Evaluer un système de production d’électricité avec le seul rapport du temps de fonctionnement maximum à la puissance installée n’a pas de sens : d’autres facteurs doivent être pris en compte, que l’auteur de l’article passe sous silence.
Par exemple on peut examiner la question du coût du kW installé par type de filière, et rapporter l’énergie produite à ce coût : cela introduit une autre approche qui n’est pas sans intérêt.
Nous disposons pour ce faire d’un document intéressant : le World energy, technology and climate policy outlook de la Commission Européenne.
Nous y trouverons en page 71 la figure 4.2 "Learning curves for power generation technologies up to 2030" qui nous fournit les données nécessaires.
Comme une comparaison correcte se fera pour des puissances installées équivalentes nous choisirons une puissance de 100 GW et nous y lirons un investissement en euros par kW pour :
- le nucléaire "classique" de 3500 environ
- le "New nuclear design" (centrales de nouvelles génération) de 2500 environ
- le charbon gazéifié de 1700 environ
- le gaz conventionnel de 1700 environ
- le solaire thermique par concentration probablement la même valeur (légère prolongation de la courbe)
- l’éolien 950 environ
- etc...
On calculera donc que pour une rentabilité équivalente de l’investissement il suffira que l’éolien produise 950/3500 = 0,271, soit 27% de la puissance installée, ce qui ne sera pas encore un reflet correct de la réalité car un autre paramètre entre en jeu.
Un paramètre important en période de forte demande énergétique : le temps nécessaire à la mise en service d’une installation donnée, qui est d’au minimum 7 ans dans le meilleur des cas pour une centrale nucléaire et de 2 à 3 ans pour une ferme éolienne, ou une centrale solaire par concentration.
Ce différentiel a son importance : ce sont de 4 à 5 ans de production électrique gagnée par des centrales qui seraient construites plus vite.
Et ce différentiel est notablement renforcé par des "frais annexes" qui accroissent fortement l’intérêt des solutions dites "renouvelables" : ce sont les coûts de démantèlement des différentes centrales.
Le démantèlement d’un parc éolien ou solaire n’aura rien de comparable à celui d’un parc de centrales nucléaires, nous le savons tous.
Et l’on constatera qu’à court terme le nucléaire ne peut pas être considéré comme un concurrent du charbon : on édifie une centrale à charbon en 2 à 3 ans, comme une centrale solaire ou éolienne.
Le nucléaire peut être vu par qui le voudra comme une solution à un terme assez incertain, et la fermeture temporaire du chantier de l’EPR de Flamanville comme les retards pris dans la construction de l’exemplaire finlandais illustrent cette incertitude.
Si, comme certains commentateurs l’ont indiqué, cet article peut être lu comme une tentative de décrédibilisation des filières renouvelables par rapport au nucléaire, on voit qu’elle est d’une grande légèreté...