La reprise amorcée en 1998 et les débuts d’une politique officielle de lutte contre le racisme n’y ont rien changé : les jeunes issus de l’immigration continuent d’être confrontés à des pratiques discriminatoires. Si le rejet est sensible dans les loisirs et l’accès au logement, l’exclusion du marché du travail reste la question la plus douloureuse. Une inégalité d’autant plus mal vécue qu’ils ont cru dans l’école et investi dans leurs études.
Les discriminations à l’emploi se font en effet de plus en plus pesantes en France. C’est ce qui ressort du rapport adopté par le Conseil économique et social, mercredi 29 mai. L’étude menée par Mouna Viprey, chercheuse à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES) montre que le "plafond de verre", qui bloque l’ascension sociale des jeunes beurs, se fait de plus en plus présent. "Les pratiques discriminatoires sont récurrentes et ont tendance à s’accroître", souligne Mme Viprey.(...)
"À SON SEUIL"
Dans une deuxième phase, lors de l’entretien, il est "fréquent" qu’on exige d’eux des qualifications supplémentaires non demandées aux autres. Enfin, même quand un emploi est proposé à des jeunes issus de l’immigration, c’est "souvent"à des conditions moins intéressantes que celles offertes aux autres candidats. "Plus qu’au sein du monde professionnel, la discrimination semble s’exercer à son seuil", conclut la chercheuse.
Des témoignages récurrents viennent corroborer ce racisme latent. Comme celui de Louisa Zenag, jeune diplômée de 27 ans, née de parents algériens, sortie majore de son DESS de sociologie de la santé à Lille. Voilà dix mois que la jeune femme, multiplie les CV et entretiens pour des emplois où son diplôme pointu est requis, ou des postes correspondant à son profil. Sans résultats. "Quand je joints ma photo à mon CV, 90% ne répondent pas. Depuis que j’ai arrêté de l’envoyer, je suis prise en entretien mais ensuite, on me dit qu’on a déjà trouvé alors que je sais qu’ils voient d’autres candidats. Tous mes copains de promo ont trouvé du travail et n’en croient pas leurs oreilles quand je leur dis que je n’ai toujours rien", affirme-t-elle. Dans sa promo, elle était la seule jeune issue de l’immigration. En attendant, elle travaille comme emballeuse à la Redoute. (...)
Un phénomène de "plafond de verre"
Dans l’encadrement des entreprises françaises, le "plafond de verre" bloquant l’ascension sociale des personnes issues de l’immigration est particulièrement visible. Selon une étude menée par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) pour le Haut Conseil à l’intégration de novembre 2001, "l’accès à l’encadrement et le risque de chômage varient de manière significative selon l’origine géographique des personnes". Ainsi l’étude montre un "déficit important" de cadres immigrés marqué par une "sous-représentation" chez les professions intermédiaires et une "surreprésentation" des ouvriers "significatives".
La répartition des cadres immigrés se révèle très spécifique : ils sont plus présents dans les services que dans l’industrie. Dans les entreprises, les immigrés se retrouvent plus souvent à des postes d’ingénieur et de cadre technique qu’à ceux de cadres administratifs et commerciaux. Ils sont enfin légèrement surreprésentés dans les professions de l’information, des arts et du spectacle. Enfin, le taux de chômage des cadres immigrés est deux fois plus élevé que celui de la moyenne de la population active nationale."