C’est facile de décrier un scientifique en marge parce qu’un poste lui est refusé et de crier avec la meute, bravo, dirait Tocqueville, la démocratie devient tyrannie mais autant en rire et moquer la décadence de cette société.
Extrait de la critique du Kantique par P. Kerszberg
" Il s’agit d’un travail ambitieux et courageux, qui prend non seulement le parti de souligner le déficit métaphysique des penseurs de la science contemporaine, mais qui propose en plus une véritable réhabilitation de la métaphysique de la nature pour répondre à ce déficit. Ceci s’applique particulièrement au paradigme de l’auto-organisation, et il faut savoir gré à l’auteur de proposer une véritable exploration de la notion de fondement pour penser la complexité... Il est bien question de déficit, et non d’erreur, c’est pourquoi la philosophie de la nature proposée ici, contrairement à celles qui ont prévalu jadis (Bergson ou Whitehead, par exemple), fait plus que rectifier des erreurs commises par des scientifiques sur la véritable destination de la métaphysique. Cette philosophie est fondée sur une critique de toutes les formes de positivisme, jusqu’aux plus insidieuses, comme on le voit très bien en juxtaposant les enjeux épistémologiques à ceux de l’histoire, de l’économie, et de la politique. Il s’agit de sortir de l’alternative paralysante entre les naturalismes d’inspiration matérialiste et les théismes à tendances dogmatiques ou théologiques. Malgré la liberté apparente du propos, le texte est fort bien organisé, d’une manière très originale et féconde : décrivant les problèmes d’interprétation de la vie au dix-neuvième siècle, l’ouvrage passe directement aux questions actuelles sur l’auto-organisation, pour revenir ensuite aux concepts fondamentaux autour desquels gravitent toutes ces questions, à savoir ceux de la mécanique quantique. En outre, l’auteur démontre une capacité peu commune à maîtriser des domaines aussi variés que la science, la philosophie et l’histoire. Peu d’auteurs peuvent se revendiquer aujourd’hui d’un tel bagage.
Le diagnostic global est particulièrement fort et fécond : à chacune de ses époques, la science est pour ainsi dire emportée par un « désir de connaissance » qui va plus vite que la connaissance elle-même, d’où les étonnants décalages entre les théories et leurs interprétations. Ces décalages nécessitent une prise de recul philosophique, et en ce sens, il est légitime de penser que la philosophie rigoureuse (et non la « philosophie spontanée » des savants) a toujours quelque chose à apprendre à la science. "
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