Bonjour,
Je partage assez largement l’avis d’Aliénor sur cette affaire. J’avoue être étonnée que l’on puisse considérer comme un acte « artistique » une dégradation volontaire de l’oeuvre d’un autre. Une dégradation volontaire car je ne souscris pas au mythe qui rendrait ce geste quasi mystique, puisqu’il s’agit du brouet que la dame a tenté de nous faire avaler. Je trouve ce mode de défense ridicule au plus haut point, mais pis encore complètement inefficace. Si l’on suit sa logique,(ce qui à mes yeux n’est pas franchement nécessaire, elle a dégradé une oeuvre dans un musée, quelque soit cette oeuvre c’est répréhensible et ça n’a rien à voir avec la valeur marchande de l’oeuvre, ni avec la valeur artistique que d’aucuns lui concèdent)l’Art est une pulsion et les accrédite toutes.
Vous citez Dada et consors et pourtant nous en sommes loin. Ce que ces groupes s’autorisaient dans un moment donné était pensé et réfléchi, non conceptualisé totalement après coup. De plus, cet art ne s’offrait pas dans un lieu s’apparentant à un musée, et surtout pas par le biais de la dégradation, parce que les codes inhérents à ce lieu sont évidents. Pour ne pas avoir la moindre retenue, le moindre respect des oeuvres dans un lieu d’exposition, il faut n’avoir aucun code social, je doute que ce soit le cas de cette femme. Je ne pense donc pas que cette dame ait été victime d’une épiphanie en plein musée, mais qu’il s’agit bien d’un acte réfléchi. Et pour prévoir d’agir de la sorte, il faut ne s’être pas posé la question du respect dû à l’oeuvre d’un autre. Fringuante artiste que voilà, uniquement préoccupée d’elle-même, autocentrée au point d’empêcher les autres d’accéder à ce qu’elle semble apprécier tant.
Cette affaire me fait un peu penser à l’attitude de ceux qui sortent leurs appareils photos munis de flashs dans la chapelle Sixtine, tellement passionnés par l’Art et sensibles à sa beauté qu’ils sont prêts à contribuer à sa destruction, et donc à priver les autres de ce charme. Etrange sensibilité artistique...
La prochaine fois que le bleu de Klein me semblera manquer de rouge dans un coin, j’apporte mon pinceau. 