Cet article et toutes les réactions qu’il suscite sont passionnants.
Ainsi, il est intéressant de voir que la quasi-totalité de ceux qui passent leur temps à traiter les profs de fonctionnaires parasites privilégiés incompétents , opinion qu’ils ont parfaitement le droit d’avoir et qu’ ils ne se privent certainement pas d’ exprimer en privé, donc devant des enfants, dont ils s’étonnent par la suite qu’ils puissent manquer de respect à leurs profs et applaudissent au fait que l’un d’eux réagisse à la violence par la violence.
J’en reste pantoise...
En effet, en tant qu’adultes, nous sommes tous, parents ou pas, profs ou pas, des éducateurs en puissance, et je voudrais rappeler ici le premier principe éducatif : l’exemplarité.
L’enfant apprend, entre autres et pour simplifier, par imitation. Je ne vois pas pourquoi un gosse qui entend constamment dénigrer les enseignants, dans le cercle privé et jusque dans les plus hautes sphères de l’état, s’interdirait de le traiter de "connard".
De nombreux posts évoquent la double sanction : le prof sévit, et le parent en rajoute une louche. Je connais ça : c’était du temps où l’instit était un notable, au même titre que le notaire, le maire, le médecin ou le pharmacien. L’école remplissait encore son rôle d’ascenseur social, et le respect suivait. L’ascenseur social est en panne et on en rejette la responsabilité sur les profs : ça marche. Personne ne se pose la question de la dévalorisation du savoir, de la nécessité d’accueillir un public de plus en plus hétérogène, de plus en plus frustré. Mais oui, frustré ! Il y a 50 ans, il y en avait des pauvres, des misérables, des qui tiraient la langue pour s’en sortir, mais on n’avait pas constamment sous les yeux de pauvres gourdes siliconnées qui se font des fortunes en baisant dans une piscine, des cocaïnomanes pathétiques qui se font des c.. en or en exposant sur la place publique la misère morale, affective, culturelle ou sexuelle de nos contemporains.
On en trouve même qui se glorifient de leur inculture et de leur absence de réflexion ou de mise en perspective, jusqu’au plus haut niveau de l’état : "je ne suis pas un intellectuel" . Dites ces six mots (si vous savez compter jusqu’à six et vous sentez capable de mémoriser la phrase), et vous récolterez un tonnerre d’applaudissements en plus de l’adhésion de 53 % de la population, vu que réfléchir, ça "faiche", comme disent les "djeune’s". "Si ça marche, il faut le faire". Sans surtout se demander "comment ça marche", "pourquoi ça marche" et "combien de temps ça marchera".
Le respect pour des gens qui choisissent de servir plutôt que de s’enrichir, qui préfèrent réfléchir avant d’agir, qui tiennent compte des enseignements de l’histoire de l’humanité dans son ensemble et dans tous ces aspects : littéraire, politique, philosophique, géographique, économique, scientifique... Ce respect là se fait la malle... Et ça nous étonne ?
Quant à la gifle... Ah ! La gifle !
Eh bien la loi l’interdit, tout comme elle interdit l’insulte et l’injure. Les deux protagonistes étaient donc hors la loi.
Mais l’un est un adulte responsable et fonctionnaire, l’autre est un enfant de 11 ans.
Le premier est donc censé être exemplaire, et le second, sans doute mal élevé, mal éduqué, et je ne dis pas qu’il ne méritait pas sa baffe, n’est qu’un enfant, en devevenir, en construction.
Ce qui me préoccupe le plus dans cette histoire, en tant que citoyenne, mère, éducatrice et pédagogue, c’est comment ce môme va continuer à se construire entre un prof qui lui allonge une mandale, de montrant par là incapable de controler son impulsivité (- 1 pour l’exemplarité) et lui signifiant du même coup que c’est le plus fort qui a raison (-1 pour l’éducation à la citoyenneté), et un père qui monte au créneau sans même chercher à savoir les tenants et aboutissants de l’affaire (- 1 pour la réflexion), gonflé de son autorité (-1 pour la citoyenneté), appuyé par le juge qui vocifère sur toutes les ondes que le prof est un alcoolo notoire (-10 pour la confiance en la justice). Seule sanction adaptée que je viens d’apprendre : trois jours d’exclusion pour l’élève (+ 3). Malheureusement, si on fait le compte, ça reste négatif, et ça ne m’étonnerait qu’à moitié si les 3 jours d’exclusions se transformaient en "jours de gloire" pour peu que le prof soit condamé.
