@ Yannick
Je suis tout à fait d’accord concernant votre regard porté sur le déficit démocratique. Les peuples sont devenus demandeurs et souhaitent devenir + acteurs, ils souhaitent s’approprier le thème de la construction européenne et en faire une question essentielle de leur quotidien.
Je pense que nos dirigeants ont conscience de cette évolution.
Je pense aussi que nos dirigeants (en France : le Président de la République, les membres du gouvernement) craignent fortement de perdre beaucoup d’influence politique à l’échelle nationale en cédant du pouvoir à l’institution du Conseil de l’Union européenne (où ils siègent plusieurs fois par mois mais où leur position politique est discutée à 27... ce qui naturellement dilue considérablement le poids individuel de leur décision)
Je pense que nos parlementaires (députés et sénateurs) craignent fortement de perdre beaucoup d’influence politique à l’échelle nationale en cédant du pouvoir à leurs homologues députés européens qui représentent EN PRINCIPE la voix des peuples européens. Pour entendre la voix des électeurs qui souhaitent peser sur les décisions européennes, vous avez compris qu’il faudrait que les députés européens puissent s’exprimer mieux (et plus fort) sur les préoccupations des citoyens européens.
Lorsqu’il fait face à des interrogations, à des problèmes, le peuple apostrophe ses députés nationaux. Il interroge son gouvernement national. Un usage, une habitude... une facilité peut-être.
Posons-nous la question : et si nous changions de cible pour des questions sur lesquelles nos représentants nationaux n’ont peu ou prou aucun poids. Pensez-vous que nos dirigeants pourraient longtemps boter en touche si les peuples poussaient les médias à aller les interroger à Bruxelles sur le résultat de leurs travaux (et accessoirement sur les échecs politiques ?)
Pensez-vous un instant que nos députés européens rechigneraient à s’exprimer si on les interrogeait sur les problèmes de nos pêcheurs, de l’absence de coordination économique en Europe, sur la hausse du prix de l’essence à la pompe ? Bien sûr qu’ils auraient beaucoup à dire ! Et de parler des blocages de tel ou tel président national, des mauvaises gestions (nationales) des aides structurelles européennes, de la ponction fiscale énorme de certains Etats sur les énergies... Vous imaginez la grogne dans les ministères ! Et la tête des gens découvrant que l’on paye beaucoup moins dans d’autres Etats membres... Quel embarras pour nos gouvernement nationaux !
Enfin, interrogeons-nous : lorsque Michel Barnier, proche de Nicolas Sarkozy, prônait, il y a environ 2 ans, la réconciliation des héritiers de Jean Monnet et de Charles de Gaulle, en proposant l’organisation d’une grande consultation populaire (de type referendum) pour faire adopter le traité établissant une Constitution pour l’Europe (...) pensez-vous un instant que cette idée fantastique pour briser le déficit démocratique européen ait été prise au sérieux par des hommes politiques soucieux de conserver leur pouvoir au niveau national et que j’ai décrit ci-dessus ?
Les peuples réclament qu’on les écoute lorsqu’ils s’expriment. Je pense pour ma part qu’un jour viendra où nos dirigeants (peut être au sein des nouvelles générations d’hommes politiques) consulteront soit par le biais de partis réformés et résolument modernes, soit au-delà des frontières nationales (puisque les appareils de partis vérouillent l’expression au niveau national), les avis des citoyens.