Bonjour,
Oui, j’ai regardé le reportage. Merci au passage de l’avoir signalé et mis le lien.
Tout d’abord, ma réaction de base est évidemment plus que très négative contre la violence. Je supporte très mal que les forces de police tabassent la population, quelqu’en soit la raison, ou même tuent les leaders de manifestations fussent-elles interdites, et même si la loi les y autorise.
Malheureusement, on voit partout dans le monde de la brutalité policière même dans les pays occidentaux, (heureusement dans une bien moindre mesure). Dans toute l’Afrique aussi, on voit ce genre de choses et en Chine, on sait par l’histoire comment cela peut tourner.
Je relève cependant quelques trucs dans ce reportage qui sont probablement passées inaperçues, car ce qui prévaut est l’émotion. D’une part, les manifestations quelque soient les raisons sont interdites, car ces manifestations débouchent sur des actes de destruction (comme les « casseurs » dans nos manifestations à nous), sans compter les nombreuses attaques de bâtiments administratifs. Le reportage en parle, mais absolument aucun représentant des pays occidentaux n’en parle. Ces attaques et agressions ne sont pas excusables, pas plus que la réaction excessive de la police qui est d’ailleurs souvent bien plus violente dans de nombreux autres pays d’Afrique comparée au Zimbabwe.
Je relève aussi que le Zimbabwe est certainement parmi l’un des pays les plus civilisés d’Afrique. Car malgré l’envie d’autoritarisme de son Président Mugabe, la presse peut encore rencontrer les membres de l’opposition et ressortir avec des images, et l’opposition n’est pas totalement muselée.
J’ai aussi vu dans ce reportage que le temps de parole aux opposants était très disproportionné par rapport au temps donné aux soutiens locaux de Mugabe. Car il y en a. Son parti (ZANU-PF) était divisé avant l’intervention aussi évidente de la Grande-Bretagne. Une partie du Zanu-PF avait même commencé en interne à créer un mouvement d’opposition. Mais le Zanu-PF s’est resserré après que la découverte des sources de financement de l’opposition venant de Grande-Bretagne et de l’extrême-droite (blanche) de l’Afrique du Sud.
De nouveau, ce qui me gêne, c’est que Mugabe peut se réfugier derrière la campagne de l’Europe contre le Zimbabwe, ce qui lui permet de ne pas parler de toutes ses erreurs et de jouer au martyre alors que la déconfiture économique n’est que partiellement dûe à la Grande-Bretagne et aux méthodes du FMI.
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Je n’ai pas rencontré les gens qui se sont faits tabassés par la police. A part les leaders de l’opposition, on ne sait pas qui ils sont, et il y en a relativement peu (par rapport à la population). De plus, ils sont tous sur Harare, alors que je suis la plupart du temps sur Bulawayo.
Par contre, j’ai rencontré beaucoup de gens, blancs comme noirs. Un certain nombre sont contre Mugabe tout simplement parce que le pays est dans cet état. La majorité de ceux que j’ai rencontré sont contre la politique de Mugabe, mais pas contre Mugabe lui-même. C’est assez curieux : ils ne veulent plus de cette politique économique qui est clairement traitée de « stupid », mais certains disent que ce sera pire avec Tsavangarai et d’autres que cela ne pourrait pas être pire. Ce n’est pas vachement positif.
Sur la situation dans le pays, le reportage donne l’impression que ce sont des manifestations non stop et des émeutes à tout crin, mais il n’en est rien. Tout est très calme même quand je passe à Harare, et on peut se promener seul à pied dans Harare dans le centre ville sans se faire attaquer (ce que je ne tenterais jamais de faire à Mombasa ou Nairobi). Les images ne sont pas truquées, mais elles sont condensées. Un peu de la manière dont les reportages sur la révolte des jeunes dans les banlieues en France il y a deux ans faisaient penser aux étrangers que Paris était à feu et à sang et que les habitants étaient obligés de rester calfeutrés chez eux comme au temps de la guerre sous peine de risquer d’être tué.
Je n’ai pas peur de me promener dans le centre de Bulawayo ou de Harare, alors qu’à Sao Paulo, même la police me traite de fou si je parle d’aller dans le « centro » à pied, y compris de jour (juste devant la cathédrale) !
Par contre, ce que ne montre pas le reportage, c’est la situation dramtique de tous les jours des zimbabwéiens. Cela n’a rien à voir avec le sujet de l’article, mais c’est vraiment grave.
On parle de corruption. Mais il faut bien voir qu’en prenant les statistiques gouvernementales du cout de la vie (les choses doivent donc être probablement pire) le salaire d’un policier ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa famille pendant 15 jours.
S’il n’a pas de proches partis travailler à l’étranger qui lui envoient de l’argent, il ne peut pas survivre et donc, il faut qu’il se débrouille.
On parle souvent de marché noir. Mais il faut bien comprendre les choses : si on regarde les prix des choses (dont nourriture) en usd, la vie est plutôt bon marché au Zimbabwe. Le seul problème est que les gens sont payés en dollars zimbabwe qui ne vaut rien.
Si la valeur du dollar zim était de 1usd=250$zim (taux officiel imposé par la Banque Centrale) les salaires seraient très confortables et le coût de la vie dérisoire. Mais au marché noir, 1usd vaut plus de 100000 (cent mille) $zim.
Dans les zones frontalières (comme Bulawayo), tous ceux qui le peuvent font les courses au Botswana, et à Vic Falls ils vont en Zambie. Car on ne trouve plus grand chose au Zimbabwe du fait que Mugabe a imposé des prix de vente qui sont inférieurs aux prix de matières premières pour fabriquer la nourriture (le prix du kilo de farine est très inférieur au prix du kilo de maïs qui sert à a faire).
Un tiers de la population s’est enfuie du Zimbabwe pour trouver du travail à l’étranger d’où ils envoient des $US en espèces (sinon, il est changé par la Banque Centrale au taux de 1$US=250$zim). Et le drame, c’est pour ceux qui sont sur place et qui ne peuvent envoyer personne à l’étranger.
Dans les villages, j’ai vu des familles dont la seule nourriture était des morceaux de fruits du baobab qu’ils faisaient bouillir dans de l’eau, avec une valeur énergétique pas beaucoup au dessus de zéro.
Chaque fois, je pars avec un bagage mimimal et je remplis le reste avec du riz que j’offre à ces plus démunis. Mais même si cela leur fait évidemment plaisir, c’est comme si je versais un dé à coudre d’eau sur une route d’asphalte chauffée par le soleil. Le Zimbabwe est le seul pays dans lequel je vais (et je voyage énormément) dans lequel je reste en USD (même pas en euros, il n’est pas pratique pour la population au marché noir).