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Commentaire de Sylvain Reboul

sur Pourquoi l'aversion d'une majorité, dans l'opinion, pour le mot 'libéral' ?


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Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 janvier 2006 10:09

Il me paraît nécessaire de tenter d’expliquer en quoi la mondialisation actuelle de l’économie est la cause de la perversion du libéralisme en son contraire : l’ultra libéralisme, authentique despotisme du capital sur le travail. Les causes me paraissent multiples et tiennent moins à la nuisance intrinsèque du capitalisme qu’à son évolution dans un contexte de crise du pouvoir de la régulation de l’économie sociale de marché par les états.

Plusieurs facteurs se rencontrent pour faire de cette crise une crise difficile à surmonter dans les états européens de tradition social-nationale.

Le premier facteur est la mondialisation de l’économie financière et actionnariale rendue incontrôlable par l’effet de la virtualisation des échanges monétaires et boursiers mondiaux et l’existence de banques (et de pays) off-shore défiscalisées dont les opérations sont totalement opaques.

Le second est la segmentation, rendu possible par le premier de la chaîne de valeur qui permet d’optimiser la productivité et la réduction des coûts sur l’ensemble de la planète (délocalisation) faussant du processus de retour sur investissement un processus sans frontière.

Le troisième rendu possible par les deux premiers est le pouvoir sans limite sur l’appareil de production et d’échange des investisseurs institutionnels mis en concurrence entre eux et visant un taux de profit à très court terme (3mois en général, le plus élevé possible (15/20%), sans souci de développement à long terme des entreprises et sans responsabilité sociale vis-à-vis des salariés (ex : fonds de pensions), au détriment donc des salariés menacés en permanence de délocalisation, dans les pays les plus développés sur le plan social (aux coûts de production les plus élevés)

Le quatrième tient au fait irréversible de l’impossibilité des états nationaux d’intervenir sur un plan local sur ce capitalisme mondial et à l’absence de régulation adaptée sur le plan international et/ou européen à cette nouvelle donne du capitalisme.

Le cinquième est le maintien des acquis sociaux adaptés à d’une période antérieure du capitalisme (national) qui fige la situation des travailleurs stables aux dépens des travailleurs précaires en particulier les jeunes. Cette absence de flexibilité du marché de l’emploi fait que les entreprises refusent d’embaucher par peur de ne pouvoir licencier en cas de « retournement » du marché. Enfin le dernier facteur tient au fait que la mondialisation profite aux consommateurs en permettant de réduire les prix et à améliorer la qualité des produits. Ce qui crée un conflit d’intérêts en chaque salarié entre son statut de salarié et celui de consommateur. (voir le succès formidable de certaines entreprises de diffusion de produits textiles telles « Vet-Affaires » ou celles d’électroniques et informatiques)

Que faire alors ?

S’il est impossible de revenir à un modèle économique national-étatiste et protectionniste qui nous précipiterait dans la débâcle économique et sociale en quelques jours, sinon quelques heures ; ce qu’ont très bien compris les gouvernements sociaux-démocrates dans les pays d’Amérique latine ; la première chose à faire est de mener une politique active d’innovation, ce qui implique des investissement publics européens dans la recherche, le développement et la formation et donc une harmonisation fiscale européenne.

La deuxième chose est de développer les entreprises de services, en particulier aux personnes.

Enfin, à l’échelon européen, mettre en oeuvre, selon un modèle Nord européen dit social-libéral, une politique de soutien active non aux emplois existants (et menacés) mais aux personnes pour qu’elles soient en position de s’adapter à de nouveaux emplois plus en phase avec les besoins très spécialisés de l’économie de demain. Mais il va de soi qu’une régulation progressive mondiale dans le sens de l’élimination des banques off-shore et d’une réduction du dumping social est indispensable (ex : lutte contre l’esclavage et le travail des enfants, exigences sociales minimales imposées aux échanges économiques selon les règles du BIT).

Il n’ y a donc aujourd’hui d’autre choix qu’entre un capitalisme sauvage et monopoliste donc anti-libéral et une nouvelle régulation du capitalisme concurrentiel (ce qui implique le lutte contre le dumping social) à inventer sur le plan mondial et européen.

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