FM,
Bonjour. J’ai cru comprendre que vous incluiez mes posts ci-dessus dans votre critique (constructive, j’ai plussé). Comme les "malentendus" sont à la base d’une bonne part des malheurs de ce monde, tâchons de les lever dans celui, virtuel, qui nous permet aujourd’hui de communiquer, par delà les distances, pays, éthnies, religions, etc... Mes compatriotes marocains produisent un adage qui dit : "La langue est dépourvue d’os" pour justifier un malencontreux propos vite émis. C’est mon cas aujourd’hui, je le reconnais volontiers, entraîné, comme vous le dites avec justesse, par l’affectif, l’émotionnel. Par conséquent je vais dire clairement ma position sur le terrorisme, qui n’est pas seulement un sentiment théorisé nourri de ce que nous retenons des médias mais le fruit d’un traumatisme vécu. Permettez-moi pour cela de narrer une petite tranche de vie.
Je dirige un atelier de signalétiques et d’enseignes publicitaires à Casablanca. Le samedi 3 mai 2003, j’avais à procéder à la pose sur site d’un lot de signalétiques intérieures pour le compte d’un club privé dépendant du consulat d’Espagne appelé "Casa Espana" que je ne connaissait pas auparavant. Comme la commande était assez importante relativement à la modestie de ma structure, nous dûmes, mon équipe et moi, travailler jusqu’au soir, ce qui me permit de faire connaissance avec les gens de service dont le gérant, un très charmant garçon, et le portier qu’on appelait "Lhaj", un solide quinquagénaire taciturne mais sympathique. Le gérant, Mhammed Mahboub, me fit faire le tour du propriétaitre, en fait un bar-restaurant avec terrasse en plein air et une salle pouvant accueillir des expostions, le tout dans un cadre très convivial qui m’impressionna favorablement. Il m’engagea avec insistance à ne pas hésiter à venir manger un morceau ou boire un verre à l’occasion. Ce que je promis de faire, d’autant que je ne dédaignais pas 1 ou 2 verres après le travail 2-3 fois la semaine, et qu’il m’avait présenté à quelques habitués, dont des expatriés, avec lesquels le courant est très vite passé. Or, il se trouva que j’arrêtai de fumer les jours qui suivirent. Je jugeai bon d’interrompre momontanément mes petites sorties par crainte de rechute. Vint le vendredi 16 mai où les débits d’alcool reprirent leurs activités après 5 jours d’arrêt pour cause d’Aid El Mouloud, fête religieuse. Le soir, je fus tenté de répondre à l’invitation de Mahboub mais je ne me sentais pas encore assez d’aplomb pour une soirée enfumée ; je rentrai chez moi. Vers 21h, la ville bascula l’horreur. Horreur qu’on appellera désormais "les attentats de Casablanca". J’appris le lendemain que Casa Espana (photos : 1 - 2 - 3 - 4) était parmi les sites ciblés et qu’un des terroristes avait commencé par égorger celui que les journaux appellent "le vigile" mais qui pour moi est Lhaj, un homme avec qui je partageai un verre de thé en taillant un bout de bavette. Ce n’est qu’en voyant Mahboub à la télé, le visage affreusement mutilé (heureusement reconstruit plus tard), que j’appris qu’il en réchappa miraculeusement.
Chaque fois que je repense à cette journée, je ne peux réprimer un frisson rétrospectif. Ma vie, je la dois à quelques paquets de cigarettes en moins, sachant que je ne tardai pas à replonger. Comme quoi entre tout et rien, il n’y a généralemet pas l’épaisseur d’un cheveu.
Alors, les attentats contre les civils, je crois savoir ce que c’est. Je serais criminel de souhaiter pareil sort à quelqu’un, y compris mon pire ennemi.
Pardon de la digression, mais j’abhorre être pris pour ce que je ne suis pas.
Cordialement.
BMD