@ Bill :
1/« Merci d’argumenter de manière chiffrée ce qui semble pour toi une évidence. Combien de »tueurs d’enfants« ont récidivé, par exemple. L’impression et la réalité sont souvent deux choses différentes. »
1a/Pas les chiffres sous la main... Peux-tu (je te tutoie comme tu le fais, je passe pour une fois sur mon éducation) me donner les chiffres sur ceux qui ne récidivent pas ? pour rigoler un coup... Lesq tueurs d’enfant, excellent exemple ! Pourquoi ne leur fais-tu pas un petit emplacement chez toi pour les entourer d’amour afin de les réconcilier avec l’humanité, hummm ?
Réponse : Le tutoyement est une coutume de vieux routard sur internet. N’y voit pas de mépris, mais simplement une habitude somme toute très sympatique.
Les chiffres, je les ai donnés pour la Suisse : une moyenne de 2% de récidivistes. On peut rigoler ensemble, maintenant ?
Comme je m’y attendais, être opposé à la peine de mort, que ce soit à coup de nombre d’arguments comme ici, ça ne sert à rien. Le débat est émotionnel, et tout le monde se sent forcé de donner sont avis avec tout le pathos possible. Le kitsch kunderien, pour les connaisseurs.
La caricature facile, destinée à éviter l’argumentation qui fait mal, est l’arme du pauvre : parce que je suis opposé à la peine de mort, me voilà destiné à « entourer d’amour » les criminels.
C’est ce que j’ai écris déjà précédemment : pour la plupart des gens ayant intervenu, le monde est d’un manichéisme à peine croyable. Soit pour, soit contre. Il vous est impossible pour la plupart, de comprendre qu’on puisse être opposé à la peine de mort, sans pour autant être angélique. Ca ne rentre pas dans votre canevas de pensée.
Le monde n’est pas noir ou blanc, c’est ce qui fait sa complexité (et son intérêt). De voir tant d’individus rejeter en bloc toute remise en question, ça fait peur.
2a/ « Tout à fait d’accord. De garder la peine de mort a pacifié la Chine et le Texas. La peine de mort n’est pas une réponse à la violence. »
2b/ Tu n’as donc pas lu ce que j’ai écris plus haut, mais c’est de bonne guerre ! Je ne me place pas sur le terrain de l’efficacité, cela n’a rien à voir, et comme je l’ai déjà écrit, le Texas et la Chine ont des histoires différentes de la nôtres. Ainsi durant les guerres impériales les duels étaient une vraie mode, mais cela a cessé ensuite, les gens n’ayant plus l’habitude de se battre. Peut-être que dans 50 ans, les texans parleront de la France comme nous parlions du bronx il y a 20 ans ! Quant à parler de la Chine, quel exemple ! Pourquoi pas des Talibans pendant que tu y es !!!
Réponse : la belle affaire. La peine de mort, c’est dissuasif, mais pas chez les autres ? Donc on s’approche d’une peine de mort culturelle. Relative au moeurs. Les USA étant naturellement une contrée plus agressive, la peine de mort est moins efficace. Alors qu’en France, pays plus pacifié, elle le sera plus ?
- Cela revient à dire qu’en France, point besoin n’est de mettre une peine de mort : le pays est déjà calme.
- Cela revient à dire qu’aux USA, la peine n’a aucune efficacité, puisque le pays étant génétiquement (ahem) violent, il n’y a rien à en attendre.
Dans un cas comme dans l’autre, la peine de mort s’avère inefficace. Et bien que tu assimiles la Chine aux Talibans (?), la Chine est l’exemple même des dérives extrêmes de la peine de mort. Lorsque l’Etat décide de qui peut vivre ou mourir, voilà ce que cela peut donner à l’extrême. Tu ne peux pas rejeter Chine, Pakistan, USA, Arabie saoudite, etc sous prétexte que ce sont des cultures différentes : la peine de mort, comme tout droit de l’homme, est une problématique universelle. La culture n’a rien à faire là-dedans.
Nous voici enfin d’accords, et prêts à aborder... l’aspect moral de la peine de mort. Je comprends bien que c’est cet aspect là que tu considère comme primordial (je n’avais pas lu ton intervention relative, mais à plus de 200 réponses, je t’avoues que je suis bien incapable de lire et répondre à tout le monde).
Pourquoi serait-il plus moral de tuer un assassin que de le laisser vivre ? Qu’il y a-t-il de moral dans le fait d’ôter la vie, quelle est la marque de grandeur ? La valeur imprimée à toute la société (la morale) doit être aussi exemplaire et irréprochable que possible. Plus cette valeur est dure, plus la société se durcira. Une société intransigeante produit des citoyens intransigeants. Les sociétés du XIXème étaient d’ailleurs à ce titre beaucoup plus « tolérantes » avec la criminalité : personne ne s’émouvait outre mesure lors d’une mort, un rapt, un viol, ou uniquement occasionnellement. Pourquoi ? L’Etat ne semblait pas autant être à l’écoute de ses citoyens. Les citoyens se sentant livrés beaucoup plus à eux-même que de nos jours, ils étaient beaucoup plus prompts à la vengeance personnelle. La peine de mort, c’est un signe de dureté de l’Etat, un signe notant un désengagement de l’Etat dans ses responsabilités, qui est de notamment faire évoluer ses citoyens. De les rendre meilleurs. La peine de mort, c’est faire dire à l’Etat qu’il y a des cas irrécupérables ; des citoyens décideront par eux-même, dans ce cas, que parfois l’Etat est beaucoup trop lent à décider de l’irrécupérabilité d’autres citoyens. Faisons justice nous-même.
La France des années 1930 est à ce titre édifiante, où les appels au meurtre dans les pamphlets d’extrême droite était monnaie courante. Dans nos sociétés pacifiées, qui pourrait imaginer une telle chose ? C’est grâce à l’abolition de la torture (grand débats des XVIIIe et XIXe siècles), de la peine de mort (XIXe et XXe) que les citoyens se sentent plus protégés. L’Etat est plus proche que jamais, et ce n’est pas une coincidence si nos sociétés actuelles n’ont rien à voir avec la criminalité d’il n’y a ne serait-ce que 60 ans.
Tu serais prêts à réimposer une morale passéiste, héritière d’une époque où la paix sociale n’était qu’utopie ? Voilà bien une morale qui me semble si étrangère, tellement d’un autre temps...
Pour l’anecdote : j’ai cru comprendre, au fil de tes interventions, que tu étais (très) catholique : l’ancien testament, avant la venue de JC, fait l’apologie de la loi du talion. Le nouveau, par contre, soit après la venue de JC, lorsqu’il se fait annonciateur de la nouvelle ère, fait dire dans la bouche de JC lui-même « tends la joue gauche lorsqu’on t’auras frappé la droite ». C’est cette soumission qui a fait la grandeur du christianisme, et qui sera à l’origine de l’extraordinaire expansion de cette religion jusqu’à la conversion de Constantin.
Aujourd’hui, 2000 ans après, as-tu découvert un nouveau messie pour changer la loi christique ?
Pour terminer : personne parmi les pro-peine de mort ne peut se sortir de la contradiction maintes et maintes fois relevée ici. Comment l’Etat peut-être interdire le meurtre, et le pratiquer lui-même ?