• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Patrick Adam

sur « Indigènes » : remplacer une amnésie par une autre


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Patrick Adam 27 septembre 2006 19:00

@ IP:xxx.x6.215.93

Puisque vous n’avez pas l’air d’aimer beaucoup les généraux américains (moi non plus d’ailleurs je dois le reconnaître - sauf quand ils viennent délivrer l’Europe) mais quand ils peuvent être utile au débat, surtout quand ils parlent en témoins oculaires. Voici un extrait de la lettre envoyée par le sultan Mohamed V à son peuple le 3 septembre 1939, pour l’enjoindre à soutenir la France défaite après la débâcle : « Avant la convention qui nous lie à la France [sous entendu le Protectorat signé en 1912], la guerre intestine régnait partout, de fraction à fraction, de tribu à tribu, de région à région. On se battait pour les plus petites futilités (...). Depuis le traité de Protectorat, la paix est assurée dans vos foyers, dans vos villes et dans vos campagnes ».

La situation sur le terrain n’était peut-être pas aussi idyllique que le sultan voudrait le faire admettre par son peuple, mais l’appel fut entendu, d’autant que dans cette lettre il se référait à certains propos du Prophète : « quand quelqu’un a été l’auteur d’un bienfait qui vous touche, ne manquez jamais de lui manifester votre reconnaissance (...) Le croyant est d’ailleurs celui qui reste toujours fidèle à ses engagements ». La lettre a été lue dans les mosquées...

Les historiens marocains sont unanimes à reconnaître que le choix du sultan fut guidé par la pression des nationalistes qui misaient sur la faiblesse de la France, voire sur sa mise à mort, et qui ne voulaient surtout pas du vainqueur allemand. Ainsi le journaliste marocain Kawtar Bencheikh a pu écrire récemment : « En engageant le Maroc et plusieurs milliers de ses soldats aux côtés de la France, le sultan a fait le pari de la victoire contre le régime nazi, mais aussi celui de la future ascension des idéaux nationalistes. »

Voici donc quelques textes estampillés autorités locales et non pas vision « vision colonialiste » des esclavagistes.

Pour ce qui est de ma perception du fait colonial, elle est bien évidemment tout autre que celle que vous décrivez par pure fantaisie. Je considère que le fait colonial a eu plusieurs moteurs dont le moindre n’est pas celui d’adapter la planète (avec les délais nécessaires) l’idée de libération des peuples. Voyez comme je suis loin de vos fantasmes d’asservissement. Pour ce faire, les puissances coloniales ont été obligées de s’appuyer sur deux leviers : l’armée et le colon. Puis, dans le cas de la France, l’intention fut de panser les plaies avec un corps de fonctionnaire compétent (et il l’a prouvé). Pour ce qui est de l’armée, la devise de Lyautey était « montrer sa force pour ne pas s’en servir ». Il est évident que le colon avait différentes motivations, d’autant que les Français ont peu participé à cet effort et qu’il fut fait appel aux Espangols et aux Italiens. Je vous laisse libre de juger l’apport culturel dont ils ont fait don aux pays concernés.

Vous jugez Maupassant aujourd’hui. Mais si vous aviez vécu à son époque, qui dit que vous n’auriez pas réagi comme lui et peut-être même pire que lui... Moi, je ne me permettrais jamais d’afficher une telle prétention.

Patrick Adam

PS Pour ce qui est des films, je vous renvoie à l’excellent « Avoir vingt ans dans les Aurès » qui est loin de faire l’apologie de la guerre d’Algérie vue par les Français. Essayez aussi de vous procurer le film de Lilian Cavani : « La peau ». Bon, c’est une italienne qui l’a fait, mais j’espère que vous n’êtes pas raciste.


Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès