Astérix et les Hobbits contre Macron : l’Anarchisme comme seul remède à l’impérialisme techno-libéral
Macron, forme chimiquement pure du techno-libéralisme
Le seul point positif de la présidence Macron, c’est que l’individu incarne ce qu’on pourrait appeler la « forme chimiquement pure » du néolibéralisme. « Hautain », « méprisant », « manipulateur », « pervers-narcissique », « sociopathe », autant de qualificatifs utilisés à l’égard de ce banquier raté qui expriment à la fois une psychologie (l’immaturité égotiste d’un sale gosse qui ne peut pas accepter qu’on lui refuse ce qu’il désire), une anthropologie (l’individualisme méthodologique des Lumières, le pessimisme hobbesien de « l’homme est un loup pour l’homme ») et une économie (l’« uberisation » et le démantèlement des services publics, les riches sont des winners qui ne le doivent qu’à eux-mêmes, les pauvres sont des loosers qui « ne sont rien » et à qui l’on ne doit rien…).
A la croisée de ces trois angles d’attaque, il y a la prétention d’une petite élite, qu’elle soit oligarchique, intellectuelle, culturelle ou technologique, à gouverner le reste de l’humanité comme un troupeau – ou, pire, une chaîne de production. Telle était la prétention du Pape et de l’Empereur, telle fut celle des Philosophes-Rois platoniciens et voltairiens, telle fut celle aussi de l’ « intellectuel-guidant-le-peuple » du marxisme-léninisme ; telle est celle désormais des techno-milliardaires néoréactionnaires et post-démocratiques des Lumières Sombres, ceux qui, comme Peter Thiel, voudraient prendre le contrôle de la masse humaine par l’IA et la cybernétique.
L’hubris narcissique du pouvoir
Les trois totems idéologiques de cette mouvance diffuse et un peu flippante se nomment : l’égoïsme, la verticalité, le pouvoir. Ce qu’on appelle la « vie » n’est que la manifestation d’un égoïsme codé au plus profond de nos gènes, l’évolution darwinienne consiste en l’élimination des plus faibles par les plus forts ; la société humaine n’est qu’un assemblage artificiel de « particules élémentaires » houellebecquiennes qui, livrées à elles-mêmes, ne peuvent que sombrer dans la « guerre de tous contre tous ». Il y a donc besoin d’un pouvoir surplombant, jadis le Tyran de Platon, le Leviathan de Hobbes, l’Etat totalitaire de Rousseau et Hegel - désormais la gouvernance post-moderne, la technocratie des experts - pour faire notre bonheur malgré nous, pour nous forcer malgré nous au « bien commun » - en théorie du moins, et plus sûrement en pratique à celui de la caste dominante de l’époque…
Le Pouvoir, telle est cette maladie de l’homo macronus, l’ambition prométhéenne, l’hubris névrotique, de l’individu qui se prend pour Dieu et se croit au-dessus du reste de l’humanité. Le Pouvoir, tel est la cruauté puérile du préado capricieux qui jouit de soumettre les autres à ses exigences. Le Pouvoir, c’est ce petit sourire en coin de Macron lorsqu’il se fait siffler de stades en défilés, tout en sachant qu’on ne peut rien contre lui, qu’il a réussi à se faire réélire après les gilets jaunes et le COVID, à conserver un gouvernement à sa botte après une succession de défaites électorales et de désaveux législatifs, qu’il reviendra à la tête de l’Union Européenne lorsqu’on pensera s’en être débarrassé en France. Le Pouvoir, dont l’essence malsaine est de vouloir forcer les autres à faire ce qu’ils ne veulent pas – se masquer, se vacciner, partir en guerre, avec toute cette dimension rituelle de soumission, d’humiliation, de jouissance sadique devant celui qu’on force à baisser son froc...
