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Commentaire de docdory

sur Ridiculisés par Romain Gary en 1975, les prix littéraires ont la vie dure


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docdory docdory 8 novembre 2007 13:56

@ Paul Villach

On pourrait comparer ces prix littéraires aux tests comparatifs entre les voitures qui fourmillent dans les revues automobiles , ou aux tests comparatifs entre les appareils électro-ménagers dans les revues de consommateurs . La différence , c’est que les voitures ou les lave vaisselle sont jugés sur la comparaison d’un certain nombre de critères qui sont préétablis avant le test , et critères dont les lecteurs des revues en question sont informés . Ces tests aboutissent en général à la sélection d’un « meilleur choix » ( tel objet manufacturé étant meilleur que l’autre sur la plupart des critères , ou bien étant équivalent , mais moins cher que la concurrence ) . Dans le cas des prix littéraires , le lecteur potentiel est tenu dans l’ignorance totale des critères de choix du jury et de ses délibérations ( qui probablement ne sont rien d’autre que « j’ai aimé » ou « j’ai detesté  » , ce qui est le même critère de choix que le grand public ! ) .

La raison de la persistance des prix littéraires ou autres prix artistiques est la conjonction de l’appat du gain ( ce qui gagne un prix fait gagner une somme ! ) et de la réticence légitime à l’encontre du relativisme esthétique .

Je m’explique : si des prix scientifiques , tels que le Nobel , ont une valeur , c’est parce qu’une théorie scientifique peut être objectivement réfutée , et qu’une nouveauté scientifique importante , confrmée par l’expérience , peut entièrement bouleverser la vision du monde : il y a eu la physique après Einstein ou Heisenberg , la biologie après Crick et Watson ou l’immunologie après Susumu Tonegawa .

Par contre , dans le domaine des arts , la bonne ou mauvaise qualité d’une oeuvre ne peut pas objectivement être réfutée , ce qui introduit un relativisme esthétique , lequel s’oppose aux intuitions de chaque personne . J’ai personnellement le sentiment que « les misérables » est un meilleur récit que n’importe quel roman de gare de la collection Arlequin , mais je ne peux pas le prouver , et pour la plupart des lectrices de ladite collection , c’est probablement l’opinion contraire qui prévaut ! De même que je ne peux pas prouver , nonobstant mon intime conviction , que la neuvième symphonie de Beethoven est meilleure que le dernier tube de « techtonik » !

Un grand scandale ( pour certains ) a eu lieu dernièrement dans le milieu de la peinture . En embrassant une « oeuvre » d’art contemporain d’un prix exorbitant , oeuvre qui était constituée semble t-il d’une couche monochrome uniforme de peinture blanche sur une toile , une femme avait déposé dans un coin de cette « oeuvre » une magnifique trace de rouge à lèvre ! En commettant cette action que d’aucuns snobs jugeraient sacrilège sur cette oeuvre hors de « prix » , elle en fit justement baisser le « prix » , au grand dam des sociétés d’assurance , alors que au moins 99 % des membres de l’espèce humaine n’auraient voulu « à aucun prix » l’exposer dans leur salon ... A noter que cette « oeuvre » n’avait pas eu besoin d’un prix pour être hors de prix , son prix n’ayant résulté probablement que de la conjonction de la vanité ( ou bien de la vacuité ) des acheteurs potentiels et de la roublardise de « l’artiste » et de son marchand de tableaux !


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