La question "qui soutient qui et pourquoi ? " n’est pas plus relevante aujourd’hui que pendant les guerres de décolonisations. Pendant la guerre froide, les Américains et les Russes s’affrontaient sur l’échiquier des guerres de libération nationale pour faire avancer leurs intérêts. Rien n’a changé. Autant les anciennes colonies avaient le droit fondamental de se libérer des puissances coloniales, autant aujourd’hui les minorités nationales ont le droit de se libérer des États-nations centralisateurs et de leur colonialisme interne.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est intangible et inaliénable. À mon avis, le fait capital et essentiel qu’il ne faut pas perdre de vue dans cette affaire est que l’Ossétie du Sud a voté par référendum pour son indépendance à 80%. Les arguments de Kouchner et de Bush sur l’intégrité du territoire de la Géorgie sont une plaisanterie et même un bâton donné à Poutine pour se faire battre : Tout le monde sait très bien que les Russes font en ce moment en Georgie exactement ce que l’OTAN a fait en Serbie pour chasser les Serbes du Kosovo et en assurer ainsi l’indépendance.
Que le président et le gouvernement de Géorgie soient le résultat d’élections démocratiques ne change rien au problème. Des gouvernements démocratiques sont parfaitement capables d’impérialisme et de colonialisme. Il suffit de regarder la 4e république française, la Turquie avec les kurdes ou même au siècle dernier l’invasion par les États-unis des Philippines ou la mise en réserve des tribus indiennes — aussi par des gouvernements "démocratiques".
Autrement dit si grand pays A hérite d’un ancien régime d’une minorité nationale B incluse par un tracé de frontières aléatoires, d’une guerre d’invasion, ou de frontières voulues par les intérêts de cet ancien régime, et si grand pays A donne des députés et même un statut d’autonomie à petit pays B, tout semble parfaitement démocratique dans la forme, mais en fait ça ne l’est pas. Le droit de petit pays B de disposer de lui-même et de devenir indépendant est bafoué. C’est le cas bien sûr la l’Ossétie du sud, le l’Abkhazie, du pays Basque espagnol et de tant d’autres minorités ou nations sans états.
La boîte de Pandore n’a pas été ouverte au Kosovo mais bien plus tôt, sans doute même bien avant l’accession de l’Irlande à la souveraineté en 1937. En fait je pense qu’il n’y a pas plus de boîte de pandore qu’autrefois de "théorie des dominos", il y a juste des peuples qui luttent pour leurs droits et leurs libertés et ceux qui oublient trop facilement qu’ils ont dû en faire autant dans un passé pas si éloigné ou qui devront en faire autant dans un futur souvent plus proche qu’ils le pensent. Une tragédie qui dure depuis la nuit des temps et que les nations répetent inlassablement comme si dépourvues de mémoire collective.