@ L’auteur.
Le principal intérêt de cet article est de révéler une fracture démographique. Ceci dit, si une telle fracture existe, peut- être conviendrait il de se pencher sur les causes ? Or, je ne pense pas que les + de 65 ans en soient les principaux responsables. Plusieurs commentateurs pointent d’autres facteurs de « droitisation » de la société française, et entre autres, l’isolement. Je ne crois pas que les retraité choisissent d’être isolés.
Certains ont encore les moyens de s’engager socialement, dans des associations par exemple.
Mais pour cela, il vaut mieux :
1. Vivre en milieu urbain.
2. Jouir d’une bonne santé.
3. Avoir une retraite suffisante pour ne pas être obligé de travailler encore (et prendre la place d’un jeune).
4. Avoir un niveau socioculturel relativement élevé.
Ceux-là ne votent pas plus à droite que les autres tranches d’âge.
D’ autres ont moins de chance, se retrouvent délaissés, exclus. Dans ce cas, c’est aussi à nous, jeunes et moins jeunes actifs, de participer à rompre cet isolement. Je pense à certaines initiatives prises par des collectivités locales qui font se rencontrer les enfants de maternelle et les pensionnaires de maisons de retraites.
Ceux-là n’accepteront pas que l’on puisse expulser les enfants de « sans-papier » qu’ils font sauter sur leurs genoux .
D’autres ont des liens familiaux forts avec leurs enfants et leurs petits enfants. C’est le cas pour mes parents , 77 et 79 ans. Séparés d’eux par 1000 km, il ne se passe pas 1 semaine sans coup de téléphone, pas 3 mois sans que nous nous retrouvions malgré le sacrifice financier que cela représente, aussi bien pour eux que pour moi. Ils accueillent chez eux les hordes chevelues et bruyantes de mes enfants et de leurs copains, je les accueille chez moi et me plie de bonne grâce à leurs exigences des repas réguliers entrée-plat principal- fromage ET dessert, le temps de leur présence... On supporte aussi PPDA au 20 heures. En échange, ils se sont mis à « Plus clair » sur la 5... Compromis.
Nous voyageons ensemble : nous les emmenons en Allemagne, au Royaume Uni où ils n’osaient pas se rendre à cause de la barrière de la langue. Ils nous emmènent en Espagne, en Italie, en Gascogne, sur les traces de nos ancêtres.
Nous parlons ensemble : lorsqu’un de mes enfants en a « raz la frange du bahut » , ils peuvent raconter comment les collèges ont fermé en 1942 en Algérie pour y loger les alliés, pile au moment où ils y étaient, pile au moment où ils allaient prendre « l’ascenseur social » et prendre une revanche pour leurs parents ouvriers agricoles ou « gens de maison » au boulot à 8 ans. Eux ont dû commencer à 12 et 14 : c’est déjà ça de pris ! Du coup, le « bahut » paraît beaucoup moins critiquable.
Je leur parle de mon travail, de mon engagement auprès d’enfants en grande difficulté, ils me voient travailler en vacances, le soir, le week-end, et du coup, ils ne voient plus les fonctionnaires de la même façon et ont moins peur des « sauvageons ». Ils ne prétendent plus que la seule réponse à la violence est la répression.
Ils ont vu leur premier petit fils sacrifier 3 ans de sa jeunesse pour réussir un concours prestigieux malgré les difficultés financières, alors ils ne pensent plus que les grandes écoles sont des repaires de paresseux planqués pistonnés, futurs fonctionnaires « improductifs ».
Ils ont vu le talent du deuxième, son engagement dans le théâtre, le cinéma. Ils sont allé le voir, ont rencontré des intermittents du spectacle, ont parlé avec eux, apprécié leur travail, écouté leurs soucis, et donc ne pensent plus que c’est une population de parasites.
Ils ont rencontré des amis de leur petite fille, certains primo arrivants, sans papiers, et ils l’ont entendue pleurer au téléphone dimanche soir parce qu’elle a peur que son petit copain arrivé d’Arménie ne soit plus là à la prochaine rentrée.
Résultat : dans une famille ancrée à droite - en ce qui concerne leur génération- papy et mamy ont voté à gauche dimanche, pour la première fois de leur vie. Et mémé - oui, il y a aussi mémé... « La maman de ma maman, c’est mémé ! »- 100 ans en novembre, dernièrement 2km 5 à pieds sans déambulateur, juste dopée par un « piccolo » de champagne pour sa tension qui est un peu basse, sinon ça va bien, merci- Mémé est passée carrément de Le Pen à Ségolène.
Au lieu de désespérer du vote de nos « vieux », il vaudrait mieux ne pas les laisser se désespérer seuls dans leur coin.
Arrêtons de monter les gens les uns contre les autres. Laissons ça à la droite « dure ».
Les patrons, les artisans, les commerçants ont besoin du service public, les villes ont besoin des campagnes, les jeunes ont besoin des vieux... Et inversement.
Ceux qui prônent l’individualisme au point de se croire auto-suffisants devraient poursuivre leur logique jusqu’au bout et squatter une grotte dans un désert ou sur une île (il en reste !).
Pour ma part, adulte active en bonne santé et pas encore trop vieille, il ne me paraît pas aberrant de soutenir par mes cotisations tous ceux qui n’ont pas cette chance, qu’ils soient trop jeunes, trop vieux, trop fragiles ou trop malades. Ce que je trouve aberrant, en revanche, c’est d’être « jaloux » d’allocations, de retraites, de prestations accordées aux plus faibles : personnellement, je préfère de loin ne pas en avoir besoin !
Occupez -vous de vos vieux : ils s’occuperont de vous !