Réponse rapide (manque de temps pour développer pour le moment).
Vous avez presque tout bon sur mon statut. Je suis à Montréal mais pas encore résident permanent. Je fais partie de cette immigration choisie, et je suis venu au Québec par opportunité professionnelle, non par amour du Québec, du Canada ou de l’Amérique du Nord. Ce n’était initialement pas du tout dans mes projets. Soit, ceci explique néanmoins que mon regard sur le Québec est très différent du vôtre. Le parallèle avec la situation belge explique aussi certaines de mes prises de position, même s’il faut reconnaître qu’il y a des limites à ce parallèle. Mais il est vrai que les Québécois sont au Canada ce que les Flamands sont en Belgique, la dominance économique et démographique en moins.
Pour revenir au sujet, même en oubliant la loi 196, la loi 195 va bien plus loin que le seul problème de la francophonie, notamment en voulant instaurer la citoyenneté québécoise et des règles strictes d’éligibilité par rapport à la langue, ce que je ne peux admettre vu l’expérience belge. De même, on veut encadrer l’identité par la loi, or je ne peux admettre qu’on m’impose la définition de mon identité. De plus, le projet de loi 195 est contraire à la constitution canadienne justement par son volet citoyenneté. Ceci explique aussi pourquoi les autres partis refusent d’en discuter. Le faire, s’est s’aliéner l’électorat fédéraliste car il faudra forcément discuter des points qui ne touchent pas à la seule défense du français, mais à l’affirmation du Québec par rapport au reste du Canada, dans une logique séparatiste. Il y a là un dangereux travers dans lequel peu de politiciens sont prêts à s’engager... Sur un plan plus personnel, aller dans les directions péquistes pourrait me pousser à quitter le Québec, car je n’y trouve pas la vision de société qui est mienne. Et je ne suis pas le seul à raisonner ainsi...
Je ne vois pas non plus pourquoi il faudrait lier défense du français et laïcité. Revenons 50 ans en arrière... on aurait accocier français et catholiscisme (face à ces maudits wasp). Je ne dis pas qu’il ne faut pas discuter de la laïcité, mais c’est une question distincte du problème de la francophonie, qui appelle des réponses différentes.
Pour conclure, et revenir à la question de base, la défense de la francophonie est certes importante, mais ne peut se faire sans garder en perspective le contexte géographique et socio-économique. L’anglais est devenu pratiquement obligatoire dans beaucoup de domaines professionnels, et au niveau politique dans le dialogue entre provinces et avec les USA. On remarque néanmoins un intéressant bilinguisme au niveau de la politique fédérale, donc ce n’est pas si négatif. La politique de sélection du Québec fait d’ores et déjà la part belle aux francophones (cela a d’ailleurs fortement joué sur mon dossier), mais il faut améliorer les conditions d’accès pour favoriser cette immigration francophone. Pour les allophones, il reste à améliorer les conditions d’immersion pour apprendre le français, car c’est bien beau de vouloir imposer le français comme dans le projet 195, encore faut-il donner les moyens aux gens de l’apprendre.
Mais si je compare la situation québécoise à la situation belge, même si tout n’est pas parfait, le Canada a nettement mieux réussi le défi du multilinguisme que la Belgique, et ce succès demeure dans une meilleure ouverture, alors que le sépératisme à la PQ est à même de conduire aux mêmes impasses qu’en Belgique...