L’Anarchisme de Proudhon et Kropotkine, remède à la tentation du Pouvoir
Face à ce monstre froid, brutal, inhumain, du pouvoir néolibéral, il faut faire face de façon radicale. « Radicale », c’est-à-dire en s’opposant aux racines du mal, aux fondements les plus souterrains de ce courant nihiliste qui voudrait nous emporter vers un futur dystopique et cauchemardesque. Contre le pessimisme anthropologique de l’individualisme, il faut redécouvrir la solidarité optimiste de l’ « homme ordinaire », la common decency de Gorge Orwell et de Jean-Claude Michéa. Contre la lecture fallacieuse de Darwin par ses pseudo-héritiers eugénistes et nazis, il faut retrouver l’entraide fondamentale de la nature chantée par Kropotkine, la symbiose des espèces contre la « loi de la jungle » ; l’écosystème contre l’économie, la complémentarité contre la concurrence, la diversité contre l’uniformité ; la générosité et l’altruisme contre le « gène égoïste », le « cycle du don » de Marcel Mauss contre le capitalisme de Milton Friedman.
Contre la verticalité de l’Etat central et de Big Brother, il faut réapprendre l’horizontalité des relations humaines et la multipolarité ; contre le conflit permanent des intérêts égoïstes, l’harmonie héraclitéenne des contraires, l’équilibre du Yin et du Yang ; contre l’auto-censure et la techno-surveillance, la confiance en soi et en l’autre. Contre le démonologue Bodin, la verve de La Boétie ; contre la morgue voltairienne, l’irrévérence de La Mettrie ; contre le matérialisme glacé de Marx, le bouillant anarchisme proudhonien. Contre la potestas du Légat et du Préfet, l’auctoritas du chef d’orchestre ou de village ; contre l’hubris, la nemesis ; contre la compromission sartrienne, la révolte solaire de Camus ; contre Pol Pot et Che Guevarra, l’autonomisme zapatiste.
Il faut perdre nos illusions d’Empire, au sens propre comme au sens figuré – « avoir de l’empire sur l’autre », vouloir le dominer, le soumettre à son bon-vouloir et à ses désirs. Il faut descendre de notre piédestal, dégonfler notre égo, ne plus vouloir être le seul « personnage-joueur » ; sortir de cette compétition narcissique et virtuelle du tik-tokeur et de l’instagrammeuse ; redescendre dans l’Agora, sur la place du village. Faire attention aux autres, éprouver de la bienveillance et de la compassion, de la chaleur humaine. Ne plus se prendre tout à fait au sérieux, cultiver l’autodérision, apprendre que l’amour et l’humour sont indissociables. Il faut quitter nos tours de béton urbaines et revenir à ces petites bourgades, ces communes rurales à l’échelle humaine, ce réseau organique de familles, de guildes, de peuples et de confédérations - dilution du pouvoir entre tant de pôles interdépendants qu’à la fin il n’y a plus de pouvoir nulle part, mais seulement l’ordre naturel.
Face au Pouvoir impérial, Astérix et les Hobbits
Notre idéal ne doit pas être celui du palais, du monumental, de l’héroïsme et de la gloire. Il doit être celui du local, du modeste, du simplement présent, ici et là. Nous ne devons pas rêver au Gondor et à Minas Thirith, mais aux Hobbits de la Comté, ces paisibles et joyeux Semi-hommes qui n’ont d’autre ambition qu’un bon potager et une bonne pipe ; non pas aux marbres de Rome mais à ce petit village d’irréductibles Gaulois qui « résiste encore et toujours » pour un banquet partagé.
Comté, village armoricain, le même modèle anti-impérialiste et mutualiste de ce que devrait être une société décente et solidaire : non pas une utopie révolutionnaire tournée vers un « avenir radieux », mais le doux souvenir d’un monde traditionnel conservé dans notre mémoire collective. Chez les Hobbits comme chez les Gaulois il y a des chefs, car il en faut, pour l’Ordre et la Justice (le Maire, Abraracourcix…) ; mais personne ne les prend tout à fait au sérieux et on ne les respecte que tant qu’on y consent. Chez Tolkien comme chez Goscinny, chacun a une place et chacun est à sa place, et toute personne qui voudrait péter plus haut que son cul est tôt ou tard ramené sur terre. Ce sont des écosystèmes en miniature illustrant ce beau principe d’entraide dans lequel Kropotkine voyait le principal « facteur de l’évolution », d’authentiques communes anarchistes illustrant la philosophie proudhonienne de « l’Ordre sans le Pouvoir ». Car c’est bien ce qui caractérise le plus fondamentalement ces deux peuples frondeurs et indociles : la résistance au Pouvoir, une certaine forme d’immunité contre la corruption du Pouvoir, tant extérieure qu’intérieure – cette mortelle tentation symbolisée chez Tolkien par l’Anneau Unique (« Un Anneau pour les gouverner tous »), et dans les Aventures d’Astérix par les sirènes du mode de vie romain, consumériste et capitaliste (Le Domaine des Dieux, Le Divin, Obélix et compagnie…).
