Evidemment, si on s’en tient aux définitions théoriques, on peut répondre à la conclusion de l’article de la manière que vous le faites. L’ennui, c’est qu’entre l’apparence démocratique du système et la réalité, la différence est très grande. Et, par rapport à cette REALITE, il me semble que la conclusion de l’auteur est juste.
Je ne sais pas si cet article aurait pu être écrit à l’époque où l’Etat français n’avait pas mis fin à ses essais nucléaires, mais une chose paraît certaine : c’est là qu’il aurait fallu qu’il paraisse. Cependant, la liberté de la presse à l’époque ne pouvait pas être inférieure à ce qu’elle est maintenant, du moment que Le Monde a été en mesure de dévoiler des informations qui n’apparaissaient pas à la lecture du rapport Tricot. C’est plutôt maintenant qu’il serait sans doute impensable que Le Monde ou un autre « grand quotidien » ose mettre de cette façon le Conseil d’Etat en porte-à-faux sur une affaire aussi « sensible ».
En réalité, la liberté de la presse a toujours été « relative ». Si Le Monde a pu faire ces révélations, c’est sans doute que ça arrangeait quelqu’un d’influent. Autrement, les informations auraient été étouffées, comme on en étouffe plein. Avez-vous vu le Canard Enchaîné dénoncer en 1981 ou 1988 les transactions de Mitterrand avec le spectre politique FN et « assimilés » avant le deuxième tour de présidentielles ? Je n’en ai pas souvenir, mais peut-être que je n’ai pas bien cherché... Le passé et les relations de Mitterrand ont été entourés d’une grande opacité jusqu’en 1994, lorsqu’il se savait malade, qu’il ne comptait pas se représenter et qu’au fond il ne regrettait pas qu’on évoque ses liens avec des milieux politiques que le PS condamnait du bout des lèvres tout en se servant de leur vote.
Et, dans l’ensemble de la presse, les articles lèche-culs à l’égard des institutions ou du monde politique ont toujours été très nombreux. Ils le sont sans doute encore plus à présent, car les médias sont tombés sous la coupe de milieux financiers encore plus restreints qu’avant.
Le Figaro a même eu droit à un « recyclage Carlyle » il n’y a pas si longtemps. Une telle opération aurait été jugée scandaleuse il y a dix ou vingt ans et aurait fait de grosses vagues, sachant ce qu’est Carlyle et se sliens avec les milieux politiques US :
http://en.wikipedia.org/wiki/Carlyle_Group
Une spécialité de Carlyle est d’acheter, « remettre à niveau » et revendre. C’est ce qu’ils semblent avoir fait avec Le Figaro.
Voir, par exemple Stratégies du 28 août 2003 :
http://www.strategies.fr/archives/1291/129101901/actualite_medias_carlyle_r este_a_l_affut.html
http://www.infocrise.org/article.php3?id_article=46
et bien d’autres.