Ca se pratique. Par exemple, aux US, les chiffres gouvernementaux sur le taux de chômage sont tellement bidouillés que les observateurs de l’économie l’utilisent marginalement, et regardent plutôt les chiffres bruts de l’emploi secteur par secteur pour essayer de se faire une idée. Ce qui fait que depuis un an certains disent que l’activité croît et d’autres qu’elle décroît.
Il y a en fait deux sujets différents : l’évaluation de l’activité, et la communication politique autour de cette évaluation.
Sur le fond, je sais que beaucoup de français en doutent, mais il y a (encore pour l’instant) à l’INSEE et ailleurs des gens compétents, qui sont capables de définir et traiter honnêtement des tas d’indices, et se faire la meilleure idée de la situation. Ils brassent habituellement ces taux d’activité et de chômage, en sachant ce qu’on peut leur faire dire ou pas.
Et puis il y a le show business. Même si la technique utilisée est irréprochable, quelqu’un comme Sarkozy est capable d’utiliser les chiffres fournis pour leur faire dire ce qu’il veut (un classique : "l’acitivité augmente" alors que le taux d’activité diminue) ou de les modifier s’ils ne lui plaisent pas. Nos gouvernements étant de plus en plus des spécialistes de com, ils n’aiment pas les chiffres réels, et ont tendance à flinguer les porteurs de mauvaises nouvelles. Ils disposent par ailleurs du relais des médias pour noyer le poisson. Il n’y a pas de "bon indicateur", il y a juste des gouvernants honnêtes ou pas.
La guerre que livre Sarkozy depuis six ans contre toutes les entités administratives comme l’INSEE chargées d’éclairer l’état et à qui on laissait jusqu’ici une certaine liberté d’expression est au choix une grande régression de nos moeurs ou tout au moins son symbole. En tout cas, les "spin doctors" ont pris le pouvoir.