C’est à une certaine forme d’innocence, non pas naïve et résignée mais farouche et brave, que nous invitent ces deux peuples joyeux, amateurs de bonne chère et de bonne bière : un art de vivre sans prétention mais qu’on est prêt à préserver par les armes s’il le faut ; l’attachement aux petits plaisirs de la vie d’autant plus précieux qu’ils sont simples et partagés. « Si un plus grand nombre d’entre nous préférait la nourriture, la gaieté et les chansons aux entassements d’or, le monde serait plus rempli de joie », confesse Thorin agonisant à Bilbo, pleurant toutes ces batailles, ces destructions, ces sacrifices absurdes pour un vulgaire magot financier planqué sous la Montagne... Et le chef Abraracourcix de s’emporter contre Astérix (Astérix chez les Belges) : « Je lui parle gloire, il me parle chanterelles !!! »
Vaincre la Peur pour reprendre sa Liberté…
Macron n’est qu’un spectre, un serviteur déchu de l’Anneau, corrompu, vide, rongé au plus profond de son âme. C’est une Langue de Serpent, un faux Devin, un charlatan qui profite de la peur pour maintenir son pouvoir. Il suffirait d’un grand éclat de rire libérateur pour dissiper cette peur, pour mettre l’Empereur à nu - le rire homérique, le rire rabelaisien, le rire sacrilège du Nom de la Rose ; celui de Merry et Pippin à Orthanc, celui d’Astérix devant César. « Les peuples n'ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur », notait Stendhal dans sa Vie de Napoléon, tandis que le vénérable Jorge du Nom de la Rose s’étrangle : « Le rire tue la peur, et sans la peur il n'est pas de foi : car sans la peur du diable, il n'y a plus besoin de Dieu »…
« Ni dieu ni maître », comme chante Léo Ferré ! Rions avec les Hobbits, rions avec les Gaulois d’Astérix, rions contre Sauron, contre César, contre Macron - contre tous ces apprentis-dictateurs qui voudraient faire de nous leurs sujets. Astérix et les Hobbits contre Macron, ou l’Anarchisme comme seul remède, irrévérent et solidaire, à l’impérialisme techno-libéral…
……
Petit bréviaire de l’anarchiste anti-macron :
- Héraclite – Fragments (Ve avant JC)
- Lao Tseu - Tao te king (Ve avant JC)
- Etienne de La Boétie – Discours de la Servitude Volontaire (1574-1576)
- Julien Offray de La Mettrie - Discours sur le bonheur ou l’Anti-Sénèque (1748)
- Pierre-Joseph Proudhon - Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution (1863)
- Pierre Kropotkine – L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902)
- Marcel Mauss – Essai sur le don : Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques (1925)
- Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la nuit (1932)
- JRR Tolkien – Bilbo le Hobbit (1937), Le Seigneur des Anneaux (1954-1955)
- Georges Orwell – Le Quai de Wigan (1937), 1984 (1949)
- Camus – L’Homme révolté (1951)
- Alain de Benoist – Les Cahiers du Cercle Proudhon (2008, préface), Contre le libéralisme : la société n'est pas un marché (2019)
- Jean-Claude Michéa – L'Empire du moindre mal : Essai sur la civilisation libérale (2007), Le Complexe d'Orphée : la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (2011)
- Alain Soral - Comprendre l'Empire : Demain la gouvernance globale ou la révolte des Nations ? (2011)
- En BD : les Aventures d’Astérix et Obélix (Uderzo / Goscinny), les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (Tardi), SOS Bonheur (Griffo / Van Hamme), V pour Vendetta (David Lloyd / Alan Moore)…
- En film : Monsieur Smith au Sénat (Frank Capra), Soy Cuba (Mikhaïl Kalatozov), Fight Club (David Fincher)…
- En musique : George Brassens, Léo Ferré, Rage Against the Machine, Damien Saez…
- En vidéo : Rémi Gaillard
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C’est du new-âge qui dit pas son nom... et qui se pare d’un certain élitisme de pacotille..

