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Commentaire de 5A3N5D sur Une démonstration au programme - AgoraVox le média citoyen

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Commentaire de 5A3N5D

sur Une démonstration au programme


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5A3N5D 10 avril 2008 13:45

@ l’auteur,

"Appropriation au sens de compétences acquises durablement et non passagères pour satisfaire à une évaluation à un moment donné (évoquerai-je là un quelconque bachotage ?).

Vous appuyez exactement où ça fait mal en ce moment dans l’enseignement primaire : au nom de l’indispensable "acquisition des compétences", on en est arrivé à rejeter toute "acquisition des connaissances."

Reprenons votre exemple de la règle de trois du ministre embarrassé. Qu’a-t-il répondu pour s’excuser de ne pas avoir été capable de résoudre le problème qui lui était posé ? "Je pense que tous les adultes ont oublié la règle de trois en raison de l’utilisation des calculettes."

Je ne suis pas convaincu, il s’en faut de beaucoup. Il s’agit là d’une technique qui a été apprise, puis oubliée. La façon dont la présentatrice résout le problème est d’ailleurs...écrite sur sa fiche et date d’un autre âge. Pour autant, j’ai longtemps enseigné la proportionnalité, qui était parfaitement comprise au CM2, voire au CM1, avec règle de trois, calculs de pourcentages, fractions.

"Il faut du temps aux enfants pour parvenir à l’appropriation, ils doivent consentir à d’indispensables efforts pour atteindre la satisfaction de la réussite, ils se doivent de connaître les notions et donc les apprendre après les avoir construites seul ou collectivement."

La méthode expérimentale, le tâtonnement expérimental, c’est très bien, mais son principal ennemi est... le temps disponible à l’école.

Vous entrez toutefois en contradiction avec vous-même en écrivant "connaître les notions et donc les apprendre." Et nous entrons là dans le flou peu artistique qui est de règle à l’école primaire depuis pas mal de temps.

Au nom de l’appropriation des compétences, on néglige totalement les connaissances et on fabrique à grande échelle des hémiplégiques de l’éducation. En quoi est-il difficile, après avoir fait découvrir à l’élève les résultats d’une table d’addition ou de multiplication, de la lui faire apprendre ?

Méthode archaïque, allez-vous me répondre. Dans ce cas, ne parlez pas de pédagogie de la réussite, car un élève qui sera "coincé" dans la résolution d’un problème parce qu’il n’a aucune notion de ses tables de multiplication et qu’il devra, soit refaire la découverte à chaque fois, soit utiliser une calculette sera, pour moi, en situation d’échec et non de réussite.

Je passe rapidement sur le vieux débat concernant la mémoire qui serait selon les uns susceptible d’un entraînement, et pas selon les autres. Il s’agit là d’un débat de neurophysiologie et non de pédagogie. Mais que penseriez-vous d’un chirurgien, parfaitement au summum de son art, qui vous répondrait : "je ne peux pas effectuer cette opération parce que je n’ai pas les outils nécessaires."

On veut que l’élève s’approprie des compétences, mais on ne lui permet l’utilisation d’aucun outil. C’est profondément stupide, dévoreur de temps, et dévalorisant, surtout à l’entrée en 6°, quand les profs considèrent que certaines techniques sont (ou devraient) être acquises.

Bref, ma question est la suivante : comment un élève peut-il acquérir des compétences sans qu’on lui fournisse le moindre outil ? Pour moi, ce n’est possible que s’il fabrique à chaque fois les outils nécessaires. Et, de cette façon, les 5 années passées à l’école primaire (du CP au CM2) sont trop courtes.

En outre, lorsque vous énoncez que "l’enseignement doit se préoccuper de l’utilité et de l’usage de son contenu", on peut dire qu’on ne se préoccupe plus de l’avenir de l’enfant, mais de son "bonheur" présent. Quel est l’intérêt de la poésie ? de la musique ? de l’éducation artistique ? de l’éducation physique ? On peut vous objecter que tous les élèves ne deviendront ni poètes, ni musiciens, ni peintres, ni sportifs, ni historiens, ni géographes, ni écrivains... Ce sont donc des disciplines qui n’ont plus rien à faire à l’école, car leur utilité reste à démontrer et que leur usage futur est très hypothétique.

Cela fait maintenant une quinzaine d’années que l’école primaire (sauf dans les classes où les enseignants ont pris le maquis) ne délivre plus aucun savoir, au nom du principe d’acquisition des "compétences". On voit le résultat aujourd’hui.

Il paraît que la culture générale, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Nos chères têtes, plus ou moins blondes, n’auront pas ce problème. Désolé pour ce constat navrant.

 


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