografe populère », sur lequel je n’arrive pas hélas à remettre la main dans mon fouillis personnel. Depuis, les enseignants freinetistes ont fait marche arrière, et c’est bien triste.

Martin Winckler écrit dans son site :

« Quand elle est logique, l’orthographe permet de comprendre le sens d’un texte. Quand elle ne l’est pas, elle sert juste à établir des distinctions de classe. Une réforme de l’orthographe ne serait donc pas une catastrophe. L’espagnol, l’italien, l’allemand, le néerlandais, le danois, le portugais, le russe, le grec ont été réformés. Et entre le Moyen-âge et le dix-neuvième siècle, l’orthographe du français a également beaucoup évolué. » http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=463

Je sais qu’outre l’amusant petit texte de Katalina Molnar « Konférens pour lé zilétré » http://perso.orange.fr/enotero/konferan.htm il existe un site proposant une réforme profonde de l’écriture du français. Hélas, je n’arrive pas à le retrouver.

Pour conclure, je voudrais donc dire que s’il ne convient pas d’opposer les langues entre elles, il est toutefois essentiel de prendre conscience de tous ces phénomènes, ne pas succomber à la facilité des prétendues « évidences » (et surtout pas celle d’un pseudo « échec » de l’espéranto qui serait dû à son « artificialité » !).

Je crois au contraire qu’il faut analyser les choses en termes de pouvoir et de démocratie, moyennant quoi on comprendra mieux les enjeux, et l’on pourra soutenir, appeler des réformes et des expérimentations. Celle consistant à introduire progressivement (sur une base volontaire) l’espéranto dans l’enseignement comme « grain de sable » dans la machine glottophage de l’anglais en est une parmi d’autres.


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