Il aura une belle vie, le gamin : tremblant devant les "forts", impitoyable avec les "faibles", cassé dès qu’il se croira "déclassé", tombé avec les victimes qui l’ont "bien mérité" !
Il me fait de la peine ce gosse, parce qu’il est complètement paumé par l’incohérence des adultes qui devraient faire bloc pour l’éduquer en le rassurant , et qui, au lieu de ça, lui laissent entrevoir des perspectives de toute- puissance, physiques ou judiciaires, politiques...
Je suis enseignante spécialisée : cette année, j’ai des petits bouts qui ont terrorisé des maternelles et des CP, jusqu’à , pour l’un d’entre eux,casser le bras de la maîtresse à coups de chaise. La maîtresse - Ecole privée de Saint - Mes Choses, le barbouillait de noir pour bien montrer qu’il était le Diable et encourageait les autres à le battre. Mais ça, on sait pas... C’est dans le privé. Je signale quand-même que nos précieux impôts continuent à financer.
Mes petits bouts, cette année, tous exclus du système ordinaire et souvent de Saint- Demesdeux - on les avait mis là parce que les instits du publics étaient des incapables, c’est connu, et manque de bol, le chéri s’est fait éjecter avant même que Soeur Thérèse n’ait fini de broder ses initiales sur sa blouse réglementaire-, sont en telle demande affective qu’un haussement de sourcil accompagné d’un durcissemement de la voix pour dire "Ce que tu fais me mets en colère" suffit à les liquéfier. C’est pas dur.
Ils arrivent pourtant en nous traitant, l’éducatrice et moi, de "connasses", de "salopes", et même de "mal baisées".... Si, si ! A cinq ans ! Et on fait quoi ? On les injurie ? On les frappe ? On les baillonne ?
Non... On leur dit juste que leur façon de parler est inacceptable, qu’elle fait mal, comme un coup, que nous ne pouvons pas l’accepter car nous n’avons pas à accepter des coups, qu’ils soient physiques ou parlés, et eux non- plus. Et c’est la loi qui nous protège des coups. Le commissariat du quartier joue le jeu et fait son possible pour intervenir, de manière symbolique. Les parents ont parfois beaucoup de mal, mais après une , deux , trois rencontres qui ont valorisé leurs compétences, leurs savoirs, leurs cultures, ils y viennent. On y arrive à construire autour de l’enfant une forteresse assez rassurante pour s’y réfugier et asez étouffante pour lui donner l’envie d’aller voir ailleurs.
Ce n’est que ça, l’éducation : donner "des racines et des ailes".
Les racines ne peuvent être que plurielles, plurielles de valeurs, de vécus, d’expériences et de contradictions. C’est à nous tous de les nouer, de trouver ce qui les relie, les imbrique, les rend indiscutables, inaliénables.
Les ailes appartiennent à ceux qui feront notre futur, et ils ne s’envoleront qu’après avoir pu sentir un sol bien ferme sous leurs pieds, pour pouvoir y retourner, s’y reposer, s’y ressourcer.
Nous tous, adultes, pères, mères, éducateurs, professeurs, bouchers, charcutiers, agriculteurs, traders, retraités, chômeurs, handicapés et valides, et quelle que soit notre profession, notre occupation, notre formation, sommes responsables de nos enfants , et par la, de notre avenir.
Si un enfant injurie un prof, c’est que nous tous, d’une façon ou d’une autre, l’avons permis.
Si un prof gifle un élève, c’est que nous tous, n’avons trouvé aucune autre solution.
Et c’est bien triste.
16/12 11:24 - Paul Villach
@ Innomine pater Pour poursuivre votre réflexion, voyez les divers articles que j’ai (...)
16/12 00:51 - Innomine Pater
Bonsoir Monsieur Villach, Je réagis tardivement car je découvre ce site. Enseignant dans (...)
13/02 09:46 - Francis
Bonjour, sic "..."On ne peut pas accepter qu’un professeur gifle un enfant (...)
12/02 18:04 - Dub
10/02 16:31 - persil
Et les parents ont ils fait de même avant de faire un gosse ? Ca ne les inquiéte pas (...)
10/02 10:49 - 5A3N5D
On parle beaucoup moins de ceci n’est-ce pas ? :- ( Une enquête administrative est en (...